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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 18:23
Trois femmes retrouvées mortes chez elle, apparemment décédées d'une banale attaque cérébrale. Mais en réalité, leur mort n'est pas accidentelle : elle a été provoquée par une thrombose de l'artère basilaire, dans la nuque, qui a entraîné l'asphyxie du cerveau et la mort. Mais la quatrième victime, Alison Willetts, n'a pas eu la chance d'en arriver là : elle gît à l'hôpital, comme un légume, atteinte d'un locked-in syndrome (syndrome d'enfermement en français), mais parfaitement consciente, ce qui est peut-être le pire. Au sein de la police londonienne, l'inspecteur Thorne, chargé de l'enquête, se convainc (trop?) rapidement de la culpabilité d'un jeune anesthésiste un peu trop sûr de lui. Bientôt, cette certitude tourne à l'obsession, et l'enquête vire à la faute professionnelle par harcèlement. De son côté, le Dr Anne Coburn a trouvé le moyen de communiquer avec Alison : un battement de cil pour oui, deux pour non. Et si Alison parvenait, avec ce moyen, un peu amélioré, à donner le nom de son agresseur ?

Sur une excellente idée de départ (traiter du locked-in syndrome, certes devenu à la mode depuis Le Scaphandre et le Papillon, mais encore trop mal connu du grand public), Mark Billingham a réussi à écrire un roman insipide et déplorable. Le début est assez plaisant, avec ce qu'il faut de mystère et de suspense, servi par l'alternance des instances narratives au sein d'un même chapitre (l'inspecteur, le meurtrier, le Dr Coburn...). Mais ce procédé tourne rapidement court et devient terriblement agaçant, d'autant plus que le personnage principal du livre, Thorne, ne fait rien pour être sympathique au lecteur : alcoolique, suffisant, égoïste, se prenant pour le justicier des jeunes femmes décédées (dont il entend les appels à l'aide dans sa tête, rien ne nous sera épargné !), hanté par une autre enquête, vieille de quinze ans, que l'auteur consent  enfin à nous révéler en entier au bout de quatre cents pages. Un peu trop de démons pour être crédible, et surtout pour être attachant. Ajoutons à cela un style effroyable, tout en facilités et en clichés sur les milieux hospitalier et policier (sans parler de la psychologie de bas étage, que l'auteur semble pourtant vouloir éviter). Le seul personnage à sauver serait celui d'Alison, dont les interventions, en fin de chapitre, sont pleines d'un humour caustique et d'autodérision bienvenus après vingt-cinq pages d'enquête lassante. Parlons-en, de l'enquête : sans dévoiler la fin, on peut dire que Thorne passe quatre cents cinquante pages à courir après son anesthésiste, pour déboucher sur un dénouement en eau de boudin, c'est le cas de le dire (ceux qui ont lu/liront le roman comprendront). Seul l'épilogue se révèle intéressant et émouvant, quoiqu'assez prévisible, somme toute. En bref, un roman que je ne conseillerais pas, malgré les louanges de la presse, tant on s'y ennuie, tant son héros est antipathique et tant l'écriture en est mauvaise !
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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 20:07
Dans un petit village de Mayenne, une maison aux volets fermés, murée dans son silence : Ker Ael. Vue de l'extérieure, elle semble abandonnée. Pourtant, Etienne et Fauvette y vivent encore, d'une certaine manière. Et puis il y a, nuit et jour, les sept amis qui leur rendent visite :  le Bosco, ancien marin qui tient le café du village, le petit frère d'Etienne ; Madeleine, qui vient mettre le couvert et fleurir le salon ; Berthevin, qui allume toutes les lumières ; Blancheterre, le professeur de sciences naturelles qui vient y lire des poèmes à voix haute ; Ivan, l'ancien cheminot, qui ouvre les fenêtres ; Léo, qui traverse tout le village, marchant à côté de son vélo, et qui fait sonner la cloche de l'entrée pour prévenir de son arrivée ; enfin, Paradis, qui remonte la petite horloge suisse. Cette histoire, c'est l'histoire d'une promesse faite à Etienne et Fauvette, il y a bien longtemps, pour qu'ils vivent un peu plus que la vie. Mais un jour, ils décident d'arrêter les visites. Parce que le temps a passé, dix mois depuis la mort d'Etienne et Fauvette le 21 novembre. Parce qu'il y a la lassitude. Parce que là-haut, dans le grenier, la petite veilleuse attend deux âmes qui lui ont été promises...

