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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 22:00

Ils sont onze. Tous aussi pathétiques qu'incompétents, naïfs ou aigris par la vie, paresseux ou déconsidérés. Leur autre point commun : ils travaillent tous, de près ou de loin, pour un quotidien international de langue anglaise, fondé à Rome par un riche homme d'affaires américain, Cyrus Ott. Semblant frappés d'une malchance congénitale, ces onze héros se croisent pratiquement tous les jours dans leur salle de rédaction, sans rien savoir les uns des autres, ou presque. Parmi eux, un correspondant à Paris lassé du journalisme et presque ruiné, un rédacteur de nécrologies lui-même frappé par une tragédie familiale dont les conséquences seront pour le moins surprenantes, une spécialiste d'économie formant un couple inattendu avec un hippie désinvolte, matois et se laissant entretenir sans scrupules, un apprenti pigiste au Caire débordé par un collègue et soi-disant ami aussi envahissant qu'exaspérant, sans-gêne et roublard, une lectrice assidue découvrant les actualités avec quinze ans de retard à force de vouloir lire intégralement chaque numéro du journal, un directeur de publication incapable, timide et dont le seul ami est un basset tristement nommé Schopenhauer... Autant de tranches de vie saisies sur le vif, qui nous dépeignent à la manière impressionniste, par petites touches, la vie d'un journal durant près d'un demi-siècle.

 

Quelle superbe trouvaille que ce titre en forme de néologisme, qui intrigue autant qu'il amuse ! Lui-même journaliste de formation, Tom Rachman brosse sans concession le portrait de ses collègues reporters, secrétaires de rédaction, pigistes ou correcteurs, leur misérable vie, imperfectionnistes.jpgleurs minables aspirations brisées et la médiocrité de leur existence remplie d'orgueil et de vanité, mais il le fait avec talent et humour, sans jamais les juger, en leur donnant au contraire la possibilité de s'exprimer librement, chacun dans le chapitre dont il est le héros, comme autant de nouvelles dont les personnages reviennent d'une page à l'autre, à l'instar d'une Comédie humaine en miniature, celle de ce modeste journal se rêvant l'égal du Times mais perpétuellement au bord du dépôt de bilan. Avec un art de la formule et un talent admirable dans la peinture de caractères, Tom Rachman nous entraîne dans un roman virevoltant et enivrant, énergique et saisissant, à tel point que le lecteur se retrouve frustré de ne voir qu'un seul chapitre consacré à chaque personnage, tant on aimerait connaître la suite de leurs aventures, même si les dernières pages, en forme d'épilogue, reviennent brièvement sur la destinée des onze personnages. En bref, une excellente satire des défauts humains, jamais méchante, mais au contraire pleine de tendresse pour ces "imperfectionnistes" qui sont un peu, finalement, chacun d'entre nous.   4 étoiles

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10 août 2012 5 10 /08 /août /2012 15:59

Lorsque Robert Stern, avocat réputé vivant à Berlin, a accepté de revoir son ex, Carina, il ne s'attendait certainement pas à ce genre de rendez-vous : la voilà qui débarque, au beau milieu d'un terrain vague, au volant d'une ambulance empruntée à l'hôpital dans lequel elle travaille, accompagnée d'un enfant de dix ans, Simon Sachs, atteint d'une tumeur cérébrale incurable. Mais le plus surprenant dans tout cela est que l'enfant s'accuse d'un meurtre commis sur ce même terrain vague quinze ans auparavant, ce qui semble tout bonnement impossible. D'abord pour le moins sceptique, Robert est obligé de se rendre à l'évidence lorsque, sur les indications de Simon, il retrouve un cadavre en putréfaction dans une eau saumâtre, une hache encore plantée dans le crâne, exactement comme l'avait annoncé l'enfant. Robert Stern le cartésien se trouve alors confronté à une étonnante question : la réincarnation existerait-elle ? Sinon, comment expliquer non seulement cette troublante coïncidence, mais aussi le DVD qu'il reçoit le soir même, contenant les images d'un jeune garçon portant exactement la même tache de naissance que le propre fils de Stern, pourtant décédé d'une mort subite du nourrisson dix ans plus tôt ? Pour le découvrir, Robert va devoir abandonner toutes ses certitudes, et marcher dans les traces de l'assassin pour démontrer l'innocence de Simon, quitte à être lui-même soupçonné de ces crimes qu'ils n'a pas commis...

