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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 12:09
Tess Durbeyfield est une jeune paysanne du Wessex, élevée dans une famille pauvre par des parents plus portés sur la boisson que sur les travaux des champs. Lorsque son père découvre qu'ils sont les descendants de l'antique famille des D'Urberville, tous croient que leur destin va changer : la mère de Tess l'envoie alors dans un village voisin où vivent de lointains cousins, les Stoke d'Urberville, afin de se faire reconnaître, espérant leur soutirer une aide. Tess refuse d'abord, mais suite à un accident qu'elle provoque malgré elle, leur cheval est tué, et il ne leur reste plus que cette solution pour échapper à une misère noire. Tess rencontre alors son cousin Alec, jeune débauché qui la séduit, abuse d'elle puis l'abandonne. La jeune fille rentre chez elle, plus abattue que jamais, et met au monde un enfant, bien justement nommé Chagrin, qui meurt peu après sa naissance. Dans la puritaine société de l'époque victorienne, Tess aura le tort impardonnable de ne pas vouloir dissimuler cette faute, et sa vie se transformera peu à peu en une lente descente aux enfers, méprisée par tous, jusqu'à son époux, Angel, qui la rejettera en apprenant la nouvelle, de la bouche même de Tess. Le destin de la jeune fille semble la conduire inéluctablement à la déchéance...tess

Oeuvre majeure de la littérature victorienne, ce roman présente aussi une critique virulente de la morale de l'époque : prenant le parti de Tess, le romancier nous la dépeint comme double victime, non seulement des assauts répétés de son cousin, mais aussi du regard que la société porte sur elle, puisque ce genre d'aventure était toléré pour les hommes (comme le montre la scène des aveux symétriques des deux époux) mais constituait un péché pour les femmes. Le symbolisme de la nature est omniprésent, faisant de Tess une véritable déesse païenne, envers et contre ceux qui prônent un protestantisme intolérant. Cette allégorie religieuse imprègne très fortement le roman, et transforme Tess en victime expiatoire, rôle qu'elle accepte inconsciemment à la fin du roman en s'allongeant sur l'autel de Stonehenge, dont Hardy fait un temple dédié au culte solaire. On l'aura compris, cette oeuvre offre une multitude d'interprétations qui s'entrecroisent et se renforcent mutuellement, et qui convergent tous vers la jeune fille, magnifiée par l'écriture de Hardy, qui fait d'elle une héroïne presque tragique. On pourrait reprocher à l'auteur d'avoir un peu trop forcé le trait mélodramatique, notamment dans les derniers chapitres, tant le destin semble s'acharner contre la pauvre jeune femme, et d'avoir donné à certains personnages un caractère qui frise parfois la caricature, mais ces défauts sont contrebalancés par une écriture splendide, des descriptions remarquables du Wessex, et une analyse psychologique somme toute assez fine en ce qui concerne les motivations des personnages. Tess est véritablement attachante, malgré sa naïveté exaspérante, et l'on se prend à espérer avec elle le pardon d'Angel le bien nommé. Un chef-d'oeuvre qui comporte toutefois quelques longueurs, notamment au début, avant que l'intrigue ne se mette réellement en place, mais qui se révèle d'une surprenante modernité en ce qui concerne certaines réflexions sur la place de la femme dans notre société. Pour les cinéphiles, ce roman a été porté à l'écran par Roman Polanski, cinéaste de renom et de génie, il y a une quarantaine d'années, sous le titre de Tess


 

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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