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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 23:16

Quelle belle journée pour mourir ! C'est du moins ce que le héros de cet ouvrage aurait pu penser, s'il n'avait pas été concerné d'aussi près par la chose.

Le voilà en effet qui s'écroule devant l'esplanade du Centre Pompidou à Paris, par une belle journée de printemps. Oui, mais le problème, c'est que c'est la première fois que ça lui arrive, et qu'il ne sait pas très bien comment s'y prendre. Faut-il avoir l'air inspiré pour prononcer ses derniers mots, la jouer tragédie grecque ou encore la faire sobre, tout en retenue et en simplicité ? Car il a du public, le bougre : tous ces badauds qui croient d'abord à un spectacle de rue, avant de comprendre le caractère à la fois rebutant et fascinant de cette mort qui se déroule juste sous leurs yeux.

Tandis qu'il agonise sur le sol, une véritable bataille se joue dans la tête de notre héros, qui n'a pas vraiment envie de passer l'arme à gauche. En tout cas, pas maintenant, pas comme ça.

Et voilà qu'en plus, des souvenirs lui reviennent, de ses conquêtes féminines, de ses proches, des imbéciles de toute sorte qu'il a pu croiser au cours de son existence... Mince alors, il faudrait quand même qu'il se concentre un peu, ce serait bête de rater sa propre mort !

 

Avec son titre un peu énigmatique et sa quatrième de couverture alléchante, ce roman semblait tout à fait prometteur. Les cinquante premières pages également : on y découvre un narrateur, digne héritier de Desproges et de Frédéric Dard, qui PrendreFin.jpgnous dissèque avec malice et talent un bon paquet d'expressions toutes faites en rapport avec la mort. C'est amusant, impertinent, original. On sourit de ce personnage un peu dépassé par la situation, pas encore mort mais déjà plus tout à fait vivant, mais qui s'accroche tout de même à la vie comme un forcené.

Et puis, passé ces cinquante pages, le récit tourne à l'exercice de style vain et narcissique. Le narrateur, un brin misogyne et condescendant, nous raconte alors, avec un plaisir presque obscène et un luxe de détails dont on aurait pu se passer, toute sa vie amoureuse, de ses entrevues avec des prostituées à ses relations assez ternes avec de belles plantes légèrement décérébrées...

De page en page, le lecteur sent l'ennui, voire l'agacement, pointer le bout de son nez , lorsque le héros se perd dans des digressions interminables, des considérations parfaitement accessoires ou encore lorsqu'il enfile les citations et les références élitistes dans le seul but d'étaler son "immense" culture.

Jean-Pierre Enjalbert, auteur parfaitement inconnu au bataillon, et qui aurait peut-être dû le rester, se paye tout de même le luxe de nous servir un roman de deux cents pages sur du vide total, puisqu'il faut bien l'admettre, il ne se passe rien : le narrateur se promène, s'effondre, et se met à divaguer. Point final (qui tarde à venir, en plus, un comble pour un ouvrage aussi court !).

Alors à la limite, la brièveté de ce roman est plutôt un soulagement, puisqu'elle nous permet de passer rapidement à autre chose. Dommage, donc, car il y avait matière à faire de ce roman un petit bijou d'écriture et d'humour absurde, et à la place, nous n'avons qu'une pénible, désolante et fastidieuse démonstration de masturbation intellectuelle.         1 étoile

 

Ouvrage reçu dans le cadre de l'opération "Masse Critique" menée par Babelio et les éditions Belfond.

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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