 

"Et si c'était vrai ?" pourrait-on se demander à la lecture de la quatrième de couverture, si cette question ne renvoyait pas, hélas, à l'une des pires impostures littéraires de notre époque. Et si un criminel s'était réellement réincarné dans le corps d'un garçon condamné à une mort aussi injuste que prématurée ? C'est avec ces questions que Sebastian Fitzek, fitzek.jpgqu'on a rapidement surnommé le Harlan Coben allemand, nous entraîne dans un polar intrigant, où les raisonnements métaphysiques laissent vite place à des réalités beaucoup plus prosaïques... et inquiétantes. Dans une course-poursuite haletante à travers la capitale allemande, Robert, Carina et Simon, flanqués d'un ex-réalisateur de films X autrefois acquitté grâce à la défense énergique de Stern, doivent mettre un terme au plus vite à cette série de crimes : la police est sur leurs traces, prête à inculper Stern au moindre doute, et un autre homme, appelé "La Voix", se dresse également devant eux comme une ombre menaçante. L'originalité de ce roman est qu'il se focalise sur l'enquête informelle menée par un simple avocat, et non sur l'enquête de la police traditionnelle, renouvelant les règles du genre... et relançant l'intérêt du lecteur, par le biais notamment de révélations savamment amenées au fil des chapitres. L'improbable quatuor de héros est très attachant, y compris le petit Simon, avec sa touchante fragilité de "criminel réincarné", ce qui contribue à rendre le roman agréable à lire, d'autant que le style en est assez plaisant. Suspense et action se combinent donc habilement dans ce roman palpitant, sans longueurs ni éléments superflus. De quoi donner envie de se plonger dans les autres livres de cet auteur qui vient battre les Américains sur leur propre terrain.   3,5 étoiles

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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 22:09

Óscar Drai est un adolescent sans histoires, interne dans un pensionnat de Barcelone, au début des années 1980. Son passe-temps préféré : faire le mur et errer, de nuit, dans les rues désertes et la vieille ville. Un soir, intrigué par l'étrange musique qui filtre par les fenêtres d'une villa en apparence abandonnée et guidé par un chat assez à cheval sur les questions de territoire, il découvre une mystérieuse montre en or, brisée, et portant une dédicace adressée à un certain Germán. Au même moment, il sent que quelqu'un l'observe et s'enfuit, terrorisé. Ce n'est qu'arrivé à l'internat qu'il s'aperçoit que, dans sa terreur, il a gardé la montre dans la main. Le lendemain, pris de remords, il décide de la rendre à son propriétaire. Mais en arrivant devant la maison, c'est une jeune fille qu'il découvre : la belle Marina, mystérieuse, audacieuse et d'une vive intelligence. Les deux jeunes gens se lient très vite d'amitié et se lancent sur la piste d'une énigme qui tourmente Marina : tous les mois, une étrange femme voilée, vêtue de noir, se rend dans le vieux cimetière de Barcelone pour déposer une rose sur une tombe anonyme, sur laquelle figure simplement le dessin d'un papillon noir aux ailes déployées. En suivant la femme en noir, les deux adolescents découvrent un jardin d'hiver à l'abandon, dans lequel sont pendus des mannequins en bois désarticulés, qui se mettent lentement à descendre et à s'animer. Marina et Óscar ont sans le savoir réveillé les héros d'une ancienne tragédie, dont le dernier acte est sur le point de se jouer, entre une armée de créatures fantasmatiques, un savant de génie ayant basculé dans la folie et une amoureuse éplorée...

 

Après le succès de ses deux romans L'ombre du vent et Le jeu de l'ange, Zafón nous propose un texte écrit il y a une quinzaine d'années, contenant déjà en germe tout ce qui allait faire le sel des ouvrages suivants, une atmosphère entre roman gothique et conte fantastique, et une galerie de personnages tous plus mystérieux et inquiétants les uns que les autres. Dès les premières pages, l'auteur nous entraîne dans la magie de son univers, non seulement en marinafaisant revivre la Barcelone d'hier, mais en insérant également diverses histoires secondaires dans l'intrigue principale, avec le talent d'un véritable orfèvre. Inspiré de Mary Shelley, qui donne d'ailleurs son nom à l'un des personnages, et des ambiances lovecraftiennes, ce roman se dévore en quelques heures, tant le suspense y est haletant et l'intrigue entraînante. Même si certains lui reprocheront de ne pas tenir la comparaison avec les deux grandes œuvres de Zafón, les amoureux de roman noir devraient se régaler avec ce livre qui mêle habilement enquête policière et éléments fantastiques, tout en présentant une belle histoire d'amour-amitié entre les deux héros, attachants et complexes. Sans doute le meilleur moyen d'aborder l'œuvre de l'auteur espagnol pour ceux qui seraient effrayés par la longueur des deux autres romans, d'autant que le style y est déjà affirmé, à la fois précis et poétique, tantôt resserré, tantôt déployé sur la page comme l'aile du papillon noir qui intrigue tant les adolescents. Et même si le dénouement est un peu trop convenu et cadre mal avec le reste du roman, l'ensemble est parfaitement maîtrisé, agréable à lire et réellement passionnant, notamment grâce à une batterie de personnages secondaires tout à fait remarquable.   4 étoiles

