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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 20:04

Un soir, sur une petite route de campagne, au volant de sa voiture, Marie, jeune cadre dynamique promise à un brillant avenir; percute un cycliste. Complètement bouleversée par l'accident, elle est incapable de porter secours au blessé. Elle remonte dans son véhicule sans même songer à prévenir les secours. La victime, Claire, jeune maman un peu simple d'esprit, meurt des suites de ses blessures, toute seule dans le fossé. Marie, quant à elle, continue de fuir, en voiture d'abord, puis à pied. Elle détruit son portable et sa carte bleue, efface le disque dur de son ordinateur et abandonne sa voiture. Dans sa fuite, elle croise quelques personnes, plus ou moins bien attentionnée, jusqu'au jour où elle tombe sur Denise et son fils Alain, chez qui elle s'installe pour quelques jours, avant de repartir, décidée à retourner sur les lieux du drame : elle a appris que la cycliste renversée travaillait dans un parc somptueux, L'Yprée, tout juste restauré par Gaspard Davrière, un célèbre paysagiste en passe de devenir aveugle. Sans trop savoir pourquoi, Marie décide de se présenter pour reprendre le poste de Claire, désormais vacant. Elle fait alors la connaissance d'Emile, le père de celle-ci, gardien du parc. Mais comment trouver les mots pour dire l'inavouable ?

 

Avec sa couverture bucolique, ambiance Nymphéas de Monet, son titre passe-partout rencontre.jpget sa quatrième de couverture façon roman Harlequin, ce livre pourrait facilement inaperçu sur les rayons des librairies, et ce serait bien dommage, car lorsqu'on prend la peine de l'ouvrir, on est aussitôt happé par un style puissant, vif, parfois heurté et elliptique, souvent lyrique et enlevé. La description de l'accident qui ouvre le roman est un petit bijou qui donne le ton de l'ensemble du livre. Certes, au début, il paraît difficile de s'attacher à l'héroïne et à son comportement, précisément loin d'être héroïque lors de l'accident, mais peu à peu, au fil de ses pensées, de ses remords et de ses doutes, elle regagne un peu d'humanité, nous renvoyant à notre propre conscience : qui peut affirmer sans ciller qu'il n'agirait jamais comme elle l'a fait ? Les personnages secondaires sont tout aussi intéressants, avec une épaisseur psychologique remarquable, entre Denise, la fermière accueillante et maternelle, Alain, le jeune homme taiseux, mauvais amant mais qui sait à merveille écouter les gens, Gaspard, hanté par sa cécité inéluctable, qui fait chaque jour ses adieux à cette nature qu'il a tant aimée, Émile, le père bourru mais au grand cœur... Même sans être particulièrement complexe et tortueuse, l'intrigue est plaisante et agréable à suivre, et l'ensemble du roman témoigne d'une grande subtilité dans l'étude de la complexité des sentiments, ainsi que d'une écriture remarquablement fine et soignée.     3,5 étoiles

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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 20:50

Tout commence par un enterrement. Celui du narrateur. Un homme né dans les années 60, qui nous raconte son histoire par delà la mort. Et ce héros est pour le moins bavard : de Sacierges à Coucy, de Paris à Orléans, de Brest à Lyon, voici ce nomade de luxe qui évoque ses souvenirs, depuis sa plus tendre enfance jusqu'à ses rencontres d'adulte. De ville en ville, il traîne son ennui profond pour la vie, sa misanthropie et son regard d'esthète, vaguement entouré d'une famille pour le moins discrète et de quelques amis de passage, pour lesquels il semble avoir davantage d'aversion que de véritable sympathie. Durant plus de trois cents pages, ce narrateur mélancolique nous entraîne dans un tourbillon de souvenirs et d'impressions fugaces, avant de nous ramener, brutalement, à cet enterrement initial, celui d'une vie passée à éviter de vivre, précisément.

