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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 11:21

Djiraël vit à Sarcelles avec sa mère, ses deux frères et sa petite sœur. Son morne quotidien est rythmé par les séances de drague, les contrôles de police, les combines foireuses dans lesquelles l’entraînent ses amis, notamment Youba, avec qui il traîne la plupart du temps. Malgré sa relation avec Alexandra, sa copine « officielle », il n’a d’yeux que pour Farah, la seule fille avec laquelle il se sente vraiment bien, même s'il n'arrive pas à le lui dire. Mais elle est arabe et il est noir, et dans la cité, ça ne se fait pas. Comble de malchance, il doit se rendre au Sénégal avec toute sa famille, pour se recueillir sur la tombe de son père, mort depuis trois mois et dont la dépouille a été rapatriée dans son pays d'origine. Pour Djiraël, ce voyage ne rime à rien : de son vivant, son père n'a jamais su lui témoigner la moindre affection, et le jeune homme le lui rendait bien. Face à la détermination de sa mère, il finit par céder et arrive à Dakar. Aussitôt, il est surnommé "le Francenabé". Lui qui se fait régulièrement traiter d'étranger en France n'est pas non plus à sa place dans ce pays qui semble ne pas vouloir de lui. Pourtant, au fil des jours et des rencontres, Djiraël va découvrir le moyen de renouer avec ses origines... et avec son père.

 

Il y a des livres qui donnent, d'emblée, un mauvais pressentiment. Avec son titre en forme de challenge sportif et sa couverture criarde, celui-ci en fait partie. Les premières pages, très marquées par l'aspect "banlieue", avec verlan, petitesarcelles.jpg délinquance et pauvreté, font craindre le pire. Et pourtant, dès l'arrivée de Djiraël au Sénégal, le roman change de dimension. Adieu la chronique sociale, bonjour le lyrisme, la sagesse proverbiale et les contes africains. Avec une sensibilité insoupçonné, l'auteur nous entraîne dans un univers extraordinaire, où les esprits et les hommes vivent en harmonie, où l'amour est l'enjeu d'une quête aux multiples épreuves, où les rites et les croyances ancestrales donnent son sens au temps qui passe. À travers un roman initiatique parfaitement maîtrisé, l'auteur entraîne Djiraël sur le chemin de la connaissance de soi, de l'apaisement et de la sagesse. Au fil des pages, le héros se dévoile, perd ses certitudes et oublie son orgueil, pour accepter d'apprendre à regarder, d'apprendre à aimer et à comprendre. Lorsqu'il revient à Sarcelles, lui qui ne se sent chez lui nulle part, c'est un jeune homme transformé, apaisé et prêt à tous les sacrifices par amour. Avec un style qui rappelle par moments les plus belles pages de Laurent Gaudé, Insa Sané a un talent exceptionnel pour raconter l'Afrique, mais sa façon de présenter les banlieues est également appréciable : loin des clichés et des stéréotypes, l'auteur présente des "quartiers" sans fioriture, où règnent la débrouille, l'optimisme et l'envie de s'en sortir. En bref, un road-trip passionnant, aux accents poétiques, où l'écriture se transforme et gagne en profondeur à mesure que le héros mûrit, même si certaines maladresses pointent encore çà et là, notamment dans la construction des personnages, parfois trop rapidement esquissés, ou dans la mise en place de l'intrigue, assez simpliste et manquant relativement d'originalité. La preuve que le talent littéraire se trouve partout, et qu'il va désormais falloir compter avec les nouvelles voix de la banlieue, venues proposer un souffle nouveau à un monde littéraire trop sclérosé et sûr de lui. 3,5 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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