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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 19:44

Le soir du 23 mars, alors qu'il fête tranquillement son acquittement - scandaleux - pour le meurtre d'une jeune fille, Vicky Rai est assassiné chez lui, lors de sa propre Garden Party, entouré de nombreux amis, mais aussi, manifestement, de quelques ennemis. En effet, après les premières investigations de la police, tout de suite présente sur les lieux, six invités sont déclarés suspects, chacun portant sur lui une arme à feu susceptible d'avoir tiré la balle mortelle. En attendant le rapport balistique qui identifiera avec certitude le coupable, l'auteur nous présente successivement ces six personnages, pour le moins atypiques et variés : parmi eux se trouvent un bureaucrate possédé par l'esprit du Mahatma Gandhi en personne, à la suite d'une séance de spiritisme ayant mal tourné, une jeune actrice, star de Bollywood adulée par des millions de fans, un aborigène ayant quitté son île natale pour récupérer la pierre sacrée dérobée à son peuple, un voleur de téléphones mobiles amoureux d'une jeune fille de la haute société, un Texan travaillant chez Walmart et venu en Inde pour épouser une femme qui en réalité n'a cherché qu'à l'escroquer... Sans oublier le propre père de la victime, ministre de l'Intérieur de l'Uttar Pradesh et accessoirement politicien véreux et corrompu jusqu'à la moelle. Et tous semblent avoir un bon mobile pour avoir tué Vicky Rai, aussi pourri et détestable que son géniteur. Autant dire qu'il ne va pas être facile de débusquer l'assassin parmi ces fortes personnalités...

 

Après le succès mondial de son premier roman, adapté au cinéma sous le titre de Slumdog Millionnaire, Vikas Swarup a choisi la voie de la difficulté en s'imposant un roman à six (voire sept) voix narratoriales, chacune ayant sa focalisation et ses tics de langage. L'ouvrage passe ainsi de la narration à la troisième personne aux transcriptions de conversations téléphoniques, en passant par les coupures de presse et les extraits de journal swarup.gifintime. Autant dire que, sur le plan formel, on ne s'ennuie pas. Mais dans ce gigantesque Cluedo à l'indienne, Vikas Swarup semble avoir un peu trop cherché à copier Agatha Christie (les parallèles avec les Dix Petits Nègres ou Le Crime de l'Orient-Express sont nombreux) : tout cela paraît un peu artificiel, sans grande cohésion, et les personnages sont parfois complètement caricaturaux, notamment le Texan en mal d'amour, naïf, balourd, vulgaire et nommé Larry Page, comme le fondateur de Google, ce qui crée une série de quiproquos aussi prévisibles que redondants. Pourtant, l'ensemble ne manque pas d'humour ni de finesse, notamment dans les attaques assez virulentes lancées contre le fonctionnement de la justice indienne (où les riches et les puissants sont toujours acquittés, au détriment des autres) ou des institutions, toutes plus corrompues les unes que les autres. Bien qu'il s'en défende, Swarup signe là un manifeste contre la perversion de la société indienne, gangrenée par les intérêts particuliers des fonctionnaires, des bureaucrates et des hommes politiques. En somme, malgré quelques défauts, notamment des longueurs et des chapitres à l'intérêt inégal, en fonction des personnages qui y jouent le rôle principal, ce roman se lit avec plaisir, et même s'il n'est pas toujours aisé d'identifier les différents personnages d'un chapitre à l'autre, on se laisse peu à peu entraîner par le rythme virevoltant de ce polar à l'ancienne. Seul le dénouement, rocambolesque et invraisemblable, vient un peu gâcher cette impression de lecture. 3 étoiles

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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 21:40

