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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 13:58

Qu'adviendrait-il si cette guerre nucléaire tant redoutée se produisait réellement ? Si des dizaines de bombes atomiques explosaient au même moment au-dessus des grandes capitales, anéantissant toute vie sur terre ? C'est le sujet, à forte dominante post-apocalyptique, dont Robert Merle s'empare avec maestria, décrivant le quotidien d'un petit groupe de rescapés, menés par celui qui s'impose rapidement comme leur "chef", Emmanuel. Au moment où les bombes ont vraisemblablement explosé, ils se trouvaient dans la cave du château de ce dernier, Malevil, ce qui les a protégés de l'étouffante vague de chaleur qui a détruit toute forme de vie à l'extérieur. Ce petit groupe s'organise rapidement : aux amis d'enfance, Colin, Meyssou, Peysonnier, s'ajoutent Thomas, le jeune instituteur, La Menou, gouvernante du château, et son fils, Momo, attardé mental. Par miracle, il reste encore à Malevil quelques bêtes épargnées par le souffle des explosions. Après l'abattement du début, un nouvel espoir renaît avec la réapparition du soleil, qui permettra à la végétation de se reconstruire tout doucement, et donc à nos héros de récolter des céréales. Mais les survivants de Malevil comprennent bientôt qu'ils ne sont sans doute pas les seuls à avoir échappé aux ravages de "l'événement", et que ces autres rescapés ne seront peut-être pas aussi pacifiques qu'eux, ou qu'ils convoiteront même leurs rares ressources... Et en effet, un peu partout autour de Malevil, divers groupes de survivants s'organisent également, prêts à tout pour conquérir le château, et nos héros auront bien des ennemis à affronter, y compris au sein même de leurs rangs, où les convoitises, les petites rancoeurs, l'indiscipline, les peurs et les désirs se font jour...

 

Roman à mi-chemin entre la science-fiction et la robinsonnade, Malevil séduit par son originalité, ses personnages, son intrigue, son style. Originalité tout d'abord, car il s'agit de l'un des premiers romans d'anticipation, et met en scène des personnages qui ont tout à reconstruire, dans un monde qui ne connaît plus le travail manuel depuis que les machines ont remplacé les outils : construire une charrue, dresser un cheval au labour, semer, récolter, sont autant de petites victoires sur l'adversité et sur le néant laissé par "l'événement". Ce roman est aussi une formidable leçon d'amitié : malgré les difficultés, malgré les dissensions internes, malevil.jpgmalgré les ennemis chaque jour plus nombreux à vouloir s'emparer de Malevil, le petit groupe reste soudé, prêt à défendre "son" château les armes à la main. Robert Merle pousse même la réflexion jusqu'aux problèmes de morale induits par cette forme de vie primitive : comment empêcher les tensions, les désirs et les pulsions de naître, lorsqu'il n'y a qu'une femme pour huit hommes ? Comment empêcher les pillards d'attaquer le château sans enfreindre la loi universelle qui proscrit le meurtre ? Comment instaurer une discipline dans un monde où toute forme d'organisation a disparu ? A toutes ces questions, et à bien d'autres encore, Merle apporte une réponse, et construit son roman sur une intrigue pleine de suspense et de rebondissements, pleine d'humour également, écrite dans un style fluide et agréable qui fait se succéder tout naturellement les moments forts (entrée en scène d'un nouveau personnage, combat contre les pillards, crainte d'une nouvelle attaque...) et les scènes plus calmes du roman, par exemple lorsque Emmanuel organise les veillées autour de la cheminée, lisant la Bible à des hommes qui ont tout perdu et se sentent terriblement proches des hommes évoqués dans la Genèse... Les personnages,  avec des caractères complexes et particulièrement bien construits, sont très attachants, et leurs aventures passionne un lecteur qui se prend également au jeu, et se voit presque comme le compagnon d'infortune de ces quelques rescapés qui tentent de reconstruire un présent pour bâtir, jour après jour leur futur, et celui de leurs éventuels descendants. Un véritable chef-d'oeuvre qui exalte les nobles valeurs de l'âme humaine (humilité, amitié, partage, compassion) et qui se savoure à chaque page.    4 étoiles

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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 12:26

