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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 12:26

Dans le grenier d'une ferme, un après-midi comme les autres, cinq chatons ont vu le jour, cinq minuscules boules de poils, dont deux, une noire et une blanche, ont montré des signes d'intérêt pour le monde extérieur, sous les yeux amusés de leur mère. Le chaton noir, c'est Rroû, un aventurier et un dur à cuire, qui, lassé de jouer avec les rayons de soleil filtrant à travers les vasistas du grenier, explore peu à peu son univers, chaque fois un peu plus loin : l'escalier, la cour, le jardin, le muret en pierre, le talus, le rebord de la route, jusqu'à la maison d'en face, où vit la vieille Clémence, une bonne à tout faire qui travaille pour le médecin du village. Intrépide et indépendant, Rroû accorde gracieusement et librement son amitié à la vieille fille, qui finit par l'apprivoiser peu à peu, par des offrandes de nourriture, des caresses, des paroles douces... La vie est belle pour Rroû, véritable prince de cette masure, où chaque rayon de soleil, chaque brin d'herbe, chaque insecte, peut révéler un nouveau jeu. Mais voici l'été qui arrive, et la petite famille qui déménage à La Charmeraie pour y passer les vacances. Rroû, d'abord méfiant, découvre un nouveau terrain de jeu, dont chaque parcelle reste à explorer, et s'initie aux mystères du désir et de l'amour avec une petite chatte blanche du voisinage, ce qui lui vaut quelques escarmouches mémorables avec les matous du coin... Rroû semble avoir trouvé son paradis sur terre : choyé par les humains, respectés par les autres chats, vivant d'amour et d'eau fraîche, tout lui sourit. Sauf que les vacances arrivent à leur terme, et Rroû doit rentrer avec ses maîtres. Une fois de retour, le voici qui dépérit, lui qui était si vif auparavant. Plus rien ne semble pouvoir le sortir de son apathie, et Clémence lit dans ses yeux chargés de reproche que Rroû aurait voulu rester pour toujours à La Charmeraie... Une nuit, Rroû n'y tient plus ; au seuil de l'hiver, il s'enfuit, bien décidé à recouvrer sa liberté et son indépendance. Mais pour un chat isolé, aussi malin soit-il, l'hiver, la neige, le froid et les chasseurs constituent bien des pièges mortels...


Qu'on se le dise, malgré les apparences, Rroû n'est pas un livre particulièrement destiné aux enfants. Certes, c'est une initiation à la nature, au cycle des saisons, aux espèces animales et végétales qui peuplent nos campagnes, mais c'est bien plus que ça : ce roman, c'est une véritable initiation à la magie de la poésie. Chaque adjectif, rrou.jpgchaque verbe, chaque phrase vibre du lyrisme que lui donne Genevoix, sans jamais tomber dans le ridicule ou le déjà-vu. Tout sonne juste dans ce roman, comme si l'auteur avait trouvé l'alchimie parfaite, le ton adéquat à donner à chaque pensée, à chaque émotion, à chaque description. Il s'identifie si bien à son héros qu'il devient, peu à peu, Rroû lui-même, et fait partager au lecteur les folles aventures du chat noir intrépide, qui n'écoute que son instinct et sa liberté. Le chat semble incarner pour Genevoix un idéal de beauté, de fraîcheur, de grâce, de spontanéité, et comment mieux rendre ces dernières que par le voyage initiatique de Rroû au coeur de la campagne et de la nature de l'entre-deux guerres ? Même si les premières pages et les constantes recherches lexicales ou syntaxiques peuvent rebuter les lecteurs les plus jeunes ou les plus pressés, on s'habitue insensiblement à ce style magnifique qui fait doucement vibrer le moindre brin d'herbe, fait respirer le moindre nuage, fait onduler le moindre rayon de soleil, et l'on se prend à découvrir, en compagnie de Rroû, le meilleur guide qui soit, tout un monde inconnu et insoupçonné, on rit de ses maladresses, on s'apitoie sur ses faiblesses, et on pleure, également, lorsque le malheur le frappe et qu'il semble abandonné de tous. Un petit chat  adorable qu'on aurait tous rêvé d'adopter, et qui pourtant ne peut vivre privé de sa liberté. Une incroyable leçon de vie et d'amour, à méditer. Maurice Genevoix signe là sans doute le plus bel hommage littéraire jamais rendu à la gent féline. 4 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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marie 01/04/2016 18:12

... j'ai beaucoup, beaucoup aimé ce livre.

Maxou (qui se rectifie) 17/06/2010 19:17


je voulais dire qu'il retournait dormir autant pour moi, j'étais trop impliqué dans mon pamphlet passionné.


Maxou 17/06/2010 19:14


Tss, rien qu'a la couverture du livre on se rend compte ce que le chat veut, comme sa tout suppliant : il veut manger ! Le chat à part leur petit confort personnel ya rien qui les intéresse. Le
mien par exemple il dort tout le temps, et quand il dort pas il miaule pour avoir a mangé, et quand il a manger il retourne manger.
Maintenant, en étant un peu sérieux ce livre m'intéresse vraiment, je veux savoir à quel point il va souffrir ce chat. MWAHAHAHAHAHAHA !
MORT AUX CHATS !!!

ps : je suis sérieux quand je dis qu'il m'intéresse.


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