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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 12:22
Suite à une agression dans le métro par un groupe de jeunes, Carl se retrouve dans le coma. Au bout de quelques jours, il se réveille et reprend une vie normale : il rend visite à un couple d'amis, retrouve sa compagne Catherine... Mais peu à peu le doute s'installe. Des fragments de conscience viennent le tourmenter, sans aucune logique apparente. Carl ne semble se souvenir de rien : ni de son travail, ni de sa famille, ni de sa vie avant l'agression. Qui est cette femme dans son lit ? Et tous ces gens, les rencontre-t-il vraiment, ou n'est-ce qu'une illusion ? Et s'il était, tout simplement, toujours dans le coma ?

Une idée de base assez originale, mais qui laisse place, au fur et à mesure de la lecture de ce roman, à une immense déception. A trop vouloir jouer dans la cour des grands, Alex Garland ennuie et irrite. Le personnage principal est assez vite lassant, le suspense du début s'évapore rapidement, et les passages qui rappellent l'écriture automatique chère aux surréalistes sont véritablement agaçants. Le lecteur cherche du début à la fin une cohérence interne à l'histoire, là où l'auteur essaye désespérément de livrer une écriture envoûtante et hallucinée... Si bien que c'est le lecteur qui finit dans le coma, tant le roman lui tombe des mains ! Pas grand chose à sauver donc, dans ce livre, ni l'intrigue, prévisible au bout du troisième chapitre, ni les personnages, inexpressifs et ternes à souhait, encore moins le style, plat et monotone, ni les illustrations, affreuses ! Une lecture qu'on m'avait pourtant conseillée... Comme quoi il faut toujours se méfier des libraires !

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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 16:24
Réédition du Journal d'Alix Cleo Roubaud, morte le 28 janvier 1983 à la suite d'une embolie pulmonaire. Ce journal, tenu de 1979 à 1983, quelques jours à peine avant sa mort, a été publié pour la première fois en 1984 par son mari, Jacques Roubaud, poète. Alix, atteinte d'asthme depuis l'enfance, née à Mexico, d'un père diplomate et d'une mère peintre. Marquée par son enfance en partie passée au Canada, elle était bilingue, et son journal est écrit en anglais et en français, comme si elle tentait d'apprivoiser ses émotions par le recours à la traduction, bien qu'il soit impossible de dire quelle version est la traduction de l'autre... Alix était photographe, et son Journal est enrichi de quelques-uns de ses clichés, livrés tels quels, souvent sans aucun commentaire, comme s'ils étaient plus parlants ainsi. Jour après jour, Alix tient le récit de ses névroses, de ses addictions (à son époux, aux somnifères, à l'alcool, aux cigarettes...), de ses tentatives de suicide, de ses projets de photo, de ses peurs et de ses espoirs.