Fin du XVIIe siècle. Le duché de Lorraine, l'un des plus petits Etats d'Europe, est occupé par les troupes françaises. Nicolas Déruet, chirurgien ambulant, rencontre successivement deux femmes que tout oppose. L'une, Marianne, est une sage-femme célibataire, jeune, fraîche et libre comme l'air. L'autre, Rosa, est promise au marquis de Cornelli, un riche barbon qu'elle n'a aucune envie d'épouser. Nicolas, de retour à Nancy, chez son maître François après plusieurs années sur les routes de Lorraine, fait très vite montre de ses talents et se constitue une bonne clientèle. Mais à la suite d'une opération après laquelle le patient est décédé, il est emprisonné puis contraint à l'exil : quittant la Lorraine, le voici parti sur les chemins de la Hongrie, pour rejoindre les armées de la coalition en guerre contre les Turcs. Dans les hôpitaux militaires installés dans les steppes hongroises, il fait la connaissance de Germain Ribes de Jouan, bon vivant et jovial, et d'Azlan, un jeune tzigane qui rêve de devenir lui aussi chirurgien. Après des années passées sur les champs de bataille, Nicolas obtient enfin le droit de regagner le duché de Lorraine, qui vient tout juste de recouvrer son indépendance. A son arrivée, il pense retrouver la belle Marianne, qu'il était censé épouser avant son exil. Mais il découvre, amer, que celle-ci a disparu après s'être mariée avec un autre. La marquise de Cornelli, quant à elle, constitue depuis son veuvage l'un des plus beaux partis de la Lorraine, mais elle n'a d'yeux que pour le jeune chirurgien. Celui-ci, pour laver son innocence et se disculper une bonne fois pour toutes, aura fort à faire, d'autant que tous ses ennemis n'ont pas renoncé à lui nuire...

 

La chirurgie dans le duché de Lorraine au croisement du XVIIe et du XVIIIe siècle, on dirait le titre d'une thèse façon "Les Chevaliers Paysans de l'an mil au lac de Paladru", nous sommes d'accord. Mais alors même que le sujet de ce roman semble rébarbatif et assommant, on découvre dès les premières pages une intrigue palpitante, des personnages attachants, hautsle-soleil-sous-la-soie.jpg en couleurs et aux caractères finement étudiés, le tout servi par une écriture irréprochable, légère et s ubtile à la fois. Ce livre est en outre parfaitement documenté (notamment sur les opérations chirurgicales de l'époque), même s'il prend parfois quelques libertés avec l'Histoire (qui sont pour la plupart signalées en fin d'ouvrage, avant une impressionnante bibliographie), et de ce point de vue la seule erreur répréhensible concerne le portrait fait du duc de Saint-Simon, clamant à tout va qu'il rédige ses Mémoires, ce qui va à l'encontre de ce qu'il dit lui-même dans ses écrits. Certes, le héros, Nicolas Déruet, peut sembler un peu trop parfait pour être honnête, mais la variété et les caractères contrastés des personnages secondaires compense largement ce côté trop lisse. Avec ses six cents pages, ce roman vous emmène dans un tourbillon d'aventures plus passionnantes les unes que les autres, que ce soit dans un hôpital militaire perdu au fin fond des champs de bataille hongrois ou dans un troquet de Nancy, et même si la comparaison avec le chef-d'oeuvre de Ken Follet, Les Piliers de la Terre, est un peu exagérée, ce livre se dévore avec un plaisir non dissimulé et sait habilement relancer l'intérêt du lecteur d'un chapitre à l'autre. Seule déception à signaler, le dénouement, trop rapide au regard des événements qui y sont rapportés, pourrait quelque peu frustrer les lecteurs. Mais ces reproches sont bien légers face à un ouvrage aussi instructif que palpitant, rempli d'humour, et bénéficiant de surcroît d'un joli titre en forme de métaphore, explicité dans le corps même du roman.  4 étoiles

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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 16:53

Le professeur Alan Gordon, spécialiste mondialement reconnu de la théorie des nombres, a disparu de Trinity College, à Cambridge, où il enseignait depuis plusieurs années. Plus étonnant encore, l'ensemble de ses travaux de recherche effectués depuis son arrivée en Angleterre, consignés dans de petits carnets noirs, ont eux aussi disparu. L'un de ses anciens élèves, P., reconverti dans la finance et expatrié à New-York, est chargé par une mystérieuse organisation, nommée le Segment, de se rendre sur place pour retrouver la trace de son professeur, en faisant croire aux enquêteurs qu'il est le seul à avoir entretenu une correspondance avec Gordon, et donc à savoir sur quoi celui-ci travaillait réellement. Très vite, son enquête le mène sur la piste des "nombres noirs", des nombres qui seraient associés aux forces du mal, mais dont bien peu de mathématiciens connaissent l'existence et le pouvoir véritable. De plus, depuis les travaux de Newton, qui s'est intéressé de très près à l'alchimie et à la Kabbale juive, Trinity College cherche à dissimuler tout ce qui a trait, de près ou de loin, à ces mystérieux nombres noirs. Gordon aurait-il fait une découverte qui aurait menacé l'existence d'une antique société secrète, installée depuis des siècles au coeur de Cambridge ? Pour tenter de découvrir la vérité, P. va se retrouver impliqué dans une terrible partie d'échecs dont il est loin de mesurer l'ampleur. Il lui faudra agir avec prudence, car de nombreux intérêts divergents entourent cette sombre affaire de disparition, une affaire qui pourrait bien mettre en péril l'équilibre du Bien et du Mal lui même...

