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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 12:04
Il y a longtemps, très longtemps, lorsque les dieux régnaient encore sur le monde, l'or pur reposait au fond du Rhin, gardé par les filles d'Odin. Mais l'une d'elles, Sieglinde, séduite par un mortel, laissa l'ignoble Fafnir s'en emparer en maudissant l'amour et accéder à la puissance absolue. Elle s'enfuit avec son amant mais tous deux meurent d'épuisement et de froid, puisque Odin a retiré à sa fille traîtresse son immortalité. Toutefois, l'enfant qu'elle avait mis au monde est recueilli par un Nibelung, Mime, le forgeron, qui l'élève dans une sombre au forêt, dans l'espoir de le voir un jour combattre Fafnir changé en dragon et ainsi récupérer l'anneau. De son côté, Brünhild, l'une des Walkyries, fille d'Odin, consulte la vieille sorcière Volva, détentrice de la sagesse et capable de lire dans le passé comme dans l'avenir, afin de savoir si Siegfried sera capable de vaincre Fafnir et rétablir la puissance divine, prête à combattre à sa place en cas d'échec du fragile mortel, qui ignore encore tout du destin auquel il est appelé. Dans le deuxième tome, Siegfried, en quête de ses origines et résolu à vaincre Fafnir, parcourt le monde, accompagné de son fidèle Mime, plus égoïste et caractériel que jamais. Mais les géants et les sorcières commencent à se révolter contre la suprématie des dieux, et leur voyage sera loin d'être de tout repos...

Avec une intrigue librement inspirée de la célèbre Tétralogie de Wagner, Alex Alice nous transporte au coeur de la siegfriedmythologie scandinave, dans une histoire complexe qui mêle hommes et dieux, dans une lutte à mort pour le pouvoir contre les forces du mal incarnées par Fafnir. Les dessins et les couleurs sont sublimes, l'intrigue haletante, la poésie omniprésente, avec une pointe d'humour, surtout dans le deuxième volume, où les ressorts comiques sont subtilement dosés (notamment dans la relation ambivalente, mélange de tendresse et de haine, qui unit Siegfried à son père adoptif Mime) et apportent un nouveau souffle à la tonalité tragique qui prédomine dans le reste de l'oeuvre. Si le premier tome pouvait sembler un peu obscur, dans la mesure où certains passages semblaient dénués de lien avec le reste de l'histoire, le second appo
walkyrie.jpgrte de nombreuses explications et approfondit le portrait de Brünhild, la Walkyrie prête à tout, y compris à perdre son immortalité pour aider son père à conserver sa prééminence sur le monde des hommes. Pour tous ceux qui, comme moi, n'avaient pas ouvert une bande-dessinée depuis Astérix ou Tintin, Siegfried fait figure de petite révolution, dont chaque page provoque un véritable émerveillement. Les graphismes sont d'une précision époustouflante et pourtant à aucun moment Alex Alice ne sacrifie les dialogues et l'intrigue au travail consacré au dessin, ce qui nous donne une superbe complémentarité entre textes et images. Un univers prenant, des personnages attachants ou inquiétants, des dialogues ciselés, des dessins magnifiques, en un mot un chef-d'oeuvre, alors vivement le troisième volume !
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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 18:32
Nous sommes en 1891. Alors que le monde entier le croit mort et enterré suite à son ultime duel contre le Professeur Moriarty, aux chutes de Reichenbach, Sherlock Holmes décide de retrouver l'anonymat en allant vivre à Paris, où il se fait professeur de violon, bien loin des enquêtes criminelles qui lui pèsent. Lorsqu'il apprend que le prestigieux Opéra de Paris recrute un violoniste, il se présente et se fait aussitôt engager par Gaston Leroux, le chef d'orchestre. Mais il découvre très vite que l'Opéra Garnier est le théâtre de mystérieux événements, liés à une étrange créature que l'on surnomme "Le Fantôme de l'Opéra". Les accidents se multiplient, et Sherlock Holmes, chargé de protéger une jeune soprano, Christine Daaé, n'entend pas se laisser impressionner par ce fantôme de pacotille qui s'amuse à réclamer une rente ou à perturber les représentations lorsque le casting ne lui convient pas. Le voilà lancé dans une véritable chasse à l'homme qui le conduira de l'Opéra au Père-Lachaise, mais sans son fidèle Watson, qui lui aussi pleure sa disparition à Londres.