   Une réédition qui arrive peut-être un peu tard (un an après le concours de l'ENS où Jacques Roubaud était au programme), mais quelle oeuvre ! On m'en avait dit beaucoup de bien, je ne peux que confirmer. Un récit bouleversant, en forme de marche vers la mort, porté par un style extrêmement original, qui rappellera des souvenirs à certains. Des thèmes qui reviennent comme autant d'obsessions qu'Alix essaye en vain de surmonter ou non : la photo, l'alcool, le rapport qu'elle entretient à son corps, sa dépendance aux somnifères, ses idées noires... Un Journal dédié à son époux, qui avait ordre de ne l'ouvrir qu'après sa mort. Certains verront sans doute une part d'exhibitionnisme dans ce procédé, pourtant l'écriture d'Alix sait souvent de faire pudique, même si dans ses photos, elle n'hésite pas à se mettre en scène de façon suggestive. Une oeuvre magistrale, méconnue mais incomparable. Alix transforme avec talent l'anecdote du quotidien (la prise de médicaments, la sortie au cinéma, le dîner entre amis) en une réflexion sur la vie et la mort, sur ses démons, sur son mariage. On ressort de la lecture de ce Journal déboussolé, un peu abattu, et avec l'intime conviction qu'Alix maniait malgré elle la poésie aussi bien que la photographie, alors même qu'elle se déniait tout talent poétique ("impossibilité d'écrire, mariée à un poète"). Une oeuvre qui bénéficiera également d'une comparaison avec le recueil de Jacques Roubaud intitulé Quelque chose noir, en référence à une série de treize clichés d'Alix nommés Si quelque chose noir. Si la lecture de ces poèmes tous dédiés à la femme aimée mais disparue peut s'avérer difficile, tant par l'écriture hermétique de Roubaud que par le choix du sujet, déprimant, en revanche sa lecture s'éclaire par la mise en parallèle du Journal d'Alix, évoquant parfois les mêmes anecdotes, les mêmes phrases, voire reprenant des
passages du Journal de sa femme. Si la lecture de ces deux ouvrages, qui en somme ne disent que l'amour qu'ils se portent l'un l'autre, malgré les nombreuses névroses et idées noires qui ne cessent de torturer Alix et lui font croire qu'elle ne mérite pas de vivre, si la lecture, dis-je, de ces deux oeuvres qui finalement pourraient n'en faire qu'une ne vous bouleverse pas, je ne sais pas ce qu'il vous faut. On avait rarement atteint au sublime de cette façon-là. Jacques et Alix ont, chacun à leur manière, l'une par l'écriture fragmentaire, l'autre par la poésie "mathématique" (les neuf sections de neuf poèmes de neuf vers chacun), réussi à évoquer la perte de l'être cher, l'amour ineffable qui peut unir deux êtres qui s'appartiennent l'un à l'autre et dont pourtant l'un doit lutter constamment contre ses parts d'ombre pour n'être pas rejeté vers la tentation de la mort, la difficulté de vivre en sachant qu'un jour on perdra ceux qu'on aime (et Alix en fait elle-même la douloureuse expérience avec le suicide de Jean Eustache, qui avait réalisé un film sur son travail de photographe, tandis que Jacques a perdu son frère très jeune). En un mot, et je m'arrêterai là, car je pourrais en parler pendant des heures, deux textes sublimes, à lire en parallèle ou non, l'un comme l'autre ayant une grande valeur littéraire pour et par eux-mêmes. Du côté d'Alix, on aura rarement mieux décrit les névroses d'une jeune femme torturée et peu sûre d'elle-même ; du côté de Jacques, on aura rarement mieux évoqué la douleur de l'absence, lorsqu'on a l'impression d'avoir perdu, avec la disparition de l'être aimé, une part de soi-même.
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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 21:26
Julie de Hauranne est une jeune actrice franco-portugaise qui se trouve à Lisbonne pour tourner un film adapté des Lettres portugaises de Guilleragues. Ce roman épistolaire raconte la passion dévorante d'une religieuse pour un officier qui l'a séduite puis abandonnée. Elle y fait diverses rencontres, le réalisateur du film (à mi-chemin entre Dali et Noël Mamère), l'autre acteur du film dans le film (interprété par Adrien Michaux), un orphelin, un vieil aristocrate érudit et suicidaire, un amant potentiel... Mais surtout, elle est fascinée par une religieuse qui passe toutes ses nuits à prier dans la petite chapelle Nossa Senhora do Monte. Alors que ses précédentes rencontres paraissaient dépourvues de sens et d'intérêt, la discussion qu'elle va finalement avoir avec la religieuse, Irma Joana, va lui permettre de donner enfin un sens à sa vie et à prendre en main son destin.

Dire que le cinéma d'Eugène Green est un cinéma prétentieux et élitiste serait une lapalissade. Son goût prononcé pour les liaisons bien à propos (eh oui, il y a un "t" à la fin de "nuit" et de "maintenant") et pour un jeu d'acteurs déroutant (les acteurs ont l'air de réciter leur texte face à une caméra, sans aucune intonation ni émotion vraisemblables) en agacera rapidement plus d'un. Citons également son attachements aux plans bressonniens, sur les pieds et les mains de ses acteurs... Malgré tous ces défauts, qui ne contribuent certes pas à rendre le film accessible à tous (en témoignent les nombreux rires incrédules des quinze spectateurs présents à la séance), La Religieuse Portugaise se révèle finalement touchant, poétique et sensible. A vrai dire, les 20 dernières minutes sauvent l'ensemble du film (qui dure tout de même deux bonnes heures, on vous aura prévenu !). Porté par un dénouement magistral et extrêmement émouvant, ce film vous marquera sans aucun doute, en bien ou en mal, mais en tout cas, il ne vous laissera pas indifférent. Mention spéciale à Adrien Michaux pour son charisme et sa prestance, ainsi qu'à Mozos Francisco, qui interprète le petit Vasco et à Ana Moreira, la religieuse (sans doute les deux seuls acteurs autorisé à jouer "vrai"). A voir pour la fin, donc, mais aussi pour la musique, avec quatre thèmes de fado somptueusement interprétés.

