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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 18:22
On connaissait le Perec des Choses, celui de l'Oulipo (notamment dans La Disparition), voici maintenant le Perec autobiographe, qui tente de reconstituer son enfance, mais d'une manière très personnelle, car le choc eût sans doute été trop difficile à supporter : la perte de la mère, exterminée dans l'un des camps de la Mort, est pudiquement masquée par les points de suspension qui marquent le milieu de l'oeuvre. Pour contenir l'émotion des souvenirs qui lui reviennent, Perec emploie le détour de la fiction, par le biais de l'île de W, utopie qu'il aurait imaginée dans son enfance, où le sport est roi. Mais les deux histoires, la réelle et la fiction de W, finissent par se rejoindre, s'entremêler et s'interpénétrer, W prenant peu à peu les traits d'Auschwitz-Birkenau...

Une oeuvre magistrale et bouleversante, loin d'être une autobiographie comme une autre. Perec emploie un ton volontairement sobre et pudique, qui est bien plus touchant que de longs épanchements lyriques et pathétiques. Le rêve et la réalité s'entrecroisent en permanence, s'éclairent et se nourrissent l'un l'autre. L'évolution de W est extrêmement intéressante et bien amenée, sans reconstruction a posteriori. La réflexion sur le titre est proche de celle menée par Semprun pour L'Ecriture ou la vie, avec un ou dont on se demande à juste titre s'il est inclusif ou exclusif : est-ce "W", l'utopie de l'enfant, qui est le souvenir d'enfance ? Ou est-ce un choix à faire, par le narrateur, le lecteur, les deux ? Est-ce une explication, une alternative ? Autant de questions qui jalonnent la lecture de ce livre et le rendent passionnant autant qu'unique. Un véritable chef-d'oeuvre à lire absolument, pour couper une fois pour toutes le sifflet à tous ceux qui se repaissent des cadavres de la Shoah pour proposer encore et toujours les mêmes romans insipides à chaque rentrée littéraire.

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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pampa 12/11/2009 19:26


bouleversant tu peux le dire, chaque fois que je le relis j'en ai la gorge serrée ! moi ce qui m'a beaucoup frappée c'est ce naufrage au début et les portes lacérées par les ongles...image
frappante ! une lecture effectivement indispensable tant pour le genre biographique que pour une écriture relatant la Shoah sans pathos.


Elizabeth Bennet 13/11/2009 10:44


Je plussoie tout ce que t'as dit ma pampa ! Et effectivement l'image du naufrage au début elle fait froid dans le dos.


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