 

Outre sa couverture affreuse, c'est le titre de ce roman qui attire d'emblée le regard du lecteur : pourquoi 676, et pas 666, comme on pourrait s'y attendre, en voyant l'image du diable et le pentacle ? Cette question, comme bien d'autres, ne trouvera sa réponse qu'après bien des pages et bien des péripéties. Avec ce roman, qui n'est pas sans rappeler, à plusieurs égards, le très mauvais film Crimes à Oxford, on dirait bien que les mathématiques ont la cote dans les thrillers ésotériques, 676.jpget fascinent toujours autant le grand public. Et même si les longs exposés théoriques sur l'histoire des mathématiques et de la théorie des nombres risquent de rebuter plus d'un lecteur dont le niveau ne dépasse guère le théorème de Pythagore, il faut reconnaître que ces pages se révèlent fort intéressantes, quoiqu'elles soient assez mal reliées au reste de l'intrigue, donnant l'impression d'avoir été plaquées artificiellement dans les dialogues des personnages, comme si l'auteur se contentait de recopier son cours de licence. Mais le principal problème de ce roman, c'est son style : manifestement, à Polytechnique (école par laquelle est passée Yan Gérard avant de se tourner vers la recherche), on apprend plutôt bien les maths, mais pas le français, puisque l'auteur écrit sans sourciller, à quelques pages d'intervalles, "pallier à toute éventualité" et "bien que je commençais". Sans parler de ses envolées lyrico-mathématiques au style aussi lourd qu'une démonstration d'élève de collège. L'intrigue, quant à elle, est inutilement compliquée, avec des rebondissements attendus, des personnages mal exploités et un héros souvent insupportable, atteint, qui plus est, du syndrome d'Asperger (ce qui lui permet de voir des maths partout ou de résoudre des équations diophantiennes qui tiennent en échec les meilleurs savants de Cambridge, ben voyons). Et pourtant, l'idée de base est prometteuse et intéressante, mais l'auteur s'enferme trop vite dans ses combats entre sociétés secrètes désireuses de mettre la main sur les nombres noirs, tandis que le dénouement de ce thriller, grand-guignolesque, bâclé et complètement risible, n'apporte que le soulagement d'avoir enfin terminé la lecture d'un ouvrage aussi pénible que prétentieux.    1 étoile

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 22:33

Le jour de son 53e anniversaire, le Docteur Frederick Starks, psychanalyste de renom, installé depuis des années à New York, reçoit une étrange lettre composée de ces mots aussi menaçants qu'énigmatiques : "Heureux 53e anniversaire, docteur. Bienvenue au premier jour de votre mort". D'abord décontenancé, Ricky Starks se met très vite à prendre cette lettre au sérieux, lorsqu'un homme se faisant appeler Rumpelstiltskin menace explicitement de tuer l'un après l'autre les membres de la famille du thérapeute, à moins que celui-ci ne se suivide ou ne parvienne à découvrir l'identité de son ennemi et les raisons de sa haine. Rumpelstilstkin est loin d'être du genre à plaisanter, et il semble prendre un malin plaisir à détruire minutieusement la vie de celui qu'il a décidé de prendre pour cible : l'un des patients de Ricky se jette sous un métro, alors qu'il ne présentait aucune tendance suicidaire ; une jeune femme, qui prétend être une ancienne patiente du docteur Starks, porte plainte contre lui pour viol ; ses comptes bancaires sont vidés, apparemment sur son ordre, et son appartement est détruit par une gigantesque inondation. Désormais, le temps de Ricky est compté, et pour parvenir à découvrir le nom de Rumpelstiltskin dans le délai imparti, il va devoir se livrer à sa propre analyse et accepter de voir s'effondrer tout ce qu'il a bâti pour pouvoir repartir de zéro...