Beau Rivage est un petit hôtel de montagne comme il en existe tant d'autres, niché au-dessus d'un lac à la beauté sombre et inquiétante, surplombé par une montagne au nom aussi évocateur qu'imaginaire, l'Altefrau, jouxtant une frontière jamais nommée, perdu entre un ancien abattoir où un chien ne cesse d'aboyer, et une station thermale reconstruite sur un ancien sanatorium. C'est dans ce décor, si paisible en apparence, que vont évoluer deux couples, sous le regard d'abord de la patronne, puis de Serge, ou de celui qui se fait appeler ainsi, et qui les rejoint un soir, se disant "diplomate" et attendant sa prochaine affectation. L'été indien touche à sa fin, et pendant que Franck, l'époux de la narratrice, profite de cette retraite pour finaliser sa thèse, sa femme s'occupe comme elle peut, conversant avec les autres pensionnaires ou explorant les environs. Les personnages semblent plus énigmatiques les uns que les autres : l'autre couple est composé d'Eric Vasseur, homme d'affaires plutôt désabusé, et de sa femme Christine, ancienne danseuse ayant sombré dans l'ennui puis la dépression à la suite de la blessure qui lui a coûté sa carrière. Dans ce décor délicieusement désuet, la patronne semble tenter de maintenir un semblant de vie, abreuvant de sa conversation permanente les clients de l'hôtel, distribuant à tout un chacun conseils et proverbes tirés de la sagesse montagnarde, et repassant tous les soirs le même enregistrement du Concert du Nouvel An. Dans cette monotonie qui s'est installée, seule l'arrivée de Serge peut apporter quelque nouveauté, mais pourtant, lui-même semble tenir à se faire discret, lui qui a peut-être, comme les autres, comme tout le monde, quelque chose à cacher ?

 

Ambiance feutrée, charme désuet, poétique de l'attente, fuite du temps, tant de mots qui pourraient définir Beau Rivage sans parfaitement le décrire... Dans cette fin d'été indien, où les personnages semblent pris à jamais dans leur routine mélancolique, le mauvais temps s'installe peu à peu, comme un mauvais présage, mais si vite écarté par l'apparente tranquillité de l'hôtel ; la narratrice observe longuement les mille et un détails de la nature, coulant des jours paisibles, et elle attend, tout comme le lecteur attend le moment où tout va basculer, où l'une des beau-rivage.jpgdeux femmes va peut-être céder au charme puissant de Serge, à ses paroles, à son audace, où l'un des deux hommes va peut-être intervenir pour contrer le manège évident du "diplomate". Mais Dominique Barbéris semble prendre plaisir à retarder sans cesse cet instant, jouant avec ses personnages comme avec le lecteur, et distille à chaque page un peu de cette frustration, provoquée peut-être par l'isolement, l'oisiveté, la saison qui invitent à la fuite ou à la faute. Tout dans ce roman semble étrange : les personnages, somme toute assez communs, possèdent chacun leur part d'ombre, l'atmosphère surannée, le temps comme suspendu, l'hôtel perdu au fin fond des montagnes, l'endroit si difficile à identifier qu'il en devient imaginaire... Avec des réflexions sur la nature, le temps qui passe et amène l'inéluctable mort de ce qui fut et ne sera plus jamais, et, finalement, sur la banalité de ces choses, on pense parfois à Proust, à Thomas Mann aussi, notamment dans La Mort à Venise, mais tout cela en plus léger, comme si cela, finalement, avait peu d'importance, comme si même la fin, où pourtant se produit l'impensable, ne parvenait pas à combler cette nostalgie et cette attente. Un roman en forme de huis-clos parfaitement maîtrisé au style brillant, tout en finesse et en poésie, écrit sur un ton doux amer, et qui laisse volontairement un arrière-goût d'inachevé, comme pour inviter le lecteur à écrire son propre dénouement et à s'emparer du destin de personnages un peu trop esseulés et livrés à eux-mêmes.   3,5 étoiles

 

Ce livre a été chroniqué dans le cadre d'un partenariat avec Chroniquesdelarentréelittéraire.com et Ulike.

 

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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 15:45

Dans sa chambre d'hôpital, Emma se réveille péniblement, comme tirée d'un cauchemar. Elle semble avoir perdu la mémoire, ne sait ni qui elle est, ni pourquoi elle se trouve ici, ni pourquoi elle souffre autant. Son ami, Karter, effondré, se voit contraint de lui apprendre la terrible vérité : alors qu'elle était enceinte, elle a été agressée, et violée en pleine rue, et avortée de force sur le capot d'une voiture. Emma doit alors se reconstruire comme elle peut : reprendre une vie "normale", avec Karter, mais sans l'enfant tant attendu, comprendre pourquoi elle a subi une telle agression, et tenter de reconstituer son passé, à partir des flashes terrifiants qui l'assaillent de plus en plus. Mais plus elle se remémore son passé, plus les questions s'accumulent : pourquoi, alors qu'elle dirigeait une clinique vétérinaire florissante, a-t-elle vu sa carrière se terminer brusquement ? Pourquoi a-t-elle perdu tout contact avec son père ? Son petit frère, Thomas, est-il réellement mort dans un accident de voiture, quand elle était adolescente, ou tout cela n'est-il que mensonge ? Peu à peu, Emma commence à entrevoir la terrible réalité, et se dit qu'elle aurait peut-être mieux fait de rester dans ses illusions et ses vagues souvenirs... Mais il est déjà trop tard pour reculer, et Emma va devoir assumer les conséquences de ses découvertes.