   Un curieux rituel pour un curieux roman. Pas un énième livre sur la difficulté du travail de deuil., mais un roman subtil, toute en légèreté et en poésie, qui réécrit la langue par des images, des expressions inédites qui vont droit au coeur du lecteur. Un mystère vite dissipé, ne serait-ce que par la quatrième de couverture qui révèle un peu trop rapidement la vérité sur la situation d'Etienne et de Fauvette. Mais ce n'est pas là l'intérêt. Chalandon écrit une histoire d'amour, celle d'un couple qui a vécu sa mort presque main dans la main ; une histoire d'amitié, celle qui lie les deux amants aux sept autres, plus jeunes, depuis leur enfance et depuis ces séances de lecture où Etienne leur racontait les histoires de Milon de Crotone ou de la veilleuse qui emprisonne les âmes des mourants, entre mythologie grecque et légendes bretonnes. C'est aussi une histoire de fraternité, entre sept êtres tous marqués, d'une façon ou d'une autre, par la vie, et qui se retrouvent pour accomplir tous ensemble leur dernier rituel, avant de dire adieu à Etienne et Fauvette. Une histoire de solidarité, une histoire de deuil, une histoire qui attriste et qui réconforte en même temps. Émaillé de très beaux poèmes, tel ce texte attribué à Charles Péguy, "La mort n'est rien...". En bref, un magnifique roman, porté par une écriture sensible et juste, tout en finesse, émouvant sans être pathétique, apaisant et superbe.
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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 11:17
Avec Jacques, héros du roman, engagé volontaire comme l'auteur, Roland Dorgelès, plongez dans le quotidien de la Grande Guerre. Au coeur des tranchées, entre les attaques, les bombardements (alliés ou ennemis, quelle différence ? même les artilleurs français tirent souvent sur les poilus en première ligne) incessants, les moments de repos à l'arrière, les conversations entre camarades, les disputes, le froid, la boue, la pluie, les blessures au corps et au coeur, les lettres de la femme aimée, souvent de plus en plus distantes, jusqu'au silence de l'oubli. Dorgelès, lui, se souvient, prête à ses personnages les noms, les voix, les anecdotes de ses anciens camarades tombés au combat. Demachy, Sulphart, Broucke, Bouilloux, Bréval, Vairon, Lemoine et tant d'autres encore. Chacun a sa manière propre de parler, de l'argot au langage policé en passant par le délicieux ch'timi de Broucke, et Dorgelès tente de nous faire vivre à travers ses différents parlers la vie bouillonnante des tranchées, faite de peur et de résignation, bien sûr, mais aussi de joie, de sourires, de franche camaraderie et d'amitié sincère entre ceux qu'un seul et même destin attend : finir le long d'une route, sous une simple croix de bois.

Ce roman paru dès 1919 avait pour ambition de livrer au public la vérité sur la guerre, celle que les journaux ne disaient pas, celle que les civils refusaient d'entendre de la bouche des rares poilus revenus du front. Cette vérité, bien sûr, n'est pas agréable à entendre. On y lit le désespoir et l'horreur de la guerre, cette boucherie humaine qui confond dans un même destin Allemands et Français, paysans et ouvriers, prêtres et brancardiers. Le style de Dorgelès se fait tantôt épique lorsqu'il s'agit de décrire les vagues d'assaut, tantôt burlesque lorsqu'il évoque les conversations entre poilus, tantôt pathétique en nous donnant à voir les derniers instants d'un camarade entouré des "copains" en larmes, tantôt poétique avec le motif récurrent des croix de bois alignées partout, dans les villages, le long des chemins, près des rivières, dans les cimetières improvisés... A chaque page on découvre un peu plus l'horreur de ce désastre, et l'on frissonne pour cette escouade de soldats qui se réduit de chapitre en chapitre. Certes, Dorgelès a choisi de ne donner aucune date dans son récit, peut-être pour atteindre à l'universalité. Car ce n'est pas tant cette guerre particulière qui est décrite ici, que la Guerre et les guerres en général, toutes aussi destructrices et meurtrières. Un grand roman qui, à l'instar du chef-d'oeuvre d'Erich Maria Remarque, A l'Ouest rien de nouveau, nous répète que malgré les années il ne faut pas oublier ces soldats morts pour la France, loin de tout patriotisme consensuel, loin du "devoir de mémoire" devenu "de bon ton" aujourd'hui, simplement parce que ces gens avaient aussi une famille, une femme, des enfants, un emploi, des rêves et des ambitions, brisés nets par la guerre qui n'épargne rien ni personne. A lire et à faire lire au plus grand nombre.