 

Avec ce roman, John Katzenbach vous entraîne dans une séance d'analyse démesurée durant près de 700 pages et, comme chez les bons analystes, on ne voit pas le temps passer. Ce thriller est en effet d'une efficanalyste.jpgacité redoutable, nous plongeant, avec Ricky, dans le jeu cruel et angoissant concocté par Rumpelstitskin et ses deux acolytes, la flamboyante Virgil et l'exaspérant Merlin. Le rythme est soutenu, les chapitres et les bouleversements s'ench aînent, à mesure que la tension augmente, à l'approche de l'expiration du délai fixé au thérapeute. La construction du récit est parfaitement maîtrisée, dans un jeu du chat et de la souris qui va trouver un second souffle après un rebondissement inattendu, nous entraînant avec le docteur Starks dans une course-poursuite machiavélique où tous les coups sont permis. Les personnages sont particulièrement soignés, et les multiples jeux d'identité ne font que brouiller les pistes et accroître en permanence le suspense. Loin des polars désormais trop calibrés de Coben, Grangé et autres, Katzenbach nous plonge dans une intrigue vertigineuse qui nous change des habituels tueurs en série aux délires pseudo-ésotériques. La métamorphose progressive du héros est l'un des atouts majeurs de ce livre, qui décrit finalement comment un homme que tout semblait accabler et qui paraissait réduit à la dernière extrémité trouve le courage et l'intelligence de se révolter contre son bourreau, quitte à échanger pour un temps les rôles du chasseur et du chassé. Malgré quelques (rares) longueurs, la narration est rondement menée et l'intérêt du lecteur ne faiblit pas, dans cette variation pleine de talent sur l'histoire du comte de Monte-Cristo. Un polar qui vaut vraiment le détour, et qui vous garantit de nombreuses heures de frissons et d'angoisse, dans une analyse qui n'a vraiment rien de conventionnel.    4 étoiles

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 21:20

14 avril 1912. Le Titanic, parti de Souhtampton pour rejoindre New York, lors de son voyage inaugural, heurte un iceberg et sombre dans l'Atlantique nord. Environ 1500 personnes, passagers et membres d'équipage, disparaissent avec le navire, faute de place sur les canaux de sauvetage. Parmi eux, se trouvent les sept musiciens du bateau, dont la légende assure qu'ils ont joué jusqu'au dernier moment, afin d'empêcher les passagers de céder à la panique. De ces musiciens, on ne sait pratiquement rien, sinon leur nom et leur nationalité. Erik Fosnes Hansen choisit de leur donner une histoire et un visage, et de raconter le naufrage du Titanic d'un point de vue plutôt inhabituel. Voici donc l'histoire de Jason, le chef d'orchestre, fils de médecin devenu orphelin très jeune, ayant décidé de consacrer sa vie à la musique, au lieu de suivre la voie de son père, après une rencontre bouleversante avec une jeune fille transie de froid ; Alex, quant à lui, a fui Saint-Pétersbourg après avoir été entraîné malgré lui dans de sombres histoires de cambriolage, et a rencontré Jason dans un pub londonien plusieurs années avant la traversée ; Spot, le pianiste allemand, a pour sa part été exhibé par ses parents comme un singe savant depuis son plus jeune âge, véritable Mozart en herbe parti poursuivre des études de musique à Paris, mais ayant sombré dans la drogue après une rupture sentimentale ; David, le plus jeune du groupe, a décidé de fuir Vienne après avoir lui aussi été quitté par sa bien-aimée, qui lui a préféré un acteur de renom, faisant de lui la risée de la ville ; enfin, Petronius, contrebassiste italien, le plus mystérieux des cinq, qui sombre peu à peu dans la folie, obligeant ses compagnons à avoir en permanence l'oeil sur lui, ce qui est loin d'être évident sur l'immense paquebot...

 

Avec la commémoration du centenaire du naufrage le plus célèbre de l'Histoire, les romans évoquant peu ou prou (hahaha) le Titanic ont allègrement fleuri sur les rayons des librairies. Mais celui-ci prend le contre-pied du film de James Cameron ou des autres fictions écrites sur le paquebot : le navire n'a qu'un rôle très secondaire dans le roman, qui s'intéresse avant tout au destin de ses personnages, à travers leur histoire personnelle, celle-ci se déroulant tour à tour à Paris, Vienne, cantique.jpgLondres, Saint-Pétersbourg, ou sur les routes italiennes. Avec son titre chargé de poésie et de noblesse, cette oeuvre nous fait voyager à la fois dans l'Europe du début du siècle et dans le monde de la musique, au fil des histoires de ses cinq personnages. La transition est habilement réalisée, d'un chapitre à l'autre, entre les flash-backs des différents musiciens et l'histoire commune se déroulant sur le paquebot, rythmée par les longues journées de travail et les rares moments de repos, si bien que l'on a l'impression de lire à la fois un roman dans son ensemble et cinq nouvelles fondées sur les vies de chaque personnage et possédant leur unité propre. Et même si les destinées des musiciens peuvent sembler assez inégales, celle de Jason et de David se détachant par rapport aux autres, le dernier chapitre, qui nous conduit inexorablement vers le récit du naufrage proprement dit, est si magistral qu'il emporte définitivement l'adhésion du lecteur, le laissant encore sous le choc des dernières phrases du roman. Le style est sobre et épuré, mais ne manque pas de poésie, même si l'on peut regretter que l'auteur ne s'intéresse pas davantage à la passion des musiciens pour leur art, car ils semblent pour la plupart avoir finalement choisi cette voie par défaut et non par goût. Certes, l'auteur ne répond pas aux questions les plus courantes concernant les musiciens : pourquoi ont-ils choisi de rester sur le navire au lieu de chercher à monter sur un canot de sauvetage, et quel est le dernier morceau qu'ils ont joué ? (cette dernière étant restée très controversée depuis un siècle et ayant déchaîné les passions), mais finalement, ce n'est peut-être pas ce qui importe le plus, dans un roman bouleversant qui nous emporte dans un tourbillon d'aventures et de coups de théâtre, alors même que l'on croyait déjà tout connaître de l'histoire.    3 étoiles

