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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 13:42

Qu'est-ce qui différencie réellement nomades et sédentaires ? Les voyageurs peuvent-ils être considérés comme appartenant à l'une ou l'autre de ces deux catégories, ou en forment-ils une à part, régie par ses propres critères ? Et comment définir ces critères ? Qui est vraiment le voyageur ? Quand commence le voyage ? Dès le projet que l'on fait de partir pour tel ou tel pays, dès le départ, dès l'arrivée sur le sol convoité ? Comment appréhender, alors, les minutes ou les heures qui constituent le trajet du point de départ jusqu'à la destination, l'entre-deux ? Quelles traces garder d'un voyage ? Photographies soigneusement choisies ou au contraire multipliées à l'outrance, croquis, poèmes, cartes postales, journaux de bord, essais, romans ? Et comment rendre compte de toutes les expériences multi-sensorielles vécues en voyage ? Comment faire partager ces sons, ces couleurs, ces saveurs, ces impressions, ces textures, ces sensations ? Comment vivre le retour, ou au contraire pourquoi choisir de ne jamais plus s'arrêter de voyager ? A toutes ces questions, et à bien d'autres encore, Michel Onfray choisit d'apporter une réponse qui se veut originale, dans son cours essai sobrement intitulé Théorie du Voyage, et moins sobrement sous-titré "Poétique de la géographie", car il s'aigt bien, aussi et surtout, pour l'auteur, d'évoquer la géographie, souvent associée à l'image d'une mappemonde poussiéreuse parcourue de reliefs et de fosses sous-marines, sous un angle nouveau, par le biais de la poésie, poésie des sons, des mots et des images...

 

Il est certains auteurs dont on se demande s'ils n'écrivent pas mus par une sorte d'étrange masochisme, pour le seul plaisir de se voir décerner des critiques négatives. Michel Onfray en fait partie. Philosophe de bas-étage prétendant vulgariser sa discipline, presque aussi présent sur les plateaux de télévision que son meilleur ennemi Bernard-Henri Lévy, le voilà qui se lance, dans cet ouvrage, dans une théorisation poético-philosophique du voyage, au plus grand détriment de la philosophie et de la poésie, d'ailleurs. Car il ne suffit pas de convoquer (brièvemenvoyage.jpgt, il ne faudrait pas effrayer le lecteur par de trop longues références philosophiques) les présocratiques, Leibniz, Spinoza ou Sartre - qui doivent tous faire des sauts périlleux dans leur tombe, soit dit en passant - pour faire de la philosophie, et il ne suffit pas non plus de juxtaposer de beaux termes, par la forme ou par l'image qu'ils évoquent, ou d'employer d'affreux mots à la limite du néologisme ("quintessencier" et "musiquer", pour ne citer que ces deux-là), ou encore de s'approprier la magnifique formule de Rimbaud, "Je fixais des vertiges" (sans jamais en citer l'auteur, comme si Onfray pouvait être assez génial pour y avoir pensé tout seul) pour faire de la poésie. Ajoutons à cela un goût immodéré pour les énumérations inutiles, et l'on se fera une idée assez précise du style de Michel Onfray dans cet essai : bavard, agaçant, verbeux, futile, pompant, redondant, ampoulé, amphigourique... Les mots me manquent pour qualifier cette écriture irritante au possible, qui n'a d'autre effet que de noyer le lecteur sous des accumulations de phrases nominales sans fin et des déferlantes d'images souvent plus proches du cliché qu'autre chose. Car n'est pas Proust qui veut, ce que Michel Onfray a visiblement oublié en écrivant cet essai : Proust, lui, avait un style extraordinaire, et de grandes idées ; celles de notre pseudo-philosophe, une fois débarrassées de tout leur attirail de mauvaise poésie et de sous-philosophie, pourraient tenir sur une seule feuille de papier. Par pitié, que Michel Onfray se contente de faire éditer cette feuille-là, la prochaine fois, plutôt que d'imposer à ses lecteurs un essai aussi exécrable.              0 étoiles.

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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Allan Dustry 17/10/2010 10:45


Chère Elizabeth,

Une fois de plus, vous avez su mettre les mots qu'il fallait (et quels mots!) sur les impressions que la lecture de cet ouvrage bavard, inutile et prétentieux m'avait faites!
Je comprends mieux pourquoi Onfray est le philosophe favori des bobos! Un verbiage pompeux qui cache le vide de la pensée, tout en superficialité...
Bien de notre époque d'apparences, en somme!
Continuez à nous enchanter de vos critiques percutantes!
Bien à vous,
Allan


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