Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 18:42
Premiers pas sur la Terre des Pharaons pour l'indomptable Amelia Peabody, après une brève escale à Rome où elle rencontre Evelyn, jeune noble anglaise ayant compromis son honneur par sa fuite avec son maître de musique italien, qui vient de l'abandonner lâchement. Les deux femmes arrivent bientôt au Caire et découvrent les joies des vestiges antiques, lorsqu'une brutale altercation entre Amelia et un archéologue anglais bouillonnant vient rompre leurs déambulations. Cet archéologue se nomme Radcliffe Emerson, et il est sans nul doute persuadé d'être le plus brillant égyptologue de son époque. Son frère cadet, Walter, présente de nombreux charmes, auxquels Evelyn ne semble pas insensible. Cette rencontre aurait pu tomber dans l'oubli, si le hasard n'avait pas remis nos quatre personnages en présence, dans la ville d'Amarna, construite par Akhénaton, le pharaon hérétique. Mais une étrange momie vient troubler les paisibles fouilles de cette charmante équipe, et se montre même terriblement vindicative, n'hésitant pas à endommager les vestiges mis au jour ou à s'en prendre physiquement aux membres du petit groupe. Il va alors falloir toute la sagacité d'Emerson et toute l'impétuosité d'Amelia Peabody pour déjouer cette mascarade.crocodile

Avec ce premier volume d'une -très- longue série, Elizabeth Peters nous emmène en Egypte, à la fin du XIXe siècle, dans le cadre des grandes découvertes consécutives aux recherches acharnées menées par Maspero, Petrie et tant d'autres. La pétillante Peabody n'en finit pas de nous surprendre par ses réflexions, très féministes pour l'époque, et ses actes parfois à la limite du loufoque et du convenable (l'usage inattendu qu'elle fait de son ombrelle en est sans doute le meilleur exemple). Elle est entourée de personnages très bien conçus et qui lui donnent la réplique, dans la mesure de leurs moyens, même si seul Emerson s'affirme comme un adversaire à sa hauteur, ce qui ne manquera pas de rappeler à un lecteur attentif un certain roman nommé Orgueil et Préjugés, qui mettait aux prises deux jeunes nobles anglais lancés dans une joute permanente mais qui en réalité se vouent un amour passionné. L'énigme de la momie somnambule n'est toutefois guère convaincante, tant elle paraît peu préoccuper nos héros jusqu'aux cinquante dernières pages, et il semble qu'Elizabeth Peters ait voulu montrer avant tout la rencontre et l'affection naissante entre nos deux égyptologues, plutôt que construire un roman policier en bonne et due forme. Le(s) mobile(s) révélés dans le dernier chapitre paraissent légèrement tirés par les cheveux (sur une momie, je vous laisse imaginer le carnage) et n'emportent pas vraiment l'adhésion du lecteur, mais le reste est si bien écrit qu'on pardonne bien vite à Elizabeth Peters de ne pas avoir apporté tout le soin nécessaire à l'élaboration de cette enquête néanmoins placée sous le signe de Sherlock Holmes et de Miss Marple. Le style est comme toujours un pur régal, avec cette pointe de flegme et d'humour so british, et les descriptions des sites et des fouilles archéologiques sont rigoureusement exactes et, ce qui ne gâche rien, vraiment palpitantes, de quoi susciter de nombreuses vocations. Enfin, il semble que le pharaon hérétique ait la cote ces dernières années chez les romanciers, drôle de revanche de l'Histoire sur celui dont le nom a été méthodiquement martelé sur les inscriptions, afin que nul ne se souvienne de son existence. A mi-chemin entre Agatha Christie et Indiana Jones, ce roman ne peut que faire des adeptes, et l'on se prendrait presque à rêver d'être Amelia Peabody elle-même, bravant les dangers et les difficultés pour l'amour de l'égyptologie, réussissant à concilier vie privée et vie professionnelle avec celui qui deviendra son collègue, son ami et son époux. 

Partager cet article

Repost 0
Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
commenter cet article

commentaires

Allan Dustry 29/12/2009 11:49


Qui sait si vous ne porterez pas un jour l'habit vert et ne dormirez pas à votre tour sous la coupole lors des longues séances consacrées à l'examen de la lettre "D" (ils devraient en être là
lorsque vous y serez entrée)?
Académiquement vôtre,
Allan


Elizabeth Bennet 29/12/2009 18:24


Dieu (ou Bouddha, comme vous voudrez) m'en garde bien ! Et avec un peu de chance, mes études présentes et futures ainsi que mon orientation professionnelle me préserveront de cette institution
décadente !


Allan Dustry 28/12/2009 22:38


Chère Elizabeth,

Vous ressuscitez (si je puis dire) l'ambiance de Mort sur le Nil...J'aime beaucoup votre remarque sur les cheveux tirés en lien avec une momie. J'apprécie moins le fait que vous écriviez
qu'Akhenaton ait la "côte"...Je pense qu'en effet, si le grand pharaon avait, de son vivant, les côtes très saillantes, compte tenu de sa maigreur, sa popularité est aujourd'hui telle qu'on peut
dire qu'il a la cote...
Bref, le dictionnaire de l'Académie, rédigé par ces "sapins de Nowel" que vous décriez, pourrait bien vous servir un jour, malgré vos multiples talents littéraires que je ne remets aucunement en
cause par ailleurs...
Orthographiquement vôtre (avec un accent circonflexe, cette fois).
Allan


Elizabeth Bennet 29/12/2009 11:23


Joli commentaire, pour une faute qui n'en méritait pas tant et que je m'empresse de corriger. Mais cela ne change rien à mon opinion concernant l'Académie !


Présentation

  • : Ars legendi, un peu de littérature dans ce monde de brutes !
  • Ars legendi, un peu de littérature dans ce monde de brutes !
  • : Entrez dans le monde des lettres ! Un blog entièrement dédié à la littérature, avec de nombreuses critiques, personnelles et argumentées.
  • Contact

Retrouvez moi sur :

Mon profil sur Babelio.com
et sur
 

Recherche