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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 12:12
Oran, dans les années 1940. Le docteur Rieux, personnage principal du roman, découvre que la ville est touchée par une terrible épidémie de peste. Devant l'ampleur des dégats et le nombre de contaminations, les autorités sont contraintes de prendre des mesures drastiques et placent la ville en quarantaine : nul n'y entre, nul n'en sort. Mais Rieux, malgré toute sa bonne volonté, se retrouve vite impuissant à lutter contre la maladie. Il décide de lutter néanmoins, aux côtés de Rambert, un journaliste parisien séparé de sa compagne, qui ne désire qu'une seule chose, fuir, mais aussi avec l'aide du père Paneloux, qui voit en la maladie un châtiment divin, et de Grand, un employé de mairie qui concentre toute son activité sur l'écriture d'un livre dont il remanie sans cesse la première phrase. Il y a aussi Tarrou, qui lui n'a foi qu'en l'Homme, et qui propose son aide désintéressée à Rieux, faisant preuve d'un grand courage et d'un grand coeur. Ensemble, ils vont devoir affronter l'épidémie et l'injustice qu'elle comporte, la mort, le désespoir, et trouveront dans leur amitié mutuelle de quoi résister chaque jour, sans céder à l'abattement qui gagne les autres habitants d'Oran...


Un roman à lire comme une parabole de l'occupation nazie en France, avec des "héros" (si tant est qu'on puisse utiliser ce terme pour évoquer les personnages de Camus) en résistants au régime de Vichy et toute une réflexion, menée habilement et sans dogmatisme, sur l'absurdité des comportements humains face à l'arbitraire et l'horreur dont fait montre le régime nazi. Un chef d'oeuvre absolu, au style souple et frappant.Un hymne au courage et à le grandeur d'âme, porté par des personnages au caractère rigoureusement défini, cohérents, et tout simplement bouleversants, chacun avec ses propres failles et contradictions (Rieux doit en même temps lutter contre la tuberculose qui ronge sa femme, placée dans un sanatorium, Grand doit accepter de n'être qu'un écrivain sans talent, Rambert doit surmonter la douleur de la séparation...). Un récit beaucoup plus abordable aussi que L'Etranger (autre chef d'oeuvre de Camus, bien sûr, mais d'une lecture parfois ardue) ou que Le Premier Homme, porté par une écriture extrêmement vivante. On ne ressort pas indemne d'une lecture telle que celle-ci. Un grand classique qui mérite d'innombrables relectures, chacune apportant de nouveaux éléments de compréhension, à un niveau symbolique ou historique. Pour moi, l'un des meilleurs romans français du XXe siècle.
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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 14:46
L'histoire prend place dans un château de la lointaine Styrie, au XIXe siècle. Laure est une jeune fille élevée par son père, qui possède tout ce dont elle pourrait rêver, mais qui souffre d'un ennui maladif. Un jour, un attelage se renverse tout près du château, occupé par deux femmes, une jeune fille et sa mère. La jeune fille, malade et blessée, est recueillie par le père de Laure, tandis que la mère repart pour régler une importante affaire. Laure découvre alors en Carmilla une compagne idéale, à la fois ravissante et très intelligente. Mais une étrange maladie commence à se répandre dans la région, tandis que Laure devient victime d'une mystérieuse torpeur. L'amitié qui unit Laure et Carmilla se fait de jour en jour plus sensuelle, et alors que Laure s'affaiblit de jour en jour, Carmilla prend peu à peu un éclat particulier...

Un classique du fantastique "gothique", ayant inspiré plusieurs adaptations cinématographique (dont, peut-être, le célèbre Bal des Vampires de Polanski, sur un mode parodique). Une histoire de vampires doublée d'une métaphore de l'amour interdit entre deux jeunes filles, écrite avec grâce et talent par le maître irlandais de l'horreur. C'est aussi l'un des romans qui inspira le Dracula de Bram Stoker, la référence incontestable (le premier qui parle de Twilight....) en matière de vampires. Le personnage de Carmilla est construit avec finesse, usant habilement de psychologie pour mieux séduire ses proies et se rassasier. Le jeu amoureux entre les deux jeunes filles est subtilement évoqué, avec une Carmilla manipulatrice et séductrice à souhait, dont on se demande si finalement elle ne commence pas à ressentir elle-même l'attirance qu'elle a suscitée, se laissant pour ainsi dire prendre à son propre piège. Un sommet du genre, qui présente l'avantage de pouvoir se lire d'une traite, et qui vous fera frissonner sans répit toute une soirée, jusqu'à la dernière goutte de sang !