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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 10:53
Victor Marchal, jeune lieutenant de police avignonnais propulsé à Paris (pistonné, disent ses collègues), se retrouve dès sa première enquête confronté à la face la plus sombre de son métier : une ex-star du porno torturée à mort, le corps criblé de dizaines d'aiguilles, et devant elle une mise en scène macabre de dix-huit poupées, dont une volontairement mutilée... Cet assassinat le conduira sur la piste des devotees, ou acrotomophiles, ces gens qui fantasment sur les personnes amputées ou handicapées, au coeur du monde des déviants sexuels et des monstres de la nature.
De son côté, Stéphane Kismet, producteur d'effets spéciaux d'un genre un peu particulier pour le cinéma, est hanté depuis sa plus tendre enfance par des images prémonitoires, des sortes de visions, mais cette fois elles semblent liées par une indéchiffrable logique, qu'il lui faudra pourtant percer à jour.
Leurs destins finissent par se croiser, et après quelques malentendus, ils vont coopérer dans leur lutte contre cet assassin monstrueux qui inflige les pires souffrances à ses victimes et laisse derrière lui une obsédante odeur de cadavre. Le flic bleu d'un côté, qui va tout apprendre du métier, le marginal aux rêves prémonitoires de l'autre, un duo de choc pour une enquête qui se déroule paradoxalement dans le passé, le présent et le futur...


Certes, les romans de Franck Thilliez ne sont jamais d'une simplicité manifeste. Mais de là à nous faire voyager en permanence du monde des rêves à la réalité, du passé au futur (d'ailleurs, les petits noms revisités Stépas et Stéfur sont d'un ridicule accompli), il fallait quand même oser. Cela risque d'en lasser plus d'un ! Ajoutons à cela une intrigue qui commence plutôt bien, mais qui finit en queue de poisson avec un dénouement ultra décevant, un épilogue complètement aberrant qu'on croirait copié sur Destination Finale (mais les films sont drôles, alors que Thilliez est juste pitoyable), un essai mathématico-physique pour nous expliquer la valeur de nos actes passés sur l'avenir en ayant recours au paradoxe du chat de Schrödinger et à l'anneau de Moebius... On dirait que Thilliez a voulu faire tenir en six cents pages toutes ses connaissances, dans des domaines divers et variés : cinéma d'horreur, musique, sciences, médecine, psychologie, comportements déviants... Rien ne nous sera épargné, pas même son goût lassant pour le macabre et le gore, à croire que c'est Thilliez lui-même qui se complait dans ce monde de déviants qu'il voudrait dénoncer. Le tout est porté par une écriture trop américaine (dans le mauvais sens du terme, bien sûr), artificielle (on se croirait dans un épisode des Experts), et lourde à souhait par moments, même si le rythme global du livre reste (trop ?) rapide. En bref, si vous aimez les thrillers mathématico-oniriques avec un goût marqué pour le sordide, allez-y, sinon passez votre chemin et relisez plutôt un bon petit Agatha Christie ou un Simenon !