 

Phénomène littéraire récompensé en 2011 par le prestigieux Prix de Flore, ce roman est l'un des plus atypiques qui soient. Comme on peut le deviner à la lecture du résumé, il n'y a aucune histoire, aucune intrigue dans ce livre : Marien Defalvard et son narrateurs enfilent les souvenirs defalvard.jpgcomme d'autres enfilent des perles, et cela pourrait durer presque indéfiniment. Bien évidemment, le succès médiatique de ce roman est en grande partie dû à son auteur, qui l'aurait écrit à quinze ans, à l'âge où d'autres maîtrisent à peine la syntaxe d'une phrase simple. Il est vrai que Defalvard semble avoir déjà tout assimilé de la littérature qui l'a précédé, avec un style aux accents proustiens, rousseauistes, mallarméens ou encore verlainiens. Au moins, on ne pourra pas lui reprocher d'avoir une écriture monotone et commune : chaque page est une flamboyante démonstration de virtuosité stylistique. Hélas, malgré son goût prononcé pour les énumérations, les allitérations, les rythmes ternaires, les termes rares et les descriptions lyriques des phénomènes météorologiques, malgré son talent indéniable et sans doute exceptionnel pour son jeune âge, Marien Defalvard signe ici un roman désespérément vain. A la différence du Proust de Combray, qui semble être son modèle plus ou moins avoué, Defalvard ne parvient pas à dépasser le stade du souvenir ou de l'état d'âme égotiste, son narrateur est au mieux agaçant, au pire soporifique, aigri et pédant. Pour tout dire, le moment le plus palpitant du roman est la description, sur cinq pages, d'une partie de Monopoly... Alors certes, ce roman est un bien bel objet littéraire, mais il est surtout terriblement prétentieux, suffisant et exaspérant, à l'image de son auteur, venu écumer les plateaux de télévision à l'automne 2011 comme pour se gargariser de sa supériorité sur le commun des mortels.   2 étoiles

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 21:28

Aujourd'hui est un grand jour pour Mark Nelson. Après s'être réfugié dans son travail de profiler suite à la noyade accidentelle de sa fiancée, le voilà nommé dans l'équipe du célèbre John Mercer, flic de légende, qui vient juste de reprendre son poste, après une longue dépression, provoquée par le meurtre de l'un de ses équipiers, lors d'une enquête particulièrement éprouvante. Mais sa première journée va être plus mouvementée que prévu : Mercer et son équipe sont sur la piste d'un psychopathe qui s'en prend à des couples, les torture abominablement et finit obliger l'un des deux à trahir son partenaire, qu'il tue au petit matin, laissant le survivant à ses remords et ses scrupules. Et si ce tueur connaît si bien ces victimes, qu'il parvient à manipuler au point de les amener à trahir l'être aimé, c'est qu'il a pour coutume de les observer pendant des semaines, généralement caché dans leur grenier, à écouter leurs moindres faits et gestes, leurs confidences, leurs doutes et leurs peurs. Aussi, lorsqu'ils apprennent qu'un jeune couple a été enlevé, Mercer et Neslon savent qu'ils n'ont que jusqu'au lever du soleil pour les retrouver vivants... A moins que cette fois, le tueur n'ait décidé de modifier les règles du jeu.

 

Surfant allègrement sur la vague lancée par la saga de films gores Saw, qu'il est loin d'égaler en termes de boucherie,  ce roman, d'un auteur paraît-il prometteur, se veut un thriller psychologique à mi-chemiun-sur-deux.jpgn entre Shutter Island et Seven. Sauf que, malgré une idée de départ qui, à défaut d'être particulièrement originale, est assez intéressante, ce polar est loin d'avoir la saveur, la finesse et l'épaisseur des chefs-d'œuvre du genre. La fragmentation des points de vue, qui crée une narration polyphonique, essaie de donner du rythme à l'ensemble, mais empêche l'adhésion du lecteur aux personnages et nuit à la montée de la tension, puisque les chapitres consacrés au couple enlevé et à leur calvaire sont minés par une alternance avec l'intrigue policière centrée sur Nelson et Mercer, où le souffle retombe inévitablement, malgré le compte à rebours façon 24H Chrono. Parfois maladroit, souvent artificiel, avec un rebondissement gros comme le Costa Concordia et usé jusqu'à la corde (non, non, pas le coup des jumeaux, quand même), ce roman, malgré les commentaires dithyrambiques qu'il a étrangement suscités, ne vaut guère mieux que la plupart des polars qui inondent le marché littéraire chaque été. Le style est désespérément plat, les personnages assez ternes, même le héros, qui reste finalement plutôt opaque aux yeux du lecteur, tous ont la même façon de s'exprimer, et l'intrigue n'est pas des plus palpitantes. En bref, autant dire que si Steve Mosby est un auteur à suivre, c'est à la rigueur parce qu'il ne peut que mieux faire.   1,5 étoile

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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 19:02

La Nouvelle-Orléans, en Louisiane. Josephine Linc. Steelson, "négresse depuis presque cent ans", l'a sentie dès qu'elle a ouvert sa fenêtre, ce matin. La tempête. La chienne, comme elle l'appelle. Elle a vu juste : quelques heures plus tard, un terrible ouragan est annoncé. Aussitôt, les habitants se mettent à fuir la ville. Tous ? Non : les Blancs, les riches, les privilégiés, qui s'entassent avec leur famille dans leur voiture avant de rejoindre les embouteillages monstrueux qui engorgent la seule autoroute partant de La Nouvelle-Orléans. Les autres, les Noirs, les laissés pour compte, qui n'ont pas les moyens de quitter la ville ou ne veulent pas abandonner leur maison, se calfeutrent comme ils peuvent chez eux. Pendant ce temps, Keanu, seul dans sa voiture, se dirige vers le cœur de la tempête, pour retrouver Rose, qu'il a laissée derrière lui il y a six ans, pour aller travailler sur une plate-forme pétrolière. Il espère ainsi redonner un sens à son existence, bouleversée par la mort accidentelle, sous ses yeux, d'un de ses collègues, mais il ignore si Rose est toujours vivante, si elle l'a attendu, si elle s'est mariée... Ne serait-il pas à la poursuite d'un fantôme ? La tempête se met à déferler sur la ville. Livrée à elle-même, la nature se déchaîne, et les passions s'exacerbent : qui se montrera le plus humain, entre le curé de la ville, qui accueille dans son église tous les miséreux, et les prisonniers confrontés à l'inondation progressive de leur cellule ? La réponse n'est pas aussi évidente qu'on pourrait le croire, car le chaos bouleverse aussi bien les âmes que les édifices...

 

Chaque roman de Laurent Gaudé est une invitation au voyage et à la découverte, une ode à l'humanité, une aventure bouleversante. Celui-ci ne déroge pas à la règle, et nous emmène en Louisiane, dans le sillage de l'ouragan Katrina, qui n'est jamais nommé, comme pour donner au roman une portée universelle et intemporelle. Comme à son habitude, Gaudé ouragan.jpga particulièrement soigné l'élaboration de ses personnages, qui se retrouvent confrontés, au cœur de la tourmente, à leur propre histoire, à leurs propres démons, à leurs propres passions. Tour de force supplémentaire : chacun possédant une façon de s'exprimer très personnelle, Gaudé parvient à passer d'un locuteur à un autre au sein d'une même phrase-fleuve, sans que jamais le lecteur ne se sente perdu dans une cacophonie énonciative ; au contraire, l'ensemble constitue un roman choral parfaitement maîtrisé, où les voix des narrateurs se mêlent et se superposent, chargées d'émotion et de poésie. L'écriture est sublime, comme toujours avec cet auteur à la plume subtile et délicate, avec de vrais jaillissements lyriques et presque incantatoires. Le rythme est haletant, marqué par l'arrivée progressive et le passage de l'ouragan, et le suspense présent d'un bout à l'autre : des habitants qui se barricadent aux vagues de pillages consécutives au cataclysme, le tempo ne faiblit pas, et les personnages dévoilent peu à peu leur vraie nature. Certains trouveront peut-être le roman un peu court, mais en moins de deux cents pages, tout est dit : Gaudé a suffisamment de talent pour réussir à donner toute sa force à cette écriture condensée, là où d'autres auraient choisi de s'épancher pendant des dizaines de pages. Un livre éblouissant, qui prend aux tripes, à l'instar de ces alligators affamés qui, sortant des bayous, déferlent sur la ville après la tempête, comme si la nature n'en finissait pas de reprendre ses droits sur l'homme qui l'a tant oppressée.   4, 5 étoiles

 

Découvrir aussi, du même auteur,  Dans la nuit Mozambique, Le soleil des Scorta et La mort du roi Tsongor

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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 15:27

Un matin, Pierre Ruche, ancien libraire à Montmartre, à présent vieillard hémiplégique, reçoit une lettre d'Amazonie, signée d'un vieil ami de la Sorbonne, Elgar Grosrouvre. A l'époque, celui-ci étudiait les mathématiques, tandis que Ruche se passionnait pour la philosophie. A la lecture de la lettre, Pierre Ruche apprend avec surprise que Grosrouvre lui lègue, sans raison apparente, une immense bibliothèque d'ouvrages de mathématiques. Il en informe aussitôt sa petite "famille", constituée de Perrette, qui a repris la librairie, et des trois enfants de celle-ci, les jumeaux Jonathan et Léa, et Max, atteint de surdité mais loin d'avoir la langue dans sa poche. Celui-ci vient d'ailleurs de rentrer des Puces, d'où il a rapporté un perroquet amnésique arraché des mains de deux truands. Le perroquet est rapidement adopté et baptisé Nofutur. Peu après, alors que Ruche s'échine à se familiariser avec les mathématiques afin d'adopter un classement logique pour la bibliothèque de Grosrouvre, une autre lettre arrive du Brésil : le mathématicien vient de mourir dans l'incendie de sa maison. Pourtant, juste avant sa mort, Grosrouvre, dans une lettre adressée à Ruche, lui confiait avoir résolu les deux plus grandes conjectures des mathématiques, celles de Fermat et de Goldbach, sans vouloir pour autant rendre ses résultats publics. Alors, meurtre, accident, suicide ? Pour élucider le mystère de cette disparition, Ruche, Max, Nofutur et les autres vont devoir se plonger dans l'histoire des mathématiques... et affronter une terrible organisation criminelle...

 

Mesdames et Messieurs, venez découvrir la plus belle imposture de l'année : on nous promet Le Monde de Sophie des mathématiques, mais tout ce qu'on nous offre, c'est L'histoire des mathématiques pour les nuls. Et la différence, vous en conviendrez, est énorme, scandaleuse, intolérable. L'intrigue policière, qui sert bien évidemment de prétexte à Denis Guedj pour nous refourguer ses cours d'épistémologie, est ridicule, invraisemblable et entièrement prévisible d'un bout à perroquet.jpgl'autre (le titre du livre, à lui tout seul, permet de deviner la fin, bien avant les personnages). Le style est d'une laideur sans nom, avec des phrases taillées au couteau et de fausses expressions argotiques qui tombent souvent comme un cheveu sur la soupe (Guedj semble particulièrement apprécier "Une paille !"). Les personnages ne sont pas crédible pour un sou, entre, d'un côté, un hémiplégique de quatre-vingt quatre ans qui manifestement ne nécessite aucun soin médical (dommage qu'Intouchables soit sorti bien après ce roman, Guedj aurait pu y apprendre deux-trois choses), qui lit apparemment sans problème des ouvrages de mathématiques écrits en grec, en arabe ou en latin, et qui parvient à retrouver de mémoire des formules de trigonométrie apprises soixante-dix ans plus tôt, et de l'autre des lycéens étrangement passionnés pour les mathématiques grecques et arabes, qui abordent sans sourciller, avec leur niveau de seconde, le calcul des probabilités, les exponentielles ou encore la résolution des équations du cinquième degré par radicaux. Sans oublier le mathématicien qui, au fin fond de l'Amazonie, nous résout non pas une, mais deux des conjectures les plus célèbres qui soient... De qui se moque-t-on ? Ne parlons même pas de la fibre pédagogique de l'auteur, qui nous balance à la tête, la plupart du temps sans aucune explication, le nombre d'or, la duplication du cube ou le calcul différentiel... En bref, voilà un ouvrage de vulgarisation mathématique qui ne vulgarise rien du tout, accumule les anecdotes superflues sur divers mathématiciens, est aussi artificiel que décousu, et qui ne présente finalement aucun intérêt.    1 étoile