Il fallait un certain culot pour oser s'attaquer à deux mythes littéraires aussi impressionnants que Sherlock Holmes et le Fantôme de l'Opéra, et du talent pour parvenir à les mêler sans les trahir. Du culot, certes, Meyer en a à revendre, mais pour ce qui est du talent, c'est déjà plus difficile à affirmer. D'accord, il connaît parfaitement l'univers holmesien, et les chapitres qui prennent place dans la résidence secondaire du détective, au coeur du Sussex (eh oui, Baker Streetfantome.jpg ne semble plus avoir ses faveurs), sont cohérents et parviennent à renouer avec les récits de Conan Doyle. Mais toute la partie censée se dérouler à Paris est affligeante de médiocrité, avec un Holmes réduit à n'être que le jouet d'un Fantôme plus malin que lui. Parlons-en, justement, du Fantôme. Ni effrayant, ni attachant, ni intéressant, voilà une double trahison, à la fois de l'oeuvre de Leroux et de la comédie musicale d'Andrew Lloyd Weber. Les personnages secondaires sont complètement vides et inintéressants au possible, entre une Christine qui n'est plus qu'une jeune fille aveuglée par sa naïveté, un Raoul de Chagny encore plus agaçant que d'habitude, mou du genou, vicomte de carnaval et poltron, Mme Giry qui n'est que l'ombre d'elle-même, les directeurs qui se bornent à accuser Holmes d'être lui-même le Fantôme... Gaston Leroux doit faire des saut périlleux dans sa tombe rien que d'y penser, surtout que Nicholas Meyer a eu la délicatesse de lui témoigner son profond respect (et sa profonde gratitude, puisque grâce à lui il a pu s'épargner la peine d'avoir à trouver une intrigue correcte) en faisant de lui le chef d'orchestre de l'Opéra... Ne nous attardons pas sur le style, digne d'un script de téléfilm, ni sur l'intrigue si ténue qu'elle tiendrait sans problème sur un timbre-poste. Le tout est d'une légèreté exaspérante, là où l'on attendrait une tonalité sombre et oppressante, et même la confrontation finale entre les deux héros est convenue, trop brève et nous conduit à un dénouement parfaitement grotesque et même, comme diraient certains, complètement capillo-tracté. En bref, si vous vous intéressez de près ou de loin à Sherlock Holmes et/ou au Fantôme de l'Opéra, lisez plutôt les versions originales, et priez pour que Nicholas Meyer renonce enfin à son "métier" d'écrivain !
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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 09:34
Pénélope Jolicoeur a une vie bien difficile : entre sa mère envahissante, son copain qui ne l'écoute pas, ses vêtements qui décident de rétrécir dans la nuit, ses nombreux problèmes domestiques, sapenelope.jpg réticence évidente à se mettre au sport, les files d'attente au supermarché, à la banque, à l'ANPE, les complexes... Ce n'est pas simple tous les jours ! Mais heureusement, il lui reste ses amies amatrices de commérage en tout genre, les séries télé, les soldes, son chat, et les macarons ! Bridget Jones n'a plus qu'à bien se tenir, Pénélope Bagieu vous fait découvrir la vie d'une jeune femme ordinaire aux tracas ordinaires et pourtant extraordinaires et surtout, complètement déjantée. A travers ces illustrations du quotidien, découvrez l'univers loufoque de Pénélope Bagieu et appréciez ce bref moment de détente !


Un livre véritablement hilarant, où chaque lectrice se reconnaîtra nécessairement à un moment ou à un autre, tant ces tranches de vie, reflets de nos petits trac1.jpgas quotidiens, sont bien croquées ! Un titre évocateur, quelques phrases de monologue ou de dialogue, un décor à peine esquissé, une attitude, suffisent à rendre compte de tant de situations familières... Les adeptes du blog de cette illustratrice de talent, à l'auto-dérision surprenante, pourraien3.pngt être un peu déçus par le manque de planches inédites, et ceux qui apprécient déjà son travail trouveront certainement cette bande dessinée beaucoup trop courte (il est vrai qu'elle se lit en quelques minutes à peine). Toutefois, on passe un excellent moment, on rit à chaque page ( gare à ceux qui le liront dans les transports en commun, ils risquent fort de se faire remarquer, voire de se faire emprunter le livre) et on s'attache tout de suite à l'inénarrable Pénélope, cette héroïne irrésistible,  haute en couleurs et si proche de nous. Un cadeau sympathique à faire à ses amies, et qui rappellera à certaines les déboires, les déconvenues et4.jpg les aventures de Georgia Nicholson (mais, heureusement, en plus mature et moins agaçante), pour ne citer qu'elle. Alors, bien sûr, c'est superficiel, c'est futile, c'est convenu, ce n'est pas très bien dessiné... Mais tout de même , qu'est-ce que c'est drôle ! Juste pour le plaisir, pour vous donner le sourire et surtout, vous donner envie de la découvrir dans son intégralité, quelques exemples de planches tirées de la bande-dessinée.
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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 10:33
Jonathan Harker, jeune clerc de notaire anglais, arrive dans les Carpates au terme d'un éprouvant voyage, laissant derrière lui sa fiancée, Mina. Le comte Dracula, son hôte, a tout prévu pour le recevoir. Mais lorsque, après une courte nuit dans une étrange auberge, Jonathan découvre le château de son hôte, il ne peut s'empêcher de ressentir une étrange impression de malaise, qui grandit avec les jours et les découvertes successives : le comte ne se nourrit jamais, il dort le jour et vit la nuit, ne se reflète pas dans les miroirs... Et si Jonathan était en fait prisonnier d'une créature diabolique ? Quelques mois plus tard, en Angleterre, la jeune Mina voit son amie Lucy, prête à se marier, dépérir, victime d'une mystérieuse langueur... Pourquoi ces deux traces rouges sur son cou ? Et ces inquiétantes crises de somnambulisme ? Heureusement, Mina peut compter sur ses amis, Arthur Holmwood, le futur époux de Lucy, le docteur Seward, qui dirige un asile d'aliénés, Quincey Morris, un charmant texan prêt à donner sa vie pour la jeune fille, et, bien entendu, le professeur Van Helsing, spécialiste des sciences occultes... Aidés de Jonathan, qui finit par s'échapper miraculeusement du château de Dracula, ils vont tous s'allier pour combattre l'invisible sur son propre terrain, dans une lutte contre le plus célèbre, mais aussi le plus dangereux, des non-morts.

On a tout dit, tout lu, tout entendu au sujet de Dracula, et bien souvent ces informations étaient erronées. Il était temps de revenir à la source du mythe avec ce long roman  épistolaire entrecroisant journaux intimes, télégrammes, lettres et coupures de presse, ce qui permet à Bram Stoker de jouer sur l'alternance des points de vue pour mieux surprendre et faire frissonner son lecteur. Le personnage de Dracula, qui n'a, paradoxalement, jamais la parole dans le roman, est fascinant, mélange complexe d'Eros et de Thanatos (n'oublions pas que cette oeuvre a été composée à l'époque des débuts de la psychanalyse, et le rôle du Dr Seward est à ce titre significatif), redoutable mais en même tem
dracula.jpgps tellement vulnérable lorsque Van Helsing et ses amis se mettent en tête de le vaincre... Bien loin des vampires modernes végétariens, en lutte contre les lycanthropes ou intégrés à la société contemporaine, Dracula incarne le Mal absolu, l'âme éternellement damnée, et même si l'on peut trouver que cet aspect manichéen du roman a quelque peu vieilli, le talent littéraire indéniable de Bram Stoker permet au lecteur de s'attacher aux héros, bien campés et très intéressants, chacun dans son genre. Certes, on peut lui reprocher quelques longueurs par moments, mais pour autant l'angoisse ne faiblit jamais, surtout dans la première moitié du roman. Sans aller jusqu'à l'interprétation psychanalytique, ce livre, archétype du roman fantastique, présente de nombreux niveaux de lecture et suscite un profond enthousiasme. En bref, un roman palpitant, au style indémodable, à l'intrigue prenante,  sulfureuse et terrifiante, maintes fois plagié mais jamais égalé, qui ravira de nombreux lecteurs. Pour les amateurs de cinéma, parmi les nombreuses adaptations dont ce roman a fait l'objet, celle de Coppola est sans conteste la plus fidèle et la plus proche du ton du livre (et assurément celle qui présente le casting le plus alléchant !), même si l'on peut trouver que la fascination amoureuse de Mina pour Dracula n'était vraiment pas nécessaire. Sans conteste, le meilleur roman sur les vampires jamais écrit.
