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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 18:55

On en a tous rêvé un jour, il l'a fait. Le héros de ce livre a décidé de débarrasser l'humanité de tous les casse-pieds qui la parasitent, de tous ceux qui nous empoisonnent la vie au quotidien : fonctionnaires abusant de leur petit pouvoir, voisins trop bruyants ou trop curieux, amis un peu trop envahissants, mémés qui doublent tout le monde au supermarché, automobilistes stupides ou fous du volant... Tout a commencé lorsque le narrateur a, d'un geste presque involontaire, jeté Zarathoustra par la fenêtre. Zarathoustra, c'est la chatte d'une de ses voisines. Dès le lendemain matin, tout l'immeuble s'est fédéré autour de la pauvre voisine éplorée par la disparition de l'animal, et notre héros a vu naître un formidable élan de solidarité, d'abord au sein de l'immeuble, puis au sein du quartier tout entier, lorsque le narrateur a décidé de recommencer l'expérience, en éliminant à tour de bras les animaux domestiques du voisinage. Des animaux, il en est venu, tout naturellement, à débarrasser la population de tous les enquiquineurs et crétins finis, sans trouver véritablement de but à sa quête de tranquillité. Jusqu'au jour où, soudain, tout s'éclaire. Tous ceux qu'il a froidement éliminés avaient un point commun : c'étaient des cons. Désormais, notre héros sait ce qui lui reste à faire : la chasse aux cons est ouverte, et il y a un sacré gibier.

 

Avec son titre sans détour et sa quatrième de couverture plutôt explicite, on s'attend à lire un roman à mi-chemin entre Le Dîner de Cons et Massacre à la tronçonneuse, construit sur une histoire jubilatoire de serial-killer de cons. Mais évidemment, si le livre semble tenir ses promesses au départ, bien que le premier meurtre de cons se fasse tout de même attendre un certain temps, il faut bien reconnaître que le roman, malgré son intrigue plaisante, a bien du mal à tenir la distance (410 pages, tout de même !). Le héros, d'amusant qu'il était, devient rapidement assez agaçant, pédant, prompt à prendre pour des cons tous ceux dont la tête ou les réflexions ne lui plaisent mort-aux-cons.jpgpas, jusqu'à devenir lui-même l'un de ces cons qu'il prétend éradiquer, soi-disant au nom de notre bien à tous, mais surtout pour son petit confort et sa satisfaction personnels. De plus, les meurtres deviennent vite répétitifs, expédiés la plupart du temps, en une seule phrase, donnant l'impression d'une accumulation de victimes quelque peu vaine, où le narrateur finit par nous perdre complètement. Le style est néanmoins plutôt agréable à lire, incisif et délicieusement tranchant, mais l'on regrette que, dans l'écriture comme dans la construction de l'intrigue, l'auteur ne soit pas allé jusqu'au bout de sa démarche : paradoxalement, ce titre si violent et si audacieux laisse place à un roman pas assez cynique et cruel pour être finalement drôle et efficace. Il y a toutefois de bonnes idées, comme cette relation pour le moins minée qu'il entretient avec l'inspecteur enquêtant sur le meurtre de sa femme (car il va sans dire que, à force de tuer des cons, notre héros a fini par en voir chez lui aussi), et surtout, ce passage extraordinaire où, chargé d'écrire le scénario d'un film pornographique intitulé Les malheurs d'Aspasie, du nom de la compagne du célèbre Périclès, courtisane notoire (Aspasie, pas Périclès), il découvre que toute l'équipe de tournage, acteurs et techniciens compris, a dévoré Le Banquet de Platon, qu'il avait apporté sur le plateau pour tromper son ennui, puis prêté à l'actrice principale. S'ensuit une discussion philosophique des plus virulentes au sujet de l'amour, interrompant le tournage, ce qui met en fureur le producteur du film, caricature de l'homme d'affaires vicieux et vénal. En somme, on passe un bon moment, malgré quelques longueurs, mais on aurait aimé une oeuvre un peu plus aboutie, et surtout, plus mordante. 2,5 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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Clara 21/04/2011 14:54


Je suis tout à fait d'accord. Il est vrai qu'au bout d'un moment, ça devient très répétitif. C'est dommage, parce qu'au delà de ça, c'est un roman très bon, avec un désopilant humour qui a fait de
lui un de mes livres préférés.


Elizabeth Bennet 22/04/2011 14:36


Dommage, en effet, l'idée était intéressante, et le début prometteur. A bientôt, EB


Allan Dustry 23/03/2011 22:32


....I had a dream....

Malheureusement ils sont vivants, et bien vivants!

Misanthropiquement vôtre,
Allan


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