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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 11:22
Rafael est un pauvre type, illetré, alcoolique, père de trois enfants, sans travail ni avenir. Il vit dans une sorte de bidonville coincé entre une décharge publique et une autoroute, avec sa femme, le reste de sa famille, et une communauté d'autres marginaux. Il n'a aucune chance de s'en sortir, et même la ferraille que la communauté récupère à la décharge et revend ne suffit pas à faire vivre tout le monde. Mais un jour, le destin semble lui sourire : un producteur de cinéma lui propose de l'engager. Mais ce producteur n'est pas tout à fait un homme ordinaire : il réalise des snuff movies, ces films un peu particuliers où la souffrance et la mort sont bien réelles, le tout pour exciter quelques déséquilibrés. Pour Rafael, c'est l'occasion de toucher, en un peu moins d'une heure de torture, trente mille dollars, plus qu'il ne pourra jamais en gagner dans toute sa vie, et donc l'occasion de sauver sa famille de la misère. Rafael accepte sans hésiter, et désormais c'est une course vers la mort qui commence pour lui : il lui reste trois jours à vivre, et personne autour de lui ne sait à quoi il s'est engagé...

A la lecture de la quatrième de couverture, on craint le pire. Cette appréhension est renforcée par l'avertissement de l'auteur sur le "célèbre" chapitre c, où le producteur véreux décrit par le menu tous les sévices qu'il compte faire subir à Rafael dans son film. Heureusement, Mcdonald n'est pas Poppy-Z Brite, et il n'a pas décidé de nous faire un deuxième Le corps exquis. Son roman ne tombe pas dans le gore, au contraire, il vise à donner une certaine dignité à cet homme au bord du gouffre, qui n'a plus que sa vie à offrir pour espérer offrir une meilleure situation à ceux qu'il aime. C'est un livre extrêmement dérangeant, bien sûr, à lire d'une seule traite. Car Mcdonald n'a peut-être pas choisi de nous faire vivre le tournage du snuff movie, mais il met en scène une autre violence, bien plus insoutenable celle-là : celle de la misère sociale, du désespoir, de l'alcoolisme qui touche toute la communauté de Rafael, des enfants aux vieillards. Ils sont malades, analphabètes, vivent sans eau ni électricité, et n'ont aucune chance de voir leur situation changer, ou alors seulement en pire. On s'attache presque malgré soi au héros, à sa naïveté touchante lorsqu'il signe avec McCarthy (le producteur) un simulacre de contrat, ou lorsqu'il rapporte à sa femme une dinde surgelée, elle qui n'a même pas de gazinière pour la faire cuire. Le roman donne toute sa force au sacrifice que Rafael s'apprête à faire, par une construction irréprochable qui nous conduit inéluctablement vers l'issue fatale, en compagnie du pauvre personnage. Mais l'écriture de Mcdonald réussit toutefois à éviter tout pathos inutile, il n'est pas question pour lui d'arracher des larmes à son lecteur, mais il veut simplement montrer la réalité d'une partie de l'Amérique d'aujourd'hui, qui vit dans une misère noire au vu et au su de tous. Un style dépouillé, et qui pourtant ne laisse pas insensible à l'histoire tragique de Rafael. C'est un roman dont la lecture vous marquera sans doute pour longtemps, tant il est violent et poignant, et dont le dénouement n'apporte aucune réponse claire, nous laissant douter des intentions du producteur, qui ne donnera peut-être jamais les trente mille dollars promis après la mort de Rafael. Pour ceux qui préfèrent la version DVD, il a été adapté au cinéma sous le titre The Brave, de et avec Johnny Depp. En bref, un roman à lire de toute urgence, pour sa qualité, sa force, et surtout la leçon d'espoir et de générosité qu'il donne, en dépit des apparences.

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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Allan Dustry 30/11/2009 17:23


Fort bien, Elizabeth, je le lirai donc. Mais je sens une pointe de relâchement dans votre style: conservez donc dans les réponses aux commentaires la patte que vous imprimez dans vos articles, ma
chère.
Bien à vous,
Allan


Allan Dustry 30/11/2009 14:01


Dommage que l'on sache déjà que Rafael va périr à la fin du livre!


Elizabeth Bennet 30/11/2009 16:40


En même temps, on sait pas vraiment s'il meurt en tournant le film, vu que le livre se termine avant qu'il n'arrive au studio. Mais de toute façon, c'est pas tant le sort final de Rafael qui
compte, que la façon dont l'auteur raconte ses derniers jours. En tout cas, même quand on connaît la fin, cela n'empêche en rien de lire ce roman !


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