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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 10:28
Hans-Thomas est un petit garçon ordinaire, qui vit à Arendal, dans le Sud de la Norvège, avec son père "fils de Boche", comme on appelle ceux qui sont nés de père allemand pendant l'occupation du pays, et qui présente la particularité de collectionner les Jokers des jeux de cartes. Sa mère, Anita, est partie lorsqu'il avait 4 ans, car elle voulait "savoir qui elle était". Un jour, par hasard, Hans-Thomas et son père retrouvent sa trace : elle aurait changé de nom et serait devenue mannequin en Grèce. Ils décident d'aller la retrouver pour la convaincre de revenir, et ils se lancent dans un road-trip à travers l'Europe. Mais au détour d'une station service suisse, Hans-Thomas rencontre un étrange nain qui lui remet un petit morceau de verre et les envoie dans un drôle de village du nom de Dorf, où le jeune garçon reçoit du boulanger trois brioches. Or, dans la plus grosse d'entre elles, Hans-Thomas découvre un livre minuscule, qu'il parvient à lire grâce au morceau de verre-loupe que le nain lui a donné. Mais d'ailleurs, comment ce nain pouvait-il savoir qu'il en aurait besoin ? Et cette histoire racontée dans le livre, celle d'un marin échoué sur une île déserte peuplée de cartes à jouer, n'est-ce qu'une pure fiction ? Toutes ces ressemblances entre le livre et la vie du petit garçon ne sauraient être fortuites...

Premier livre du célèbre écrivain norvégien, ce roman entrecroise deux histoires, celle du héros et celle de l'île, qui vont se peu à peu se rapprocher jusqu'à se confondre. A la fois quête de l'identité, quête de la mère et quête de la vérité, ce roman initiatique est assez original : chaque "chapitre" porte le nom d'une carte à jouer, regroupées par famille, le Joker mystere-patience.jpgoccupant une place centrale. A la manière de Lewis Caroll, Jostein Gaarder nous emmène dans un monde parallèle et onirique, où derrière les apparences de conte merveilleux se cachent de véritables réflexions philosophiques, notamment sur l'importance de conserver en toute circonstance un esprit critique, sur le sens de la vie et l'existence ou non d'un destin. De plus, le héros, ce petit garçon au nom si compliqué, est très attachant, et porte sur le monde un regard dénué de préjugés, ce que nous avons peut-être trop tendance à oublier de faire en grandissant... Lui seul peut encore voir la magie qui se cache derrière chaque rencontre, et son père, enfermé dans son alcoolisme et sa collection de cartes à jouer, n'y prête pour sa part aucune attention, mais n'est jamais antipathique, car l'amour sans limite qu'il porte à sa femme lui confère une humanité appréciable et le rend fort touchant. Encore une fois, Gaarder prouve à ceux qui en douteraient encore, déçus peut-être par Le Monde de Sophie, qu'il est un grand auteur, capable d'écrire un conte philosophique extraordinaire, suscitant à chaque page l'émerveillement des lecteurs, petits et grands, car ce roman, comme Alice au Pays des merveilles, présente plusieurs niveaux de lecture, ce qui n'est pas sa moindre qualité. Jamais dogmatique, jamais simpliste non plus, Jostein Gaarder nous fait réfléchir et nous enchante par ses trouvailles, notamment l'allégorie de l'île enchantée, régie par les lois de la patience (jeu de cartes voisin du "solitaire"), qui est bien plus proche de notre monde actuel que nous ne pourrions le croire. En somme, un roman d'une grande beauté, plein de poésie et de profondeur, qui sous ses apparences de conte de fée cache en réalité une oeuvre véritablement philosophique et intelligente.