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 17:02

Viktor Larenz, célèbre psychiatre berlinois, spécialisé dans le traitement de la schizophrénie, voit son existence basculer du jour au lendemain, lorsque Josy, sa fille de douze ans, tombe gravement malade. Mais ce qui est encore plus inquiétant, c'est qu'aucun médecin, malgré les différentes consultations, n'arrive à établir de diagnostic : personne ne sait ce dont elle souffre, et pourtant la pauvre Josy dépérit à vue d'œil. Jusqu'au jour où, alors que son père l'accompagne à un énième rendez-vous chez un spécialiste, la petite fille disparaît. Plus étonnant encore, personne ne se souvient de l'avoir vue dans le cabinet, pas même le médecin, qui va jusqu'à affirmer n'avoir jamais eu de rendez-vous avec Josy. Quatre ans plus tard, la petite fille n'a toujours pas été retrouvée, morte ou vivante. Viktor s'est réfugié sur l'île de Parkum, seul avec son chien, pour quelques jours, pendant que sa femme est en déplacement professionnel à New York. Le lendemain de son arrivée, une jeune inconnue frappe à sa porte. Anna Spiegel,qui écrit des livres pour enfants, affirme souffrir d'une forme particulière de schizophrénie : les personnages de ses romans prennent vie sous ses yeux. Or, il se trouve que l'héroïne du dernier livre d'Anna est une princesse victime d'un mal étrange et qui disparaît un jour sans laisser de traces. Dès lors, partagé entre scepticisme, effroi et fascination, le psychiatre veut à tout prix connaître la fin de l'histoire, sans se douter que la sienne va être pour le moins bouleversée par l'irruption de la jeune femme...

 

Premier roman de Sebastien Fitzek, le petit génie du polar allemand, Thérapie est un chef-d'œuvre de tension, d'angoisse et de suspense : dès les premiers chapitres, le lecteur est complètement happé par l'intrigue et les rebondissements omniprésents (parfois à la therapie.jpglimite de la facilité, toutefois), par les personnages énigmatiques, entre un psychiatre tourmenté par la brutale disparition de sa fille et une romancière à la personnalité inquiétante, et par l'écroulement progressif du monde de Viktor Larenz... En effet, page après page, celui-ci voit ses certitudes s'effondrer, à mesure que les événements étranges se multiplient autour de lui : alors qu'une violente tempête coupe l'île de toute communication avec le monde extérieur, Viktor se retrouve isolé, affaibli par une mystérieuse grippe, victime d'hallucinations et même de vol. L'ensemble ne manquera pas de faire penser à l'excellent Shutter Island, avec ce héros qui croit basculer chaque jour un peu plus dans la folie, et même si le twist final est un peu alambiqué, avec plusieurs coups de théâtre successifs, le lecteur reste plutôt estomaqué d'une telle réussite, notamment devant ce dénouement imprévisible. Seule l'écriture est encore un peu faible, avec un style qui ne s'encombre pas de fioritures et va droit à l'essentiel afin de préserver intact le suspense, mais Fitzek est loin d'être le seul auteur de polar à devoir essuyer ce reproche. En bref, un très bon premier roman, thriller psychologique efficace, redoutable "page turner" puisqu'il se dévore en une seule nuit, sombre et inquiétant à souhait, et qui tient son lecteur en haleine jusqu'à la dernière page... voire un peu plus.       3,5 étoiles

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 20:45

Au milieu du XIXe siècle, le docteur Rochambaud, engagé comme médecin dans l'armée de Napoléon III, lors de ses campagnes d'Italie, entame une correspondance régulière avec un médecin normand, le docteur Le Cœur. Par leur intermédiaire, le jeune soldat Brutus Délicieux peut communiquer avec sa famille et sa fiancée Louise, restée au village. Suite à un rachat de numéro, Brutus a été envoyé à la place du fils Durant, un voisin plus fortuné. Mais le jeune soldat, devenu ordonnance de Rochambaud, qui l'a pris sous son aile, se montre plus retors que prévu, accumulant les frasques et rétif à toute autorité. De son côté, le docteur Le Cœur tient également un journal, dans lequel il évoque son activité de praticien, ses tournées à longueur de journée, ses diagnostics, mais aussi ses relations amicales, professionnelles et amoureuses. En effet, veuf et père de trois grands enfants, le médecin au charme irrésistible se met à enchaîner les conquêtes et les aventures libertines, lui qui auparavant était toujours resté fidèle à son épouse. Et en dressant le constat de ses propres turpitudes, le voilà qui découvre également celles de ses patients : adultères, inceste, prostitution, sorcellerie, tentative de meurtre... Il y a décidément quelque chose de pourri au royaume de Normandie.

 

Voilà un roman qui a tout pour plaire : entre le catalogue de mœurs et le journal d'un médecin de campagne au XIXe, condensant mille romans en un, porté par une multitude de personnages et tout autant de destinées, écrit dans une langue recherchée et agréable... Et saisons.jpgpourtant, impossible d'accrocher à la lecture. Tout semble trop parfait, dans ce roman, et presque artificiel : le lien entre la correspondance des médecins et le journal du héros est pratiquement inexistant, l'intrigue est tellement foisonnante qu'elle ne va nulle part (il y a un début et une fin, mais finalement, l'ensemble aurait très bien pu faire deux cents pages de plus... ou de moins), les personnages sont tellement nombreux qu'il est difficile de s'y retrouver, le style est entièrement plagié sur celui de Flaubert, Maupassant et Zola... Résultat : un ennui profond. On peine vraiment à avancer dans la lecture de cet ouvrage qui a manifestement visé trop haut, qui nous assène des vérités universelles sans lien avec l'intrigue, qui nous propose un héros terriblement antipathique avec son côté à la fois donneur de leçons et coureur de jupons... Aucune trame claire n'est définie, le prologue et l'épilogue sont parfaitement énigmatiques si l'on ne les lit pas l'un après l'autre, et le dénouement est complètement absurde, presque risible : pour un peu, on croirait que l'auteur ne savait pas comment terminer son roman, et qu'il a choisi une solution de facilité grotesque. En somme, une grande déception devant ce roman qui se veut à mi-chemin entre Les Misérables et Les Liaisons dangereuses, mais qui est loin d'en avoir la richesse, la force et la portée.   1,5 étoile

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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 22:10

Début des années 1990. Après la chute du Mur de Berlin, la Russie s'est progressivement ouverte au capitalisme. Alex Konevitch, un brillant étudiant devenu homme d'affaires, a pressenti cette transformation radicale en misant, avant l'heure, sur l'économie libérale. Devenu l'un des dix hommes les plus riches de Russie, sa réussite exaspère le KGB et la Mafia, qui espèrent le soumettre à un racket ignoble. Suite à une vague d'assassinats perpétrés contre ses employés, Alex décide de confer la sécurité de ses sociétés à Sergei Golitsin, ancien dirigeant du KGB, sans savoir qu'il fait ainsi entrer un véritable cheval de Troie dans son entreprise. Peu après, lors d'un voyage en Hongrie, Alex et sa femme, Elena, sont enlevés et longuement torturés, jusqu'à ce qu'Alex accepte de signer, la mort dans l'âme, un véritable traité d'extorsion de fonds, grâce auquel Golitsin prend la direction de la société d'Alex et met la main sur toute la fortune personnelle de l'homme d'affaires. Le couple parvient néanmoins à s'enfuir, échappant ainsi à une mort certaine, mais pas aux calomnies que Golitsin répand immédiatement sur eux, les faisant passer pour des escrocs ayant pris la fuite avec la fortune de leurs clients. Ils trouvent refuge aux États-Unis, où ils bénéficient de l'asile politique, et s'installent dans un petit appartement de Washington. Mais Golitsin n'a pas dit son dernier mot, et grâce à ses manigances, les Konevitch ont désormais à leurs trousses non seulement le KGB, mais surtout le FBI lui-même...