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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 22:31
Qui a pu assassiner Jeremy Grove, critique d'art à la plume virulente et entouré d'ennemis, dont le corps calciné a été retrouvé dans son grenier...fermé de l'intérieur ? Les circonstances du drame sont en outre plus que mystérieuses : une chaleur suffocante, une forte odeur de soufre et surtout, une empreinte de pied fourchu, retrouvé au pied du lit... Serait-ce le diable en personne ? La presse locale n'hésite pas à s'emparer de l'affaire, surtout lorsqu'un second cas, tout aussi étrange, de combustion spontanée, est signalé, le doute n'est plus permis. Tous croient que ces meurtres sont l'oeuvre du malin. Tous, sauf l'inspecteur Pendergast, du FBI, et son accolyte D'Agosta, qui se refusent à admettre une hypothèse aussi insensée qu'effrayante...

Un roman construit comme un épisode de 24 heures chrono, mené tambour battant autour de quatre étranges cas de combustion humaine spontanée, menant nos deux enquêteurs de New York à Florence, et notamment sur la piste d'une rencontre entre cinq adolescents, qui auraient conclu un pacte avec le diable trente ans auparavant... L'intrigue, bien que construite sur 700 pages, se déroule à un rythme endiablé, jusqu'à la révélation finale, malheureusement un peu attendue, quoique le modus operandi du coupable soit fort surprenant (et légèrement tiré par les cheveux également !). Si Pendergast se révèle tout en contrastes et en finesse, les autres personnages manquent de profondeur psychologique et deviennent vite prévisibles. La technique d'alternance de points de vue d'un chapitre à l'autre sent le réchauffé. De nombreuses scènes peuvent sembler superflues à la lumière du dénouement. Ce dernier, soit dit en passant, a la facheuse manie de céder à la mode des suites et des séries en nous laissant incertains sur le sort du héros... Agaçant. Sans doute pas le plus approprié pour découvrir ces deux auteurs, dont La Chambre des Curiosités est paraît-il bien meilleur. En somme, un polar plutôt décevant, au style assez monotone, et surtout, complètement dépourvu d'humour ! Preston & Child se prennent beaucoup trop au sérieux et se plaisent trop  à évoquer, subtilement ou non, leur culture dans tous les domaines (musique, peinture, histoire...). Bref, une bonne lecture pour la plage, mais vraiment pas le polar de l'année.
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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 18:03
Lorsque ce roman paraît, en 1937, la guerre civile espagnole bat toujours son plein. Pourtant, c'est un regard fort lucide que pose Malraux sur les événements du début de la guerre, lorsqu'il évoque la formation des mouvements républicains, anarchistes et communistes, et le début de la résistance contre Franco. Manuel, le héros, si tant est qu'il y en ait un, est un ancien ingénieur du son devenu membre du parti communiste. Individualiste et peu engagé dans l'action politique, il découvrira au fur et à mesure du récit les responsabilités du commandement. Magnin, un Français venu diriger une escadrille d'avions internationaux est un intellectuel partagé entre l'attachement aux valeurs qu'il est venu défendre et la nécessité d'un combat efficace, et n'est pas sans rappeler en cela Malraux lui-même. Enfin, Sils, surnommé le Négus, se fait le porte-parole des valeurs anarchistes du roman. Après plusieurs années passées en prison, Sils incarne le dégoût pour toute forme de discipline et considère que tout ordre, toute hiérarchie, sont des formes de fascisme, dont il s'agit de se défaire, puisque, pour que le combat mené ait un sens, il faut se différencier de ses ennemis à tous points de vue. Ces trois personnages devront affronter leurs propres contradictions, les tensions internes à leurs mouvements politique, et les dangers liés aux opérations militaires...

Un roman archi-célèbre mais qui mérite toujours qu'on le fasse connaître au plus grand nombre, notamment à ceux qui ne seraient pas de grands lecteurs de Malraