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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 11:13
Pour ce troisième volet des aventures du plus dandy des poètes et dramaturges britanniques, Gyles Brandreth nous fait ramène cette fois-ci, par une sorte d'analepse, à l'époque où Wilde, tout juste âgé de 27 ans, cherche à asseoir sa renommée naissante :  après un bref détour par l'Amérique, où, après une série de conférences remarquable, il rencontre par hasard le grand acteur Edmond La Grange et son entourage, le jeune poète décide de s'installer à Paris, afin de travailler, avec La Grange lui-même, à la traduction et l'adaptation pour le public français de la célèbre pièce de Shakespeare, Hamlet. Mais une série d'incidents vient perturber leur collaboration : tout d'abord, le chien appartenant à Maman, la mère de La Grange, est retrouvé mort, enterré vivant dans l'une des malles de Wilde, sur le transatlantique qui les reconduit à Paris depuis les Etats-Unis ; puis, dans les coulisses du théâtre, on retrouve le cadavre de Traquair, l'habilleur de La Grange, apparemment suicidé par asphyxie sous un bec de gaz ouvert. Wilde en est profondément affligé, d'autant plus que c'était lui qui avait recommandé Traquair, qui était son valet en Amérique, aux bons soins d'Edmond La Grange. Malgré ces tragiques disparitions, et les menaces qui se font de plus en plus inquiétantes à l'encontre d'Oscar, celui-ci mène une vie de débauche parmi les grands artistes parisiens de l'époque : Sarah Bernardht, bien entendu, "la huitième merveille du monde", Maurice Rollinat, poète décadent et symboliste, Jacque-Emile Blanche, peintre et fils du célèbre psychanalyste... Tout ce petit groupe se retrouve au Chat noir, qui à l'époque n'était pas un imprimé sérigraphié sur des babioles pour touristes, mais un petit troquet perdu dans Montmartre, où l'on abuse du laudanum et de l'absinthe... Autant dire que l'enquête d'Oscar, assisté de son fidèle ami Robert, qu'il rencontre ici pour la première fois, ne va pas s'avérer de tout repos.

On l'attendait avec une telle impatience, ce troisième opus des aventures d'Oscar Wilde, qu'on en serait presque déçu lorsqu'on l'a refermé. En effet, le plaisir de retrouver notre dandy préféré, plus cabotin que jamais, s'efface assez rapidement, une fois passé le premier chapitre, qui pourtant suscite un très fort intérêt par son ton et sa construction énigmatiques. La partie aux Etats-Unis est assez mal reliée au reste du récit, et l'on n'en comprend l'intérêt que dans les dernières pages du roman ; le reste de l'intrigue est plus fluide et plus cohérent, mais on a parfois l'impression de se perdre dans des histoires secondaires (les amours de Gabrielle de La Tourbillon et de Robert Sherard, la fascination morbide de Bernard, le fils d'Edmond La Grange, pour les cadavres et les estropiés, les petites aventures de Sarah Bernardt dans son monde merveilleux... Si bien que l'on a du mal par moments a retrouver le fil de l'intrigue principale, qui pourtant a de quoi susciter l'engouement du lecteur : mêlant enquête policière, jalousies de coulisses, secrets de famille, succès de façade et petites mesquineries entre amis, ce ro
wilde.jpgman ambitieux parvient en outre à saisir parfaitement l'atmosphère qui règne au sein de l'intelligentsia parisienne, à la fin du XIXe siècle. Les épisodes qui se déroulent à Montmartre sont peut-être un peu trop pittoresques pour être honnêtes, mais ils ne tombent jamais dans la caricature ou le superflu. Bien sûr, Wilde est toujours aussi extraordinaire, et l'on ressent tout l'émerveillement de Robert Sherard, le narrateur, devant cette personnalité complexe, magnétique et fascinante. L'ensemble est toujours aussi documenté, avec en sus une petite bibliographie en fin d'ouvrage, preuve que Brandreth, à l'inverse d'autres auteurs contemporains qui s'amusent à écrire la suite de Sherlock Holmes ou de Dupin, connaît parfaitement son sujet. Le personnage d'Edmond La Grange est également très intéressant, fictif bien entendu, mais doué d'une profondeur assez remarquable, avec des parts de mystère et des traits de caractère bien définis (il serait difficile d'en dire plus sans dévoiler toute l'intrigue)... Ajoutons que sa conscience professionnelle, liée à l'honneur de la dynastie La Grange, est digne des plus grands personnages historiques : que les membres de sa famille soient assassinés, que le théâtre croule sous les scandales, que le public vienne ou non, "the show must go on" (on trouve la phrase telle qu'elle dans le roman, et ce n'est pas qu'un hasard). Bref, un livre toujours agréable, dans la lignée des précédents, mais reposant sur une intrigue un peu plus légère, qui laisse un sentiment d'inachevé. Néanmoins, on ne se lasse pas des aphorismes si caractéristiques du style de Wilde, notamment cette petite pointe à Proust : "Quand on goûte une madeleine, on ne l'oublie jamais", ou encore cette petite réflexion, qui perd malheureusement tout son sel une fois traduite en français, mais qui devait être très drôle en version originale : "C'est à la fois le petit déjeuner et le déjeuner. Un jour, quelqu'un trouvera un mot pour désigner cela". Sur ce, je vous laisse apprécier...
3 étoiles
Voir la critique du volume précédent :
Oscar Wilde et le jeu de la mort, de Gyles Brandreth

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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commentaires

Mark Darcy 31/03/2010 09:48


Très chère Elizabeth.
On avait dit: pas d'acharnement inutile sur les auteurs au fil du texte tout au long des critiques, sauf si c'est un académicien, un chroniqueur du grand journal, un lauréat du prix Renaudot, ou
Amélie Nothomb. Laissez-donc ce pauvre N.Meyer en paix, il ne réécrira plus de livre sur Scherlock Holmes c'est promis.
Ah! Ces écrivains doués pour trouver des personnages d'une profondeur remarquable, je lève mon verre aux proxénètes de la virgule!
Belle critique très chère! Continuez ainsi!
Bien à vous,
Mark


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