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2 avril 2010 5 02 /04 /avril /2010 15:10

Le narrateur,  un jeune homme de la bonne société, retrouve par hasard dans une salle d'armes son ami Alfred de Nerval, qu'il n'a pas vu depuis plusieurs mois, à l'exception de brèves rencontres en Suisse puis en Italie, où il n'a pas pu lui parler, retenu par la pudeur, car Alfred était toujours accompagné d'une femme splendide mais apparemment dévorée par un mal intérieur, le visage dissimulé sous un voile, comme si elle craignait de se faire reconnaître. Lors de ces retrouvailles, Alfred va donc dévoiler à son ami toute la vérité sur ces mystères, lors d'un long récit rétrospectif qui le conduira à expliquer la mort toute récente de la jeune et belle Pauline de Meulien, dont le narrateur a lui-même vu la tombe au début du roman : depuis plusieurs années, Alfred vouait un amour sans bornes à Pauline, et seul le manque de fortune personnelle l'avait empêché de prétendre à sa main. Lorsqu'il apprend qu'elle va épouser le comte Horace de Beuzeval, tout juste revenu des Indes où il a hérité d'une immense fortune, il sombre dans le désespoir le plus profond. Quelques semaines plus tard, en Normandie, pris par une tempête qui manque de réduire son embarcation en morceaux, il trouve refuge dans un vieux bâtiment en ruines, où il passe une bonne partie de la nuit, devenant le témoin involontaire d'étranges faits : un jeune homme, vêtu en paysan, apparemment sorti d'un souterrain par une porte verrouillée, en dissimule une clé sous une grosse pierre. Le lendemain, Alfred, revenu à son auberge, est appelé en renfort, dans une splendide demeure, pour examiner un corps qu'on lui présente comme celui de Pauline, prétendument décédée. Mais Alfred comprend vite que le cadavre n'est pas celui de la jeune femme et, de fil en aiguille, il retrouve Pauline saine et sauve, enterrée vivante par son propre époux, et condamnée à mourir d'empoisonnement ou de faim dans son misérable tombeau, pour avoir découvert le secret du comte Horace, qui n'est pas si pur et honnête qu'il n'y paraît...

 

Ecrit en 1838, après ses succès de théâtre, Pauline est encore considéré comme un roman de jeunesse de Dumas. Pourtant, on y trouve en germe tout ce qui fera le triomphe littéraire du Comte de Monte-Cristo et des Trois Mousquetaires : histoires d'amour, enlèvements à la faveur de la nuit, empoisonnement, suspense, aventures, duels, dangers et périls multiples, passages secrets, chemins dissimulés, vengeances, meurtres et brigandage à l'envi... Entre roman noir, roman "gothique" avant la lettre et roman d'aventures, Pauline, oeuvre incontestablement écrite par le seul Dumas (donc loin des querelles et des polémiques actuelles liées à sa "collaboration" avec Maquet), se révèle étonnament intéressant, malgré son intrigue somme toute très convenue et un peu trop mélodramatique (dans le mauvais sens du terme malheureusement) par moments, avec son lot d'évanouissements, de trahisons, de maladies mortelles et de correspondances romantiques entre les sentiments des personnages et les événepauline.jpgments climatiques (je n'invente rien !). Néanmoins, et malgré le fait que le lecteur connaisse dès le début le dénouement du récit, Dumas parvient à ménager un certain effet de suspense avec l'enchâssement des narrations, puisqu'à partir de la moitié du roman, c'est Pauline elle-même qui nous dévoile les raisons qui l'ont conduite, du moins pour un temps, au tombeau. On regrettera toutefois le manque de profondeur du comte Horace, personnage dont le caractère aurait pu être développé bien davantage afin de faire percevoir au lecteur toutes ses motivations et toutes ses pensées ; à défaut de cela, Horace paraît bien fade, malgré un excellent potentiel de criminel froid et machiavélique. Avec un style qui annonce déjà les grandes et belles phrases romanesques de Dumas, mais des personnages encore trop stéréotypés (comme si l'auteur avait voulu dès le départ préparer l'adaptation de son roman en pièce de théâtre), qui perdent du même coup en crédibilité et en sympathie, Pauline est une oeuvre difficile à appréhender pour le lecteur non familier des oeuvres de Dumas. Pourtant, le charme opère dès qu'on décide de se laisser porter par l'intrigue tout en rebondissements et en mystères que nous a tissée l'auteur, et même si le dénouement est à la hauteur du reste (comprendre : dans la même tonalité mélodramatique), avec une Pauline à l'agonie mais qui trouve le moyen de disparaître dans un dernier (et premier) baiser à Alfred... Larmoyant à souhait, mais comme c'est Dumas, on lui pardonne aimablement, et on s'appitoie, en bon lecteur, sur les malheurs d'Alfred et Pauline, à jamais séparés à l'instant où ils pouvaient enfin être réunis. 3 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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