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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 20:07
Dans un petit village de Mayenne, une maison aux volets fermés, murée dans son silence : Ker Ael. Vue de l'extérieure, elle semble abandonnée. Pourtant, Etienne et Fauvette y vivent encore, d'une certaine manière. Et puis il y a, nuit et jour, les sept amis qui leur rendent visite :  le Bosco, ancien marin qui tient le café du village, le petit frère d'Etienne ; Madeleine, qui vient mettre le couvert et fleurir le salon ; Berthevin, qui allume toutes les lumières ; Blancheterre, le professeur de sciences naturelles qui vient y lire des poèmes à voix haute ; Ivan, l'ancien cheminot, qui ouvre les fenêtres ; Léo, qui traverse tout le village, marchant à côté de son vélo, et qui fait sonner la cloche de l'entrée pour prévenir de son arrivée ; enfin, Paradis, qui remonte la petite horloge suisse. Cette histoire, c'est l'histoire d'une promesse faite à Etienne et Fauvette, il y a bien longtemps, pour qu'ils vivent un peu plus que la vie. Mais un jour, ils décident d'arrêter les visites. Parce que le temps a passé, dix mois depuis la mort d'Etienne et Fauvette le 21 novembre. Parce qu'il y a la lassitude. Parce que là-haut, dans le grenier, la petite veilleuse attend deux âmes qui lui ont été promises...

   Un curieux rituel pour un curieux roman. Pas un énième livre sur la difficulté du travail de deuil., mais un roman subtil, toute en légèreté et en poésie, qui réécrit la langue par des images, des expressions inédites qui vont droit au coeur du lecteur. Un mystère vite dissipé, ne serait-ce que par la quatrième de couverture qui révèle un peu trop rapidement la vérité sur la situation d'Etienne et de Fauvette. Mais ce n'est pas là l'intérêt. Chalandon écrit une histoire d'amour, celle d'un couple qui a vécu sa mort presque main dans la main ; une histoire d'amitié, celle qui lie les deux amants aux sept autres, plus jeunes, depuis leur enfance et depuis ces séances de lecture où Etienne leur racontait les histoires de Milon de Crotone ou de la veilleuse qui emprisonne les âmes des mourants, entre mythologie grecque et légendes bretonnes. C'est aussi une histoire de fraternité, entre sept êtres tous marqués, d'une façon ou d'une autre, par la vie, et qui se retrouvent pour accomplir tous ensemble leur dernier rituel, avant de dire adieu à Etienne et Fauvette. Une histoire de solidarité, une histoire de deuil, une histoire qui attriste et qui réconforte en même temps. Émaillé de très beaux poèmes, tel ce texte attribué à Charles Péguy, "La mort n'est rien...". En bref, un magnifique roman, porté par une écriture sensible et juste, tout en finesse, émouvant sans être pathétique, apaisant et superbe.

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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