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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 11:22
Rafael est un pauvre type, illetré, alcoolique, père de trois enfants, sans travail ni avenir. Il vit dans une sorte de bidonville coincé entre une décharge publique et une autoroute, avec sa femme, le reste de sa famille, et une communauté d'autres marginaux. Il n'a aucune chance de s'en sortir, et même la ferraille que la communauté récupère à la décharge et revend ne suffit pas à faire vivre tout le monde. Mais un jour, le destin semble lui sourire : un producteur de cinéma lui propose de l'engager. Mais ce producteur n'est pas tout à fait un homme ordinaire : il réalise des snuff movies, ces films un peu particuliers où la souffrance et la mort sont bien réelles, le tout pour exciter quelques déséquilibrés. Pour Rafael, c'est l'occasion de toucher, en un peu moins d'une heure de torture, trente mille dollars, plus qu'il ne pourra jamais en gagner dans toute sa vie, et donc l'occasion de sauver sa famille de la misère. Rafael accepte sans hésiter, et désormais c'est une course vers la mort qui commence pour lui : il lui reste trois jours à vivre, et personne autour de lui ne sait à quoi il s'est engagé...

A la lecture de la quatrième de couverture, on craint le pire. Cette appréhension est renforcée par l'avertissement de l'auteur sur le "célèbre" chapitre c, où le producteur véreux décrit par le menu tous les sévices qu'il compte faire subir à Rafael dans son film. Heureusement, Mcdonald n'est pas Poppy-Z Brite, et il n'a pas décidé de nous faire un deuxième Le corps exquis. Son roman ne tombe pas dans le gore, au contraire, il vise à donner une certaine dignité à cet homme au bord du gouffre, qui n'a plus que sa vie à offrir pour espérer offrir une meilleure situation à ceux qu'il aime. C'est un livre extrêmement dérangeant, bien sûr, à lire d'une seule traite. Car Mcdonald n'a peut-être pas choisi de nous faire vivre le tournage du snuff movie, mais il met en scène une autre violence, bien plus insoutenable celle-là : celle de la misère sociale, du désespoir, de l'alcoolisme qui touche toute la communauté de Rafael, des enfants aux vieillards. Ils sont malades, analphabètes, vivent sans eau ni électricité, et n'ont aucune chance de voir leur situation changer, ou alors seulement en pire. On s'attache presque malgré soi au héros, à sa naïveté touchante lorsqu'il signe avec McCarthy (le producteur) un simulacre de contrat, ou lorsqu'il rapporte à sa femme une dinde surgelée, elle qui n'a même pas de gazinière pour la faire cuire. Le roman donne toute sa force au sacrifice que Rafael s'apprête à faire, par une construction irréprochable qui nous conduit inéluctablement vers l'issue fatale, en compagnie du pauvre personnage. Mais l'écriture de Mcdonald réussit toutefois à éviter tout pathos inutile, il n'est pas question pour lui d'arracher des larmes à son lecteur, mais il veut simplement montrer la réalité d'une partie de l'Amérique d'aujourd'hui, qui vit dans une misère noire au vu et au su de tous. Un style dépouillé, et qui pourtant ne laisse pas insensible à l'histoire tragique de Rafael. C'est un roman dont la lecture vous marquera sans doute pour longtemps, tant il est violent et poignant, et dont le dénouement n'apporte aucune réponse claire, nous laissant douter des intentions du producteur, qui ne donnera peut-être jamais les trente mille dollars promis après la mort de Rafael. Pour ceux qui préfèrent la version DVD, il a été adapté au cinéma sous le titre The Brave, de et avec Johnny Depp. En bref, un roman à lire de toute urgence, pour sa qualité, sa force, et surtout la leçon d'espoir et de générosité qu'il donne, en dépit des apparences.
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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 12:10
A l'occasion de ses soixante ans, Roland de D., professeur allemand de philologie, reçoit de la part de ses étudiants un livre hommage contenant l'intégralité de sa production, articles, ouvrages, discours. Mais il y manque pourtant un point essentiel, l'événement qui lui a donné l'envie de se lancer dans la recherche et l'enseignement, la rencontre fondatrice dont il garde le secret enfoui en lui-même : cette rencontre, c'est celle d'un professeur qui a suscité chez lui enthousiasme et admiration. Roland entreprend alors de rédiger le compte-rendu ce sa jeunesse pour, en quelque sorte, pallier ce manque dans ce livre qui retrace toute sa carrière universitaire : de ses excès de jeunesse dans les bouges berlinois à son attachement exalté pour son professeur, avec lequel il noue peu à peu et sans s'en apercevoir une relation ambiguë, faite d'émulation intellectuelle, d'admiration et de passion. A l'époque, encore tout jeune homme, il ne se rendait pas compte du tour que prenait leur rencontres, jusqu'au jour où le vieil homme finit par lui confier un brûlant secret...