 

Il y a des romans qui vous embarquent dans leur univers dès les premières lignes et qui ne vous lâchent plus jusqu'à la dernière page. Ce livre en fait partie. Inspiré d'une histoire (malheureusement) vraie, il nous entraîne dans une traques.jpgintrigue haletante où la tension ne retombe jamais, comme si le lecteur était aussi traqué que ce couple d'ex-nababs r usses devenus du jour au lendemain les victimes d'un terrible complot d'envergure internationale. La grande réussite de ce roman réside sans conteste dans l'élaboration des personnages, remarquablement pensés et construits, notamment le couple de héros, très attachants dans leur désarroi et leur combativité exemplaire, et leurs trois principaux ennemis, menteurs, manipulateurs, cruels et entièrement dépourvus de scrupules... On ne trouve néanmoins nul manichéisme primaire dans ce livre qui dresse un portrait sans concession du système politique russe des années 1990, où la corruption et l'incompétence régnaient encore en maîtres, tout comme au temps de Gorbatchev, alors même que l'administration et le système judiciaires étaient censés avoir été réformés en profondeur. Outre cette capacité à évoluer sans un seul temps mort, ce livre présente également un style admirable, contre toute attente, puisque c'est en général là que pèchent la plupart des thrillers ou des romans d'espionnage. Le dénouement, sans faire l'objet d'un suspense insoutenable, est habilement amené et très touchant, alors même qu'il aurait pu paraître mièvre ou ridicule s'il n'avait pas été aussi bien écrit et préparé. En somme, voici un livre comme on aimerait en lire plus souvent, tellement passionnant que ses six cents pages se dévorent en quelques heures à peine.   4,5 étoiles

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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 16:50

La discrète Samantha Fallow, célibataire endurcie vivant à Londres avec sa grand-mère Agatha, autoritaire mais bienveillante, et sa grand-tante Margaret, fantasque et exubérante, est en charge de la rubrique « Courrier du Cœur » du magazine You and I. Sous le pseudonyme glamour de « Miss Sweety », elle y répond à diverses lettres de lectrices, épouses délaissées par leur mari, adolescentes enflammées et autres cœurs brisés… Cette existence paisible n’est troublée que par trois phobies qui lui empoisonnent la vie : outre une propension à rougir excessivement dès qu’un homme lui adresse la parole, la jeune femme a, depuis la mort de ses parents dans des circonstances tragiques, une peur bleue des fleurs, des voitures et des autobus à impériale, ce qui limite sérieusement sa vie sociale et professionnelle, même si elle s’en accommode bon gré mal gré. Un jour, pourtant, elle reçoit une lettre la menaçant de mort, expédiée par un mari que sa femme a quitté sur les conseils de Miss Sweety. Qui peut bien lui en vouloir à ce point ? Et surtout, comment a-t-on pu découvrir son identité et son adresse ? La police ne la prenant pas au sérieux, et les lettres se succédant et devenant de plus en plus inquiétantes, Samantha est obligée de mener sa propre enquête, aidée de sa grand-mère et de son nouveau voisin, le timide et serviable Peter Plumkett...

 

Avec sa couverture rose bonbon, son titre acidulé et ses amourettes contrariées, Miss Sweety est l'incarnation parfaite du roman à l'eau de rose version XXIe siècle. Amoureux d'intrigues policières et de thrillers, passez votre chemin, ici le suspense consiste avant tout à savoir avec qui Samantha va finir, entre le bel avocat italien, l'officier de police protecteur ou le mystérieux voisin au charmemiss sweety troublant, mais qui reçoit régulièrement un homme chez lui (ce qui suscite l'indignation de la grand-mère, à cheval sur les principes et l'orientation sexuelle). En effet, l'histoire des lettres de menace n'est finalement qu'un prétexte pour évoquer les problèmes de coeur d'une journaliste qui se prétend experte en histoires d'amour, du moins quand il s'agit de s'occuper de celles des autres. Cousu de fil blanc d'un bout à l'autre, ce roman se laisse néanmoins lire, malgré les caractères terriblement stéréotypés des personnages (Margaret en éternelle amoureuse et gentille  allumée en est le meilleur exemple), les situations convenues et l'humour un peu artificiel (le flegme britannique en prend un sacré coup, d'ailleurs). Avec cette variation du roman de gare sur le thème "Bridget Jones mène l'enquête", la littérature est mise à mal, le féminisme est piétiné sans vergogne (bonjour la lecture genrée...) et le lecteur (pardon, la lectrice, évidemment !) ne ressent qu'un sentiment de malaise, d'ennui et de déjà-vu. Le seul élément marquant de ce roman est peut-être le goût immodéré des personnages pour le thé (environ une tasse par page, gare à l'indigestion), sans doute parce que, dans l'esprit de l'auteur, tous les Anglais boivent du thé dès qu'ils ont, au choix, un invité, un coup de blues, une peine de coeur, ou un moment de libre. En somme, un roman distrayant mais parfaitement dispensable, sympathique mais complètement tiré par les cheveux (la fin est, à ce titre, risible), léger mais souvent vain, ce qui en fait un parfait scénario de comédie romantique à l'américaine.     1 étoile