 

Peu de romans sont susceptibles de donner la nausée à leurs lecteurs. Certes, on pourrait citer Pot-Bouille de Zola, ou encore Le Parfum, de P. Süskind, mais, alors que ces derniers empruntaient rapidement d'autres voies, et surtout se faisaient remarquer par leur style extraordinaire, celui-ci choisit d'aller jusqu'au bout de sa démarche : non seulement il accumule les descriptions morbides, glauques, à la limite du gore (la scène de l'agression et de l'avortement au croc de boucher est une trouvaille qui résume assez bien la tonalité du roman, mais Maud Mayeras nous offre en prime quelques scènes d'anthologie, le changement des compresses dans l'utérus d'Emma, la scène d'amour des deux héros qui se finit dans un bain de sang...), mais il présente également un style absolument horripilant, simphematome.jpgliste, et médiocre (le jeu de mots, ultra prévisible et pourtant expliqué pendant près d'une page, sur "Hématome", simple réunion des prénoms Emma et Tom, pour Thomas, en est un excellent exemple). Pourtant, le parti pris de narration était intéressant : raconter l'histoire, non du point de vue du détective, ou encore du meurtrier/coupable, mais de la victime, en quête de son identité et de son passé. Alors, certes, pour ceux qui ont le c oeur bien accroché, et peut-être un goût prononcé pour les histoires malsaines et sordides, on trouve tout de même dans ce roman une intrigue pleine de suspense, où chaque page apporte son lot d'ignobles découvertes (et l'on a beau prier pour que cela s'arrête, Maud Mayeras a l'air de se délecter à l'idée d'accabler encore un peu plus son héroïne). Passons sur le manque total d'originalité de la situation de départ,  car les amnésies des victimes semblent véritablement à la mode en ce moment dans les romans policiers, mais il semble que Mayeras ait trouvé là un moyen infaillible pour se faire remarquer. Ajoutons tout de même, pour la forme, que l'intrigue est complètement tirée par les cheveux, avec un double dénouement rocambolesque à la limite d'un épisode de Plus Belle la Vie, mais en version trash, répugnante et interdite aux moins de 16 ans. Un roman tout simplement insoutenable pour le lecteur, qui se voit contraint de subir toutes ces horreurs (tant dans l'histoire que dans le style de l'auteur). Seul point positif : sa brièveté, qui permet de le lire en deux heures, et de passer rapidement à un livre moins oppressant, moins morbide et moins révoltant. Espérons que Maud Mayeras ne se sente pas obligée, après cela, d'écrire un deuxième roman.     0,5 étoiles

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3 septembre 2010 5 03 /09 /septembre /2010 16:11

New York, 1975. La vie de Shaltiel Feigenber, juif new-yorkais issu de la classe moyenne, bascule le jour où il est enlevé à Brooklyn, par deux activiste pro-palestiniens. Si l'événement, qui s'est pourtant produit en plein jour, dans l'un des quartiers les plus fréquentés de la ville, n'a pas pu être empêché par les passants ou la police, c'est qu'il s'agit là d'une affaire sans précédent : c'est la première fois qu'une prise d'otage de ce genre se produit directement sur le sol américain. Les revendications des deux ravisseurs ne sont pourtant pas très claires : après avoir compris que Shaltiel, modeste conteur, sans relation ni fortune, ne pourrait pas motiver une demande de rançon suffisante, ils décident d'échanger sa vie contre celle de trois de leurs compatriotes emprisonnés en Israël et aux Etats-Unis. Le FBI s'en mêle, les passions politiques se déchaînent, les médias se chargent de relayer l'information... Partout dans le monde, les messages de soutien à la famille affluent, mais l'Etat hébreu décide de rester ferme et de refuser catégoriquement toute négociation avec les ravisseurs, craignant que leur succès ne fassent des émules. Bien loin de toute cette agitation, Shaltiel, reclus dans une cave, les mains entravées et les yeux bandés, se souvient de son passé en Europe : son enfance, en Transylvanie, marquée par la déportation, en 1942, des habitants de son ghetto ; la fuite clandestine, en URSS, de son frère aîné, membre du Parti communiste ; sa propre survie dans la cave d'un comte allemand affilié aux nazis mais passionné d'échecs ; la libération de la ville par l'Armée rouge ; ses retrouvailles avec son père et son oncle, rescapés d'Auchwitz, puis l'émigration de la famille aux Etats-Unis... Autant de souvenirs qui constituent les derniers vestiges d'une mémoire que les oppresseurs tentent de réduire définitivement au silence.