  Un roman envoûtant sur les relations à la fois intellectuelles, amicales et amoureuses d'un élève et de son professeur, écrit tout en finesse et en poésie. Le style est magnifique d'un bout à l'autre (et la traduction excellente), Zweig a une excellente compréhension de la psychologie de ses personnages, le héros est attachant dans sa naïveté et son enthousiasme juvéniles... Bien sûr, il y a relativement peu de suspense dans cette oeuvre, puisque le lecteur peut deviner dès les premières pages (et dès la quatrième de couverture, d'ailleurs) l'issue du roman, la révélation finale, mais ce n'est pas tant l'intrigue qui importe que la façon dont elle est menée, avec de grands moments d'introspection et une relation faite d'attirance et de répulsion entre deux personnages plus proches qu'on ne pourrait le croire de prime abord. Zweig excelle à nous montrer cette relation naissante qui finit par dépasser les deux hommes, relation qui s'appuie également sur un troisième personnage, la femme du professeur, qui reporte sur Roland l'affection qu'elle ne peut plus donner à son époux, puisque ce dernier passe son temps à la fuir et vit avec elle dans un mariage de convention, destiné à détourner les soupçons de la société... L'auteur parvient d'ailleurs à livrer une remarquable analyse de celle-ci, qui rejette avec mépris et dégoût ce qui lui paraît contre-nature, transformant le héros et son professeur en marginaux conspués par tous. Un chef-d'oeuvre de l'écrivain autrichien qui, une fois de plus et quel que soit le sujet auquel il s'attaque, ne nous déçoit pas. A lire absolument !
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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 22:20
Un homme se réveille un matin, désorienté, dans une chambre inconnue. Sur le bureau, une série de portraits en noir et blanc, deux manuscrit, un carnet et un stylo. Mais cet homme, qui sera appelé Mr Blank jusqu'à la fin du récit, ne sait même plus qui il est. Il ne sait pas non plus s'il est enfermé dans cette chambre ou non, et pourquoi. Et qui est cette Anna, qui lui parle d'un traitement et de comprimés à prendre, et en même temps d'amour et de promesses ? Qui sont tous ces gens qui viennent lui rendre visite et lui reprochent de les avoir envoyés dans de mystérieuses et dangereuses missions, aux quatre coins du monde ? Et d'ailleurs, dans quel monde vit-il ? Pourquoi la fenêtre aux volets clos est-elle condamnée ? Depuis combien de temps est-il dans cette chambre ? Pourquoi est-il pris de vertiges, de nausées et de tremblements ? Et surtout, pourquoi n'arrive-t-il à se souvenir de rien ?

Un roman aux confins du fantastique et de la science fiction, qui s'attache au thème de l'inquiétante étrangeté où s'enracine l'oeuvre littéraire de Paul Auster. Ce dernier signe ici un excellent roman et nous livre une variation originale sur la relation du romancier et de ses personnages, qu'il parvient à mettre en parallèle avec une interrogation sur les responsabilités de l'Amérique contemporaine face à l'Histoire. Roman magistralement construit, qui nous place dans un univers mystérieux aux côtés d'un personnage affecté d'amnésie, entre autres troubles. La double réflexion est menée si subtilement qu'elle passe inaperçue au début, mettant peu à peu l'auteur face à ses responsabilités et l'Amérique moderne face à ses propres contradictions, elle qui n'a pas hésité à faire la guerre sous couvert d'humanisme ou de légitime défense. La mise en abyme du manuscrit est très bien réalisée, surtout lorsque Mr Blank entreprend, dans la seconde partie, de continuer sous nos yeux l'histoire inachevée... Le dénouement est superbement amené, les personnages intrigants, le style agréable, avec des pointes d'humour (notamment sur la vieillesse) remarquables. Un livre qui donne envie de s'attaquer à la Trilogie new-yorkaise du même auteur, rien que pour retrouver ce mystère et ce jeu sur les différents niveaux de lecture. Une belle découverte !