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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 15:05

Simon Simonini, né dans le Piémont, d'une mère française, au milieu du XIXe siècle, n'aime personne. Il trouve les Auvergnats cupides, les Italiens menteurs, les Espagnols vaniteux, les Gitans insolents, les Français paresseux. Mais par dessus tout, il déteste les Juifs, les jésuites, les templiers et les francs-maçons, qu'il soupçonne en permanence de fomenter divers complots. Cette haine profonde lui vient de son grand-père, un officier ayant trahi l'armée savoyarde pour se ranger aux côtés des Bourbons, quelques décennies avant les débuts de l'unification de l'Italie sous l'égide de Garibaldi et de Victor-Emmanuel II. Simonini, après une carrière prometteuse aux côtés des Garibaldiens et une participation à diverses missions d'espionnage et de contre-espionnage, s'installe à Paris comme notaire, même si l'essentiel de son activité consiste à établir de faux actes et à revendre à des satanistes des hosties consacrées. Un jour, dans son appartement de la rue Maubert, il tombe sur les notes d'un certain abbé Dalla Piccola, qui semble également avoir oublié sa soutane chez lui. Simonini est plus que perplexe, d'autant qu'il lui est complètement impossible de se rappeler ce qu'il a fait durant les deux jours précédents. S'agirait-il d'un cas complexe de dédoublement de la personnalité ? Ou bien cet étrange abbé aurait-il un secret pour s'introduire chez Simonini et y laisser divers écrits, faisant précisément état de rencontres avec de célèbres folliculaires antisémites. De la naissance de l'Affaire Dreyfus à la parution des Protocoles des Sages de Sion, Eco nous entraîne, avec son héros, dans un tourbillon de complots, machinations et autres conjurations, auxquelles Simonini lui-même n'est parfois pas étranger...

 

Autant Eco nous avait éblouis avec son chef-d'oeuvre Le Nom de la Rose, autant il nous déçoit avec cet ouvrage brouillon, volontairement labyrinthique, excessivement érudit, difficile à suivre (à tel point Prague.jpgque l'auteur a dû insérer en fin d'ouvrage un tableau récapitulatif des chapitres, signant son propre aveu d'impuissance  devant une narration qui semble lui échapper constamment) et surtout pernicieux : à trop vouloir dénoncer l'antisémitisme de son héros, dont il a voulu faire le personnage le plus détestable de toute la littérature (objectif prétentieux s'il en est), Eco prend le risque d'être assimilé aux réflexions écoeurantes de Simonini, comme en témoigne la polémique dont son livre a fait l'objet, tant les lecteurs avaient du mal à faire la part des choses, devant ce roman qui se veut écrit second degré mais ne donne aucune clé d'interprétation explicite, laissant la réflexion ouverte. Construit comme un roman feuilleton inspiré de Dumas mais guère plus passionnant qu'une lecture du bottin, ce livre fastidieux ressemble davantage au numéro annuel du Point consacré aux francs-maçons qu'aux Mystères de Paris. Certes, Eco a du génie, mais à vouloir l'étaler à chaque page il ennuie et agace, à tel point qu'on en vient à se demander si les aventures rocambolesques de Simonini ne sont pas là en réalité uniquement pour servir d'écrin à l'érudition de l'auteur, qui nous accable de références historiques (si vous n'êtes pas au point sur l'unification de l'Italie au XIXe siècle, bon courage), de recettes de cuisine qui finissent par donner la nausée, de développements sans fin et de digressions ennuyeuses, même si la maîtrise stylistique est incontestable. On aurait aimé suivre Eco dans ce roman, mais décidément, il nous perd en route et, finalement, ne semble guère s'en préoccuper.       1,5 étoile

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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