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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 17:56

Depuis son enfance, Annabelle Granger s'est habituée à devoir changer d'identité au fil des déménagements successifs de sa famille. Nouveau nom, nouvelle maison, nouvelle histoire familiale... Et tout cela sans que ses parents lui donnent la moindre explication, même après plusieurs années de déménagements. Avec le suicide de sa mère et la mort accidentelle de son père quelques années plus tard, Annabelle a renoncé à essayer de comprendre la raison de cette fuite perpétuelle, et s'est persuadée que son père avait développé une paranoïa aiguë qui le poussait à enseigner à sa fille les techniques d'auto-défense les plus efficaces. Mais un jour, la découverte d'une cave souterraine aménagée dans le parc d'un hôpital psychiatrique désaffecté de Boston vient bouleverser l'existence morne et terne dans laquelle Annabelle se complaisait : la cave abrite en effet les cadavres de six petites filles inconnues, dont le corps s'est momifié naturellement, rendant toute identification impossible. Or, l'une d'elles porte un médaillon inscrit au nom d'Annabelle Granger... Aussitôt, la véritable Annabelle, bien vivante, décide de sortir de l'ombre et de se manifester auprès de la police. Mais elle n'imaginait pas que le tueur l'attendait, tapi dans l'ombre, depuis vingt-cinq ans, et que son existence serait à nouveau menacée...

 

Avis aux amateurs de polar et de suspense, ce roman est fait pour vous : de la première à la dernière page, impossible de le lâcher avant de savoir le fin mot de l'histoire. Ce livre présente également plusieurs originalités : pas de recours à un serial-killer comme on pourrait s'y attendre au début (on découvre vite que les six victimes ne sont en réalité que très secondaires par rapport à l'intrigue principale), ressort habituellement utilisé par les auteurs pour maintenir une certainesauver.jpg tension, pas de délire érotico-mystique (ce qui semble être très à la mode dans les thrillers contemporains, alors pour une fois qu'un auteur nous épargne cet élément, ne boudons pas notre plaisir), pas de grosses ficelles ou de twist sorti de nulle part, l'intrigue est assez bien construite pour être cohérente sans être complètement prévisible non plus. Outre le fait, donc, de réussir à maintenir le suspense pendant près de 500 pages à partir d'un seul meurtre, Lisa Gardner a réussi a créer des personnages attachants et complexes, notamment l'enquêteur principal, ancien tireur d'élite reconverti dans la police d'Etat à la suite d'une intervention ayant mal tourné, souvenir qui le hante encore des années plus tard. Certes, le style, quant à lui, n'a rien d'exceptionnel, mais cette écriture ordinaire ne gâche pas le plaisir de la lecture, d'autant que la traduction est plutôt bonne. Un autre aspect intéressant de ce roman est qu'il s'amuse à décevoir les attentes du lecteur, comme un chat jouant avec une souris : ainsi, on attend en vain les résultats des analyses ADN des cadavres, à la fois parce que, comme on l'a dit, les petites filles, à l'exception de celle qui porte le médaillon d'Annabelle, n'ont rien à voir avec cette dernière, et parce que l'auteur a choisi de respecter les délais réels de ce genre d'investigation, prenant le contre-pied de toutes les séries télévisées où les enquêteurs obtiennent résultats ADN, relevés téléphoniques ou bancaires et autres données en quelques minutes. Avec son intrigue palpitante et ses personnages originaux, Sauver sa peau est un bon roman policier, qui certes ne marquera pas son lecteur pour des années, mais est suffisamment bien construit pour nous entraîner plusieurs heures durant dans son univers oppressant. 3,5 étoiles

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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 21:45