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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 12:34
Voici le journal tenu par une jeune gouvernante anglaise, placée dans une paisible demeure bourgeoise de l'Angleterre victorienne. La jeune femme a été engagée, d'une manière pour le moins originale il faut le dire, pour veiller sur deux orphelins adorables, Flora et Miles, dans cette grande maison isolée, où même les domestiques semblent se fondre dans le décor tant leur présence est imperceptible. Cependant, la jeune femme remarque que le comportement des deux enfants est de plus en plus étrange, et elle-même assiste à de mystérieuses apparitions, dont celle, récurrente, d'un ancien serviteur de la maison, Peter Quint, qui entretenait une liaison assez spéciale avec la précédente gouvernante, Miss Jessel. Cela ne serait pas aussi terrifiant si les deux domestiques en question n'étaient pas morts tous les deux, dans d'étranges circonstances, avant l'arrivée de l'héroïne. D'autant qu'à présent, ils ne se contentent plus de se manifester auprès de la nouvelle gouvernante, mais ils semblent exercer sur les enfants une influence maléfique, quasi démoniaque...

Voici une histoire de fantômes comme on n'en fait plus ! Un cour roman mené tambour battant par un maître de l'épouvante, qui distille habilement les éléments d'inquiétante étrangeté... L'écriture sous forme de journal ajoute à cette tonalité de mystère et de fantastique, car tout est vu du point de vue de l'héroïne, qui semble bien dépassée par les événements. Chaque p
tour-d-ecrou.jpgaragraphe nous fait hésiter entre deux interprétations, caractéristique essentielle du fantastique défini par Todorov : tout cela est-il bien réel, ou la gouvernante, victime d'une espèce de folie hallucinée, invente-t-elle ces histoires de fantômes ? Et cette hésitation est si nette que les critiques n'ont cessé de s'opposer, entre tenants d'une interprétation freudienne de l'oeuvre, qui considèrent que toute cette histoire de fantômes n'existe que dans l'esprit de l'héroïne, et ceux qui la défendent becs et ongles, en s'appuyant sur la description extrêmement précise et parfaitement correcte qu'elle donne de Quint la première fois qu'elle dit l'avoir vu. Et même si l'on penche pour la thèse de la folie chez l'héroïne, l'attitude des enfants paraît pour le moins effrayante, puisqu'ils semblent communiquer avec les deux serviteurs disparus et pourtant refusent de le reconnaître lorsqu'on les interroge, faisant porter tous les soupçons d'aliénation sur leur gouvernante... Chef d'oeuvre du genre gothique si bien représenté par les écrivains anglo-saxons, ce roman vous hantera longtemps, par son style noble, son intrigue, originale, et son dénouement, rapide, inattendu et apportant somme toute bien peu de réponses aux interrogations soulevées précédemment, mais c'est précisément ce qui fait toute sa qualité.
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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 09:38
Retour à Belleville quelques mois après les événements tragiques qui ont endeuillé le Magasin (voir Au bonheur des ogres). Benjamin Malaussène travaille à présent comme Bouc Emissaire dans une maison d'édition, chez la Reine Zabo, comme il surnomme affectueusement cette charmante virago. Il file toujours le parfait amour avec tante Julia, qui maintenant a droit à sa véritable identité, Julie Corrençon, et assume toujours son rôle de frère de famille. Mais depuis quelques temps, un nouveau problème a envahi le quartier : les personnes âgées se mettent à la drogue dure, approvisionnées par un mystérieux réseau de dealers. N'écoutant que son grand coeur, Malaussène décide d'héberger quelques-uns de ces papys junkies, dont Risson, le voeux libraire antisémite du Magasin. Comme si cela ne suffisait pas, la police se retrouve aussi aux prises avec un égorgeur de vieilles dames et une mamie qui transforme la tête d'un policier en fleur avec sa carabine... Et bizarrement, tous les soupçons se portent sur Malaussène qui a le malheur de fréquenter d'un peu trop près le 3e âge de Belleville... Bouc Emissaire un jour, Bouc Emissaire toujours !