 

On pensait avoir tout dit, et a fortiori tout lu, sur les rescapés des camps, la Shoah, l'intégration des Juifs dans le monde, la diaspora juive, les rapports toujours tendus entre Israël et la Palestine, l'antisémitisme au quotidien... Et pourtant, Elie Wiesel, célèbre, entre autres, pour son témoignage saisissant sur son expérience des camps otage.jpgnazis dans La Nuit, parvient à réunir tous ces thèmes, à les transfigurer, et à leur donner un éclairage neuf dans son nouveau roman, sobrement intitulé Otage. Par le biais de souvenirs et de réminiscences évoqués par le héros, Elie Wiesel nous donne à lire l'une des plus belles oeuvres contemporaines sur la résistance face à l'oppression sous toutes ses formes, face à l'antisémitisme et au terrorisme. On apprécie d'autant plus, dans ce roman écrit d'une main de maître, l'absence de manichéisme primaire qui tendrait à faire du Juif, quel qu'il soit, une victime éternelle de la cruauté des hommes, et des Palestiniens de potentiels bourreaux : grâce à la présence d'un deuxième ravisseur, incarné par un Italien surnommé Luigi, les rapports entre otage et bourreaux se complexifient, et passent de la haine mutuelle à la compréhension, voire à l'amitié. A tel point que le lecteur finit par se demander qui est vraiment l'otage dans ce récit, si c'est Shaltiel, pauvre conteur dépassé par les revendications politiques de ses ravisseurs et les enjeux stratégiques d'une collaboration délicate entre États-Unis et Israël, ou si c'est le tortionnaire arabe, aveuglé par sa haine de l'État hébreu, et par son combat, de toute façon voué à l'échec dans la mesure où il n'a pas les moyens de lutter, seul, contre le géant israélien. Une splendide réflexion sur les rapports humains, navigant entre passé et présent, entre camps de la mort et conflit israélo-palestinien, écrite dans un style sobre, incisif et pourtant souvent poétique, jamais simpliste, jamais dogmatique ni de parti pris, mais tout simplementbouleversante.  4 étoiles

 

Ce livre a été chroniqué dans le cadre d'un partenariat avec Chroniquesdelarentréelittéraire.com et Ulike.

 

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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 18:38

Au plus fort de l'hiver 1601, dans une forêt d'Auvergne, une jeune femme enceinte fuit son époux, le baron Yvon de Troïl, qui l'accuse d'adultère avec son frère. Epuisée, glacée, Blanche de Troïl donne naissance à une petite fille, Ariane, mais succombe peu après. Au même instant, la reine Marie de Médicis, épouse d'Henri IV, met au monde le futur Louis XIII. Huit ans plus tard, alors que les deux enfants grandissent dans leurs familles et leurs mondes respectifs, un mystérieux chevalier, tout de rouge vêtu, masqué et brandissant son épervier comme totem, pousse le peuple d'Auvergne à se révolter contre les exactions d'un comte cruel et sanguinaire, Thibaud de Bruantfou. La jeune Ariane, élevée par son père, tombe sous le charme du justicier masqué, et est bien décidée à le retrouver coûte que coûte. Ariane et Louis pensent, dans leur jeunesse, que leur vie leur appartient, mais il existe un être bien plus puissant, qui tient leur destin entre ses mains, ainsi que celui de cinq autres personnages, d'Henri IV à l'Epervier lui-même...

 

Un grand classique de la BD historique, mais tout de même, quelle réussite ! Un scénario habilement construit, des personnages tour à tour mystérieux, insaisissables, blanchemorte.jpgeffrayants ou attachants, une mise en scène sans faille, des dialogues au cordeau... Et surtout, des dessins d'un réalisme saisissant, splendides, avec une précision poussée jusque dans les moindres détails. Première série d'une longue saga historique qui se déroule tout au long du XVIIe siècle, en France et aux Amériques, les 7 vies de l'Epervier présentent une incroyable arbremai.jpgentrée en matière, fondée sur une étrange prophétie reliant entre elles sept vies, à l'insu même des personnages. Toute la force de cette série est qu'alors même qu'elle constitue le prélude aux nombreux cycles de l'Epervier, elle peut amplement se suffire à elle-même, malgré les références à d'autres séries (toujours explicitées en note). Une formidable fresque historique à découvrir, condor.jpgmais à déconseiller au jeune public, en raison de la crudité et de la violence de certaines images. L'évolution des deux familles, royale d'un côté avec Henri IV, Louis XIII et Marie de Médicis, et modeste de l'autre avec le baron Yvon de Troïl et ses deux enfants, Ariane et Guillemot, est particulièrement bien réalisée, puisque ces deux groupes que tout oppose sont destinés, inexorablement, à se rencontrer... Le rythme ne s'essouffle jamais, le suspense est constant, et la narration fluide et bien menée : tout réussit à cette série extrêmement bien documentée, et qui mêle habilement fiction et réalité, malgré une légère tendance à la caricature (Henri IV est savoureux en bon vivant lubrique, Marie de Médicis incarne à la perfection la femme arriviste, qui n'hésite pas à comploter ouvertement avec ses courtisans florentins, mais qui se désespère des frasques de son royal époux)... On rit, on frémit, on jubile : c'est aussi ça, les 7 vies de l'Epervier4 étoiles