Ce roman s'ouvre le 23 août 1572, à la veille de la Saint-Barthélémy, alors que Catherine de Médicis et son fils Henri d'Anjou, futur Henri III, et de nombreux conseillers, persuadent Charles IX, le souverain, âgé de vingt-deux ans, d'autoriser le massacre de tous les chefs protestants, juste après une tentative d'attentat manquée contre Gaspard de Coligny, un noble connu pour son attachement à la Réforme. Le monarque, d'abord réticent, finit par signer l'ordre royal autorisant le massacre, à la condition d'épargner son médecin, Ambroise Paré, sa nourrice huguenote, son beau-frère Henri de Navarre, futur Henri IV, et quelques autres nobles protestants. Mais alors que sa mère, son frère et tous les autres conseillers lui avaient annoncé quelques centaines de morts tout au plus, Charles IX découvre effaré que ce sont plusieurs milliers de protestants qui ont péri, dans la nuit du 23 au 24 août, ou dans les jours qui ont suivi. Aussitôt, il prend des mesures pour arrêter le massacre, mais le mal est fait, et la Saint-Barthélémy se poursuit plusieurs jours durant en Province. Le monarque semble alors plonger lentement mais inexorablement dans la folie, se mettant à chasser le cerf au beau milieu du Louvre ou à tirer à l'arbalète sur les servantes et espionnes de sa mère lorsqu'elles se cachent derrière les tapisseries pour épier ses faits et gestes. Mais sa folie le conduit également à prendre des initiatives désastreuses, pensant racheter sa faute envers le peuple et envers Dieu : le voilà qui forge de la fausse monnaie pour renflouer les caisses de l'Etat, ou offre au peuple affamé des brins de muguet censés leur porter bonheur, mais qui causent une hécatombe chez ceux qui ont essayé de se nourrir de la fleur mortelle. Haï de tous, menacé par les complots de ses proches, Charles IX n'est bientôt plus que l'ombre de lui-même, et une ombre sanglante, qui, atteinte d'hématidrose, se met à suer du sang par tous les pores de sa peau...

 

Disons-le d'emblée, ce roman est une biographie très romancée du souverain, certes documentée, mais qui ne saurait prétendre à l'exactitude d'un ouvrage historique véritable. Ne serait-ce que par son titre, délicieusement décadent, on voit que Jean Teulé ne s'est pas fixé pour but de raconter le règne réel de ce souverain méconnu, assimilé par la postérité à un Néron sanguinaire. Les approximations, voire les déformations historiques sont légion, notamment en ce qui concerne l'implication de Catherine de Médicis dans le massacre de la Saint-Barthélémy : alors qu'elle a longtemps été considérée charly.jpgcomme l'instigatrice de la tuerie, aidée de son fils Henri, il est apparu qu'elle avait en réalité probablement joué davantage un rôle de médiatrice entre les deux religions, tentant d'apaiser les tensions au lieu de les exacerber. Néanmoins, s'il a le mérite de décaper un peu l'Histoire (sans doute jugée poussiéreuse par un auteur qui ne s'embarrasse pas de subtilités), ce roman se révèle très rapidement décevant : les personnages sont affreusement caricaturaux, entre un Charles IX complètement dépassé par les événements et ne pensant qu'à chasser et à honorer sa femme ou sa maîtresse, une Catherine de Médicis castratrice et volontiers cabaleuse, un Henri d'Anjou grande folle à la limite du travesti de la place Clichy, perpétuellement recouvert de dentelles, de maquillage et de frous-frous, ou encore un Henri de Navarre paillard, grossier et répugnant. Seuls les personnages secondaires sont relativement épargnés par cette déformation, et l'on regrette que Ronsard ou Ambroise Paré soient si peu présents dans l'intrigue. Celle-ci est d'ailleurs bien mince, et l'on se demande si Jean Teulé a lui-même écrit son roman dans un TGV tant l'ouvrage se prête bien à une lecture en 2h à peine. Autant dire que le style est fort peu soigné (et c'est une litote !), mélangeant allègrement les anachronismes et faisant voisiner des tournures argotiques ou familières du XXe siècle (quelle horreur que ce "Ben" qui commence chaque réplique de dialogue, sans doute pour le rendre plus vivant...) avec des expressions directement tirées de Rabelais. Ce mélange, loin d'être harmonieux, est de plus agaçant, artificiel et n'apporte absolument rien au roman : Jean Teulé se veut subversif et iconoclaste, mais faire jurer Charles IX comme un charretier n'est pas dépoussiérer l'Histoire, simplement la massacrer. Si encore l'humour et les situations saugrenues rattrapaient l'ensemble, mais ce n'est souvent qu'une succession de gags sans grand intérêt. Une grosse déception que cette version de "L'Histoire pour les Nuls" à la sauce démago.   1,5 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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