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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 10:22
Le 17 janvier 1995, un terrible tremblement de terre survient à Kobe, faisant plus de six mille morts, et bouleversant des millions de gens à travers le monde. Les personnages de ce recueil de nouvelles ne sont pas des victimes directes du séisme, mais tous en subissent néanmoins les conséquences : la femme de Kamura décide de le quitter sans un mot, après avoir passé cinq jours prostrée devant la télévision à contempler les images de la catastrophe ; la petite Sara ne cesse de faire des cauchemars mettant en scène un Bonhomme Tremblement de Terre ; Yoshiya, l'enfant de Dieu qui a perdu la foi, décide de retrouver son vrai père, avant de renoncer... Autant de destins croisés unis par le lien indirect du cataclysme. Chacun a sa façon de réagir au drame : imprévisible, touchante, burlesque... Mais tous prennent conscience d'un changement majeur qui affectera leur vie pour toujours, comme si la catastrophe de Kobe n'était qu'un écho des séismes intérieurs de chacun...

Six nouvelles aussi bouleversantes les unes que les autres, écrites avec talent par celui que la critique considère comme un futur lauréat du Nobel de littérature. Murakami choisit de ne pas parler des victimes directement touchées par le séisme, car tout a déjà été dit, et de toute façon les mots sont incapables de décrire une telle catastrophe. Avec le parti pris original de nous montrer les conséquences du séisme sur des gens vivant à des centaines de kilomètres de Kobe, il évite tout pathos inutile et parvient à ciseler de véritables petits bijoux d'émotion, sans aucun dogmatisme, sans caricature. Certains lui reprochent de manquer de style, mais je trouve que c'est précisément par cette sobriété toute japonaise que Murakami parvient à nous livrer sans poncif ses personnages et ses histoires. Un joli recueil sur la quête de soi, à lire pour le plaisir de découvrir ce maître de la littérature japonaise, et pour les réflexions philosophiques et psychologiques sous-jacentes dans chaque nouvelle. Dépaysement garanti !

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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 12:22
Suite à une agression dans le métro par un groupe de jeunes, Carl se retrouve dans le coma. Au bout de quelques jours, il se réveille et reprend une vie normale : il rend visite à un couple d'amis, retrouve sa compagne Catherine... Mais peu à peu le doute s'installe. Des fragments de conscience viennent le tourmenter, sans aucune logique apparente. Carl ne semble se souvenir de rien : ni de son travail, ni de sa famille, ni de sa vie avant l'agression. Qui est cette femme dans son lit ? Et tous ces gens, les rencontre-t-il vraiment, ou n'est-ce qu'une illusion ? Et s'il était, tout simplement, toujours dans le coma ?

Une idée de base assez originale, mais qui laisse place, au fur et à mesure de la lecture de ce roman, à une immense déception. A trop vouloir jouer dans la cour des grands, Alex Garland ennuie et irrite. Le personnage principal est assez vite lassant, le suspense du début s'évapore rapidement, et les passages qui rappellent l'écriture automatique chère aux surréalistes sont véritablement agaçants. Le lecteur cherche du début à la fin une cohérence interne à l'histoire, là où l'auteur essaye désespérément de livrer une écriture envoûtante et hallucinée... Si bien que c'est le lecteur qui finit dans le coma, tant le roman lui tombe des mains ! Pas grand chose à sauver donc, dans ce livre, ni l'intrigue, prévisible au bout du troisième chapitre, ni les personnages, inexpressifs et ternes à souhait, encore moins le style, plat et monotone, ni les illustrations, affreuses ! Une lecture qu'on m'avait pourtant conseillée... Comme quoi il faut toujours se méfier des libraires !

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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 16:24
Réédition du Journal d'Alix Cleo Roubaud, morte le 28 janvier 1983 à la suite d'une embolie pulmonaire. Ce journal, tenu de 1979 à 1983, quelques jours à peine avant sa mort, a été publié pour la première fois en 1984 par son mari, Jacques Roubaud, poète. Alix, atteinte d'asthme depuis l'enfance, née à Mexico, d'un père diplomate et d'une mère peintre. Marquée par son enfance en partie passée au Canada, elle était bilingue, et son journal est écrit en anglais et en français, comme si elle tentait d'apprivoiser ses émotions par le recours à la traduction, bien qu'il soit impossible de dire quelle version est la traduction de l'autre... Alix était photographe, et son Journal est enrichi de quelques-uns de ses clichés, livrés tels quels, souvent sans aucun commentaire, comme s'ils étaient plus parlants ainsi. Jour après jour, Alix tient le récit de ses névroses, de ses addictions (à son époux, aux somnifères, à l'alcool, aux cigarettes...), de ses tentatives de suicide, de ses projets de photo, de ses peurs et de ses espoirs.