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 17:26

La vie de Marianne a débuté sous de bien tristes auspices : alors qu'elle n'est âgée que de deux ou trois ans, ses parents sont cruellement assassinés, et la laissent non seulement orpheline, mais également privée d'identité, donc de richesse et surtout de considération dans un monde où le nom fait tout, et où il ne lui reste que la vertu comme consolation. Après une jeunesse heureuse, cependant, chez un curé de village et sa soeur, elle se retrouve, par un hasard des circonstances, dans le dénuement le plus extrême, à Paris, abandonnée de tous. Alors qu'elle est forcée, pour survivre, de travailler pour une lingère, elle croise le chemin du beau Valville, dont elle tombe éperdument amoureuse, et qui semble également fort sensible à ses charmes. C'est alors que M. de Climal, un riche aristocrate, décide de la prendre sous son aile, mais la jeune Marianne comprend vite que cette aide est loin d'être désintéressée, et que le vieux libertin a bien décidé de profiter de la reconnaissance de la jeune orpheline. Désemparée, Marianne se réfugie dans un couvent, où elle est remarquée par une grande dame, Mme de Miran, qui ajoute, et c'est assez rare pour être souligné, la noblesse de coeur à celle de rang... Cette fois, la jeune Marianne a de quoi s'estimer sauvée, d'autant qu'elle apprend rapidement que le fils de cette dame n'est autre que Valville, que leur amour est réciproque, et que leur mère accepte leur union. Mais ce n'est pas le cas du reste de la famille, qui voit dans ce mariage un sacrilège, et qui est bien décidé à employer tous les moyens pour empêcher Marianne d'épouser Valville...

 

Tout simplement époustouflant. Marivaux, pourtant davantage célèbre pour ses pièces de théâtre, signe avec ce roman épistolaire en forme d'autobiographie fictive l'une de ses meilleures oeuvres, et sans doute la plus émouvante. Portée du dénuement le plus inquiétant au faîte de la société (comme l'indique son titre de comtesse, qui reste néanmoins inexpliqué en raison de l'inachèvement du roman), la jeune et belle Marianne nous livre, parfois de manière péremptoire, voire agaçante, comme elle le reconnaît elle-mêmarianne.jpgme, ses impressions, ses réflexions et ses jugements sur ses contemporains, sans complaisa nce ni fausse pudeur, ce qui permet à Marivaux de se livrer à une étude de moeurs particulièrement juste. Un roman qui se révèle véritablement fascinant : on ne peut se détacher de cette histoire d'amour impossible entre une jeune orpheline, belle mais désargentée, et un riche aristocrate promis à un mariage d'argent. Malgré ses petits airs présomptueux, on s'attache vite à cette héroïne si malmenée par le sort, et Marivaux la dote en us d'une grandeur d'âme exceptionnelle, qui la rend sympathique aux yeux du lecteur. En dépit de sa longueur (près de 600 pages, et d'ailleurs, on regrette presque que Marivaux ne l'ait pas terminé !), on ne s'ennuie jamais dans ce roman plein de coups de théâtre et de rebondissements, passionnant, vivant, et dont le style rappelle souvent les plus belles pages de la littérature française. Les personnages sont habilement campés, avec des caractères parfaitement définis et analysés par Marianne, et les aventures rocambolesques qui viennent perturber la destinée de la jeune fille sont toujours bien amenées, parfois avec une pointe d'humour, comme cette histoire de religieuse qui est annoncée dès la première moitié du roman, mais qu'il faut attendre jusque dans les dernières pages... Un monument du genre qui, même bien longtemps après son écriture, n'a rien perdu de sa saveur, pour l'instant toujours inégalée.

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16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 21:04

Alice Dehaene voit sa vie, déjà passablement perturbée par un certain nombre de traumatismes et de troubles psychologiques, basculer du jour au lendemain, lorsqu'elle tombe par hasard sur une photo toute récente de Dorothée, sa soeur jumelle, pourtant décédée dix ans auparavant, et dont la tombe se trouve dans le jardin. Alors que son psychiatre, Luc Graham, est sur le point de lui annoncer le bilan d'un an de thérapie, pour la guérir de ces mystérieux "trous noirs" qui la happent pendant des heures, voire des jours, et dont elle ne garde aucun souvenir, d'étranges événements se produisant dans l'entourage immédiat de la jeune femme vont l'empêcher d'accéder si simplement à la voie de la guérison : son père est poignardé devant chez lui, mais une fois conduit à l'hôpital, il affirme avoir tenté de se suicider ; le chemisier ensanglanté qu'elle découvre dans sa douche un soir et qui disparaît mystérieusement le lendemain matin, et dont elle n'a pas le moindre souvenir ; sans parler de cet homme retrouvé nu près d'un arrêt de bus, qui présente des signes manifestes de catatonie, et qui semble tout droit revenu des Enfers... Chacun de leur côté, Alice, son psychiatre Luc Graham, et Julie Roqueval, assistante sociale travaillant dans le même hôpital que ce dernier, décident d'enquêter pour résoudre toutes ces énigmes. L'une cherche à comprendre son passé, l'autre à le fuir, quant à la troisième, elle est encore bien loin de se douter de ce qui l'attend...