Quel bonheur de retrouver toute la tribu Malaussène ! Ils sont toujours aussi déjantés, les enfants toujours aussi précoces, les adultes toujours aussi amoureux, la mère toujours aussi enceinte, le chien toujours aussi épileptique... Cette fois Pennac nous fait aussi voir l'envers du décor, du côté des pfee.jpgoliciers qui enquêtent sur ces différentes affaires, et notamment le jeune inspecteur Pastor, un peu trop pistonné pour être honnête, l'inquiétant commissaire Coudrier, le divisionnaire Cercaire, ainsi que Van Thian, qui se déguise en mémé vietnamienne, la veuve Hô, espérant mettre la main sur l'égorgeur en jouant, avec un succès relatif, les appâts pour meurtriers en cavale. Pennac manie l'argot des quartiers "populaires" comme il respire, et construit son intrigue policière sur un système contrapuntique très original et convaincant. Ses personnages, complexes et attachants, invitent le lecteur à regarder au-delà des apparences... Bien sûr, tout cela donne un résultat complètement loufoque et rocambolesque, parfois invraisemblable, mais ce n'est pas ce qui compte quand on lit Pennac. De quiproquos en malentendus, c'est tout une aventure qui se met en place, avec une série de révélations finales qui fait froid dans le dos... Et sous la plume de Pennac, apparaît tout un univers, celui de Belleville, si cher à l'auteur, avec sa diversité, autant sociale qu'ethnique (on y retrouve pratiquement la population des cinq continents, toutes les classes, toutes les générations, des bambins aux seniors). On peut avoir parfois l'impression de se perdre dans les dédales des intrigues secondaires, mais grâce à l'habileté de l'auteur, on retombe toujours sur ses pattes quelques pages plus loin, presque content de s'être laissé distancer l'espace d'un ou deux chapitres... Une chose est sûre, on ne s'ennuie jamais, et l'on attend avec impatience de lire le troisième volume de la saga !
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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 10:53
La première chronique narrait l'installation de notre Somptueux Leader à la tête de l'Etat ; la deuxième racontait l'arrivée de la comtesse Bruni dans la vie du Prince ; la troisième se fera un plaisir de vous faire découvrir la troisième année du règne de notre Virevoltant Souverain, marquée, bien entendu, par la fameuse Crise, et par l'arrivée au pouvoir, outre-Atlantique, d'un certain M. Obama, qui fit si grande impression sur notre Sautillant Monarque que sa vie et sa façon de gouverner s'en trouvèrent changées à jamais. Durant cette année, Nicolas Ier prit aussi la direction de la Confédération des Etats d'Europe, et se montra particulièrement époustouflant lorsque le Tzar Poutine décida d'envahir la Géorgie, qui ne lui avait pourtant rien fait. Et que dire de ces visites à la rencontre du peuple, dans des usines fermées pour l'occasion, avec des rencontres d'ouvriers triés sur le volet et soigneusement mises en scène ? Bien sûr, tout n'est pas rose dans la vie de notre Egotiste Majesté : les contestations populaires augmentent, les Etats voisins se rient de lui, M. Obama lui-même ne lui prête aucune attention, malgré tous ses efforts, les colonies se révoltent... Heureusement, le duc de Guaino, ses albums de Tintin (auxquels se résume sa connaissance de la politique internationale) sous le bras, veille au grain...

chronique-copie-1.jpgEnfin, la parution de ce troisième opus des aventures de Nicolas Ier au pays des ploucs ! Il était temps. Quelle joie de retrouver le verbe haut et délibérément satirique de Patrick Rambaud, ses analyses toujours fines et argumentées, ses personnages hauts en couleurs (ne manquez pas une nouvelle description du Duc de Kouchner et de ses sacs de riz, ainsi que celle de la Comtesse Dati qui affiche un sourire photogénique même lorsqu'elle visite une prison où un jeune détenu s'est suicidé...) et son style irréprochable, toujours dans la lignée des grands moralistes du XVIIe ! Un ouvrage que l'on dévore le sourire aux lèvres, même si c'est un sourire un peu désabusé, tant Rambaud voit juste dans les travers du Souverain... Le propos de l'auteur est d'ailleurs encore plus percutant grâce à cette absence de virulence explicite, d'antinicolisme primaire, comme il le dit si bien, précisément parce qu'il a choisi de se concilier le lecteur par un éclat de rire complice. On ne regrette qu'une chose, c'est que ces chroniques ne soient pas hebdomadaires, tant elles apportent un regard ironique et décalé sur les absurdités de la politique actuelle (Rambaud n'épargne personne et n'est pas tendre non plus à l'égard de la Duchesse des Charentes et du Duc de Francfort Cohn-Bendit). Bien sûr, ce ne sont pas des livres que l'on prendra plaisir à relire dans dix ou vingt ans, mais c'est aussi ce qui fait leur force, puisque aujourd'hui nul ne parle plus du scandale que fut en son temps le train de vie du Château, des phrases malheureuses concernant Zapatero ou Merkel, de l'affront fait à la Reine d'Angleterre que Nicolas avait oubliée d'inviter à la commémoration du Débarquement, tant il était obnubilé par Obama... A lire d'urgence, tant que les événements sont encore frais dans notre mémoire, car Rambaud se contente parfois de simples allusions, afin de pouvoir goûter au mieux la saveur de ce pamphlet jubilatoire !
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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 15:46
Paris, milieu du XIXe siècle. Quelques mois plus tôt, le corps sans vie du célèbre poète Gérard de Nerval a été retrouvé, pendu à un soupirail de la rue de la Vieille-Lanterne, près du Châtelet. Le préfet de police ainsi que les autorités ont conclu à un suicide eu égard au passé psychologique assez trouble de l'homme de lettres, qui aurait décidé de mettre fin à ses jours dans un moment de désespoir et/ou d'exaltation mystique, lui qui était sujet aux deux. Mais certains de ses amis, notamment un ancien ministre de Napoléon III, penchent pour la thèse d'un assassinat et entendent bien élucider ce mystère. Ils confient donc l'enquête au chevalier Dupin (le héros de Double Assassinat dans la Rue Morgue) et à son acolyte Randolf Carter, qui vont se pencher sur une sombre affaire de sociétés secrètes, de complots, d'occultisme et de "double", guidés par une momie égyptienne, un daguerréotype, un corbeau solitaire et quelques lettres, dans une affaire qui va les conduire à s'interroger également sur les morts suspectes d'Edgar Allan Poe, compatriote et idole de Carter, et d'un certain M. Laurent, dont le cadavre a été ironiquement déposé dans le caveau même de Nerval (profanation ou rituel symbolique ?). Une grande enquête en perspective pour les deux compères...