   Une réédition qui arrive peut-être un peu tard (un an après le concours de l'ENS où Jacques Roubaud était au programme), mais quelle oeuvre ! On m'en avait dit beaucoup de bien, je ne peux que confirmer. Un récit bouleversant, en forme de marche vers la mort, porté par un style extrêmement original, qui rappellera des souvenirs à certains. Des thèmes qui reviennent comme autant d'obsessions qu'Alix essaye en vain de surmonter ou non : la photo, l'alcool, le rapport qu'elle entretient à son corps, sa dépendance aux somnifères, ses idées noires... Un Journal dédié à son époux, qui avait ordre de ne l'ouvrir qu'après sa mort. Certains verront sans doute une part d'exhibitionnisme dans ce procédé, pourtant l'écriture d'Alix sait souvent de faire pudique, même si dans ses photos, elle n'hésite pas à se mettre en scène de façon suggestive. Une oeuvre magistrale, méconnue mais incomparable. Alix transforme avec talent l'anecdote du quotidien (la prise de médicaments, la sortie au cinéma, le dîner entre amis) en une réflexion sur la vie et la mort, sur ses démons, sur son mariage. On ressort de la lecture de ce Journal déboussolé, un peu abattu, et avec l'intime conviction qu'Alix maniait malgré elle la poésie aussi bien que la photographie, alors même qu'elle se déniait tout talent poétique ("impossibilité d'écrire, mariée à un poète"). Une oeuvre qui bénéficiera également d'une comparaison avec le recueil de Jacques Roubaud intitulé Quelque chose noir, en référence à une série de treize clichés d'Alix nommés Si quelque chose noir. Si la lecture de ces poèmes tous dédiés à la femme aimée mais disparue peut s'avérer difficile, tant par l'écriture hermétique de Roubaud que par le choix du sujet, déprimant, en revanche sa lecture s'éclaire par la mise en parallèle du Journal d'Alix, évoquant parfois les mêmes anecdotes, les mêmes phrases, voire reprenant des
passages du Journal de sa femme. Si la lecture de ces deux ouvrages, qui en somme ne disent que l'amour qu'ils se portent l'un l'autre, malgré les nombreuses névroses et idées noires qui ne cessent de torturer Alix et lui font croire qu'elle ne mérite pas de vivre, si la lecture, dis-je, de ces deux oeuvres qui finalement pourraient n'en faire qu'une ne vous bouleverse pas, je ne sais pas ce qu'il vous faut. On avait rarement atteint au sublime de cette façon-là. Jacques et Alix ont, chacun à leur manière, l'une par l'écriture fragmentaire, l'autre par la poésie "mathématique" (les neuf sections de neuf poèmes de neuf vers chacun), réussi à évoquer la perte de l'être cher, l'amour ineffable qui peut unir deux êtres qui s'appartiennent l'un à l'autre et dont pourtant l'un doit lutter constamment contre ses parts d'ombre pour n'être pas rejeté vers la tentation de la mort, la difficulté de vivre en sachant qu'un jour on perdra ceux qu'on aime (et Alix en fait elle-même la douloureuse expérience avec le suicide de Jean Eustache, qui avait réalisé un film sur son travail de photographe, tandis que Jacques a perdu son frère très jeune). En un mot, et je m'arrêterai là, car je pourrais en parler pendant des heures, deux textes sublimes, à lire en parallèle ou non, l'un comme l'autre ayant une grande valeur littéraire pour et par eux-mêmes. Du côté d'Alix, on aura rarement mieux décrit les névroses d'une jeune femme torturée et peu sûre d'elle-même ; du côté de Jacques, on aura rarement mieux évoqué la douleur de l'absence, lorsqu'on a l'impression d'avoir perdu, avec la disparition de l'être aimé, une part de soi-même.
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