Attention, hold-up littéraire ! Thilliez nous embarque une fois de plus dans une intrigue complètement invraisemblable, où pratiquement tous les personnages (si, si, on a vérifié) présentent un passé trouble et/ou des traumatismes psychologiques profonds (sans dévoiler toute l'intrigue, entre le père maladivement protecteur traumatisé par les massacres de Sabra et Chatila, la mère affectée d'un Locked-in Syndrome, les dédoublements de personnalité, qui frappent l'héroïne les membres de la famille, pour ce qui concerne les autres personnages, décédés dans des circonstances tragiques, on ne sait plus s'il reste un personnage un tant soit peu "crédible" dans cette aventure). Même dans une fractures.jpgsérie de l'été sur TF1, ils n'auraient pas osé. Thilliez, lui, ose sans scrupules, et pousse même la mystification jusqu'à inventer un véritable blog à son héroïne fictive, dont l'adresse figure à la fin du roman... A force de prendre son lecteur pour un imbécile, Thilliez va finir par perdre des admirateurs. Les personnages sont en outre caricaturaux au possible, hantés par leurs démons respectifs, inextricablement liés, d'une façon ou d'une autre, à la guérison de plus en plus illusoire de la jeune Alice, qui doit sans cesse affronter la trahison de ceux en qui elle avait placé toute sa confiance, à commencer par son père, loin d'être net depuis qu'il est revenu du Liban. Si l'on ajoute à cela qu'elle est de groupe sanguin Bombay, une anomalie qui ne touche que 0,01% de la population mondiale, on frise réellement le ridicule. Ne parlons même pas du style, plat, décousu, digne d'un mauvais script de feuilleton américain des années 80. Dommage, car une fois de plus, Thilliez avait une bonne intrigue de départ, avec une exploitation intéressante du dédoublement de personnalité et une immersion dans l'univers psychiatrique, mais il ruine consciencieusement ce scénario original sur 360 pages, auxquelles il ajoute un dénouement interminable ET un épilogue de dix pages, comme s'il n'avait pas réussi à insérer dans l'histoire les éléments qui justifiaient ce dénouement pour le moins tiré par les cheveux. "Le maître du polar français" semble avoir encore bien des choses à apprendre, ou alors, c'est que le polar français, justement, est en bien piteux état.

2 étoiles

La critique d'un autre roman de Thilliez, guère meilleur que celui-ci :

L'anneau de Moebius, de Franck Thilliez

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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 14:13

L'histoire débute à Boston, dans le vieux quartier de Scollay Square, menacé de destruction imminente par une équipe d'urbanistes en furie obsédés par le profit et la rentabilité. C'est là qu'on découvre Firmin, un rat pas tout à fait comme les autres : né d'une mère obèse et alcoolique, au milieu d'une fratrie de rustauds qui l'empêchent de participer à la tétée quotidienne, il est obligé, pour survivre, de dévorer les pages du livre qui leur sert de litière. Ironie du sort, c'est aussi comme cela qu'il apprend à lire, et à préférer la compagnie des livres à celle de ses congénères. Ses seules distractions se résument vite à lire tout son saoul, et à passer des soirées entières dans le petit cinéma du quartier, qui présente en outre l'avantage de diffuser des films érotiques à partir de minuit, pour la plus grande joie du rongeur, un peu lubrique sur les bords. Peu à peu, la famille se disperse, et Firmin se retrouve seul dans la librairie où il a vu le jour. Enfin, pas tout à fait seul : il y a aussi Norman, le libraire sympathique dont Firmin aimerait bien se faire un ami, avec qui il aurait des discussions interminables sur Joyce, Balzac ou Faulkner... Oui mais voilà, le jour où Norman aperçoit par hasard le reflet de Firmin, penché au-dessus de lui, dans sa tasse de café, il ne réagit pas tout à fait comme le rongeur l'aurait espéré : le voilà qui sème de la mort-aux-rats dans toute sa boutique. Firmin, désespéré, trahi, humilié, quitte donc son refuge pour atterrir, après quelques péripéties, dans l'appartement d'un vieil écrivain de science-fiction marginal, qui sera peut-être le seul à pouvoir le sauver de son désespoir existentiel...

Voilà un roman bien prometteur, qui évoque immédiatement Ratatouille, ce film adorable où un gentil rat devenait un véritable cuisinier. Mais la comparaison s'arrête vite là : Firmin est tout, sauf attachant et mignon ; laid, bavard, prétentieux, imbu de son érudition, il méprise ses congénères autant que les hommes semblent le mépriser. Avec un conte anthropomorphique exaltant la solidarité et la tolérance, sur fond d'hommage aux valeurs de la littérature, Sam Savage signe ici son premier roman (à 65 ans passés, cofirminmme quoi on peut vraiment découvrir sa vocation sur le tard) mais ne parvient pas à tenir la distance. Certaines réflexions, notamment sur l'exclusion, la peur de l'étranger, l'amitié (sans parler de cette magnifique ouverture sur les incipit de roman, avec un bel effet de mise en abyme qui n'est malheureusement pas réitéré dans la suite du roman) sont habilement menées, sans dogmatisme ni manichéisme de mauvais aloi, mais l'humour, même noir, qui aurait pu faire de ce roman un bon livre, fait cruellement défaut, les réflexions amères du rat sur l'humanité ou la littérature deviennent de plus en plus agaçantes et péremptoires, et malgré quelques jolies formules ou trouvailles lexicales, l'ensemble reste plat, voire carrément lourd, et le petit rongeur intello et pervers (en dépit de son titre, ce livre n'est absolument pas à conseiller aux enfants, ne serait-ce que pour les passages où Firmin évoque son désir incestueux pour sa soeur à la croupe visiblement bien rebondie) ne parvient pas à susciter l'enthousiasme du lecteur, ni même sa sympathie. La littérature passe en outre trop souvent au second plan, cédant la place aux aventures somme toute assez peu palpitantes de Firmin face aux hommes, ou encore à la vague de destruction du quartier, qui se désagrège peu à peu au fil des pages, de même que l'intérêt du lecteur va décroissant de chapitre en chapitre. Le petit grignoteur de livres aurait mieux fait de ne jamais écrire son autobiographie, la littérature ne s'en serait finalement que mieux portée.   2,5 étoiles

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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 23:29

Alors tout jeune homme, Jacques Lacarrière, étudiant de lettres classiques à la Sorbonne, entreprend trois voyages en Grèce, dans les années 50. Membre d'une troupe de théâtre amateur venue jouer pour l'école française d'Athènes les plus grandes pièces du répertoire tragique grec, il découvre bien des lieux antiques qui ont fait la renommée de la Grèce à travers le monde et les siècles : le théâtre d'Epidaure, Athènes, Sparte, Corinthe, Mycènes... Mais très vite, il se lasse de ces ruines pourtant chargées d'histoire et décide de mener son propre voyage, à la rencontre de ce peuple qui le fascine et l'intrigue. Il s'arrête tout d'abord sur le mont Athos, qui abrite divers monastères et ermitages et dont l'accès est strictement interdit, aujourd'hui encore, à toute créature femelle. Les rencontres qu'il y fait, entre moines paillards aux penchants homosexuels et ermites désintéressés au vrai cheminement spirituel, le marquent à jamais, et il poursuit sa route à travers le pays, privilégiant les régions des « marges », et notamment les îles : la Crète, bien sûr, et les palais de Knossos et de Phaestos, pas encore remis au goût du jour par les guides touristiques, puis les Cyclades, et même de minuscules îlots oubliés de tous, Patmos, Sérifos, Psara, Chios... Il y rencontre des pêcheurs, bien sûr, mais aussi des paysans, des moines, des instituteurs, qui, tous, ont quelque chose à lui apprendre de la Grèce et de la vie. C'est alors, bien plus qu'un simple voyage touristique, un véritable apprentissage, à la découverte d'un pays dont les écrivains, depuis près de trois mille ans, ont chanté -et à juste titre- les louanges... 


Si vous avez projeté d'aller passer quelques jours en Grèce cet été, jetez tous vos guides touristiques modernes, et ne prenez que celui-ci ! Un journal de bord pas tout à fait comme les autres, émai llé de nombreuses citations, extraites des oeuvres de Thucydide ou d'Hérodote, mais aussi de Séféris (dont Lacarrière fut le premier -et sans doute le meilleur- traducteur) ou de Prévélakis, et illustré, du moins dans sa versioété grecn brochée, de photographies variées, dont la plupart ont été prises par l'auteur lui-même, ainsi que de quelques croquis. Une véritable mine d'information pour tout helléniste ou tout amoureux de la Grèce, car Lacarrière nous livre ici l'envers du décor : non les sempiternelles images d'Athènes ou du Péloponnèse (malheureuseme nt souvent en flammes ces dernières années), mais des témoignages d'une valeur inestimable, empreints d'une sagesse et d'une générosité qui semble tout à fait propre à ces gens délaissés par les médias et par leur propre Etat : paysans, pêcheurs, moines, femmes aussi... Ce sont pourtant eux qui sont, en quelque sorte, dépositaires de l'âme même de la Grèce, et que leurs paroles savent si bien retranscrire au jeune auteur encore peu familier, du moins dans les premiers temps, de cet idiome si particulier, si différent et en même temps si proche du grec ancien qu'il a pu étudier sur les bancs de la Sorbonne. Lacarrière semble avoir voulu donner, pour une fois, la parole aux gens du silence, à ceux qui ne s'expriment que par quelques phrases, mais qui, pourtant, détiennent bien plus de poésie et de sincérité que les belles périodes ampoulées des Athéniens... Avec Lacarrière, c'est tout un pays que l'on (re)découvre, avec un plaisir non dissimulé, et en compagnie d'un des meilleurs guides qui soient, et qui fait son apprentissage en même temps que le nôtre. « Il y a des livres qu'on lit en voyage, et d'autres qui font voyager », comme disait l'autre. Celui-ci fait incontestablement partie de la seconde catégorie, et se déguste lentement, se savoure, pour retrouver ces petits moments de bonheur qui font tout le charme et la poésie de cet ouvrage malheureusement trop méconnu. 4 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 20:22

Venise, 1882. Le docteur Joseph Breuer, brillant médecin viennois et maître de Sigmund Freud, en vacances avec son épouse Mathilde, est abordé par une étonnante jeune femme d'origine Russe, qui se présente comme étant LouSalomé, et le prie de rencontrer son ami Friedrich Nietzsche, encore inconnu du grand public, mais qui traverse une profonde crise de désespoir : outre ses positions philosophiques extrêmes, qui lui ont valu son renvoi de l'université, assorti d'une maigre pension, ses relations houleuses avec Lou Salomé et le philosophe Paul Rée, avec qui il a formé une sorte de "ménage à trois", l'ont complètement anéanti. Le problème : Nietzsche refuse d'admettre que le mal qui le frappe, et qui se manifeste par de violentes migraines, des nausées ou encore des insomnies, puisse être lié à un mal intérieur, psychologique. Plus difficile encore, il doit absolument ignorer que son traitement a pour origine l'intervention de Lou Salomé auprès du Dr Breuer, au risque de refuser de poursuivre la cure. Breuer doit donc imaginer une toute nouvelle méthode de traitement, fondée sur la célèbre "cure par la parole", qui marque le début de la psychanalyse, mais dans un style complètement différent des habituelles séances d'hypnose ou de mesmérisme. Pour parvenir à soigner malgré lui le philosophe génial à l'ego surdimensionné, Breuer imagine un stratagème déconcertant : devenir le patient de Nietzsche en feignant une crise de désespoir similaire à celle du philosophe. Sous les yeux sceptiques du jeune Freud, Breuer et Nietzsche bouleversent les relations entre patient et médecin, à tel point que la cure se transforme en véritable partie d'échecs, où tous les coups sont permis, mais où l'on ne sait plus vraiment, finalement, qui soigne qui...


Quelle finesse, quelle subtilité, quel bonheur ! Ecrit par un ancien psychiatre reconverti dans les best-sellers (et pour une fois, ce succès est largement mérité), ce roman qui mêle habilement psychologie et philosophie, sans jamais être didactique ni ennuyeux, nous permet d'entrevoir les débuts de la psychanalyse, quitte parfois à tricher un peu sur les événements (mais l'auteur, par honnêteté, reconnaît ses "modifications" à la fin du livre), et nous donne à voir deux hommes malmenés par la vie, excellant l'un et l'autre dans leur domaine, mais en plein doute existentiel, et qui vont, malgré eux, se soigner mutuellement. L'idée de base était brillante, et aucune fausse note ne vient assombrir ce joli scénario : l'écriture est simple, sans aucun jargon, fluide, précise, élégante, nietzschel'intrigue conserve une véritable part de suspense jusqu'au bout, et les deux personnages principaux sont parfaitement campés, l'un en médecin vieillissant, hanté par le démon de midi, inquiet devant la montée de l'antisémitisme au sein de la haute société viennoise, l'autre en philosophe incompris, prophète maudit, né un siècle trop tôt, bouleversé par un chagrin d'amour, marqué par l'absence de reconnaissance du public ; les thèmes principaux, le couple, la mort, la fuite du temps, sont abordés avec talent et tout en subtilité... Le titre peut faire peur, de même que le souvenir de Nietzsche risque de raviver des souvenirs de cours de philo pas toujours agréables, et pourtant, on ne s'ennuie jamais, au contraire, ce roman est véritablement passionnant. On assiste avec délices à cette partie d'échecs de haut niveau qui se déroule sous nos yeux, entre le patient qui ne veut pas se faire soigner et le médecin qui joue les patients, mais qui finit par se laisser prendre à son propre piège... Le tout est émaillé d'extraits de la correspondance de Nietzsche et de citations de ses ouvrages, notamment Ainsi parlait Zarathoustra, ce qui en fait un roman extrêmement documenté et rigoureux, et qui donnera certainement à plus d'un lecteur l'envie de se replonger dans l'oeuvre, certes difficile, mais extraordinaire, de Nietzsche... et permettra à d'autres de découvrir que l'impératif catégorique "Deviens qui tu es" n'est pas l'apanage des studios Disney avec le Roi Lion, mais était en fait le credo d'un des plus grands philosophes de l'Histoire de la pensée.  4,5 étoiles

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