Quelle déception ! Une quatrième de couverture prometteuse, un récit sous forme d'hommage aux deux grands écrivains dupin.jpgque sont, chacun dans leur genre, Poe et Nerval, un enquêteur sympathique et célèbre, et puis... rien. Ou du moins, pas grand chose. Les personnages sont épouvantablement creux (Carter n'étant que le faire-valoir de Dupin, une sorte de Watson au carré, et ne parlons pas des personnages secondaires, comme Alexandre Dumas, tout simplement risible), les dialogues convenus, rien n'est développée correctement (mais c'était difficile de le faire en 115 pages...), ni l'intrigue, grotesque (pauvre Nerval qui doit faire des sauts périlleux dans sa modeste tombe, avec ou sans le fameux M. Laurent), ni les situations, ni les relations entre personnages, ni le temps du récit... Sans parler de ce ridicule avertissement d'éditeur en début de roman, qui nous replonge en plein dix-huitième siècle en essayant paradoxalement d'authentifier ce récit ironiquement signé "Charles Beau de l'Ers"... Il serait temps de prévenir l'auteur que depuis Montesquieu ou Laclos, les temps ont changé, les pactes de lecture (explicites ou non) aussi, sans parler de l'évolution de la critique littéraire. Même le ton fantastique du dénouement, d'ailleurs expédié en trois pages, n'est pas à la hauteur de Théophile Gautier ou de Nerval lui-même. Seul le style général de l'oeuvre, dans la lignée d'Edgar Allan Poe, est un tant soit peu digne d'intérêt, soutenu et recherché. Mais si vous vous attendiez à apprendre des choses sur Nerval ou Poe, passez votre chemin, ou alors, faites comme l'auteur, consultez leur page Wikipédia, au moins vous aurez économisé 6 euros et quelques heures de votre temps.
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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 11:11
L'histoire se passe sur les bords de Marne, durant la Grande Guerre, côté civil. Le héros, un adolescent très intelligent, bien fait de sa personne et à la morgue inégalable, profite (honteusement, diront certains) de ces quatre ans de "vacances" pour découvrir, au sortir d'un ennui profond, l'amour et la vie. Il fait ainsi la connaissance de Marthe, jeune et jolie bourgeoise, de trois ans son aînée, et mariée à un officier parti au front. Très vite, une idylle aussi passionnée qu'immorale s'installe entre eux, et peu à peu le scandale s'étend : leurs amis respectifs, sur les conseils de leur entourage, cessent de les fréquenter, les voisins ne les saluent plus, leurs familles commencent à avoir des soupçons, même Jacques, le mari cocufié, s'étonne de l'attitude glaciale de sa femme à son égard... Mais rien ne peut séparer ces deux amants "libertins" qui ont, comme on dit, le "diable au corps", surtout pas cette annonce imprévue qui va bousculer leur jeunesse et leur vie : Marthe est enceinte...

diable.jpgRoman sulfureux à l'époque de sa parution, Le diable au corps a beaucoup perdu de son côté licencieux, mais il n'en demeure pas moins une véritable attaque contre le sacro-saint statut des poilus, si bien défendu par Dorgelès. Car le choix du métier de Jacques n'est pas anodin : la liaison de Marthe et du héros est d'autant plus scandaleuse qu'elle ridiculise un homme parti se battre pour sauver sa patrie... Assez proche du Grand Meaulnes pour le thème du roman d'apprentissage (ce dernier se faisant par une femme plus âgée, comme ce fut souvent le cas chez Stendhal ou Rousseau, pour ne citer qu'eux), il s'en distingue toutefois par le ton de confession, tout en lucidité et en sincérité, employé par le narrateur, à tel point que certains y ont vu une autobiographie de Radiguet lui-même. En effet, le héros analyse avec une grande finesse ses sentiments pour Marthe et pour sa famille, mais aussi ses réactions, ses pensées et ses paroles, nous exposant avec une franchise désarmante son égoïsme qui le pousse par exemple, dans une scène rappelant Les liaisons dangereuses, à dicter à Marthe une lettre d'amour pour Jacques, qu'il prendrait presque en pitié. Le style est parfois un peu lourd, accumulant à chaque page des participes présents à valeur causale, qui rappellent les rédaction d'un collégien, mais la justesse de l'expression des sentiments rattrape ces maladresses. Les personnages secondaires sont plutôt intéressants mais peut-être pas assez développés (d'autant que le roman compte moins de 150 pages...) ; on aurait souhaité connaître davantage la psychologie de Jacques, réduit au rang de mari trompé, ou de Mme Grangier, la mère de Marthe, qui devine, la première, la liaison malsaine de sa fille avec le lycéen qu'est le héros. Enfin, le dénouement est un peu trop brusque et assez convenu, même s'il insiste, avec brio, sur la tragédie que fut cette guerre, tant du côté militaire que du côté civil ; en somme, il n'y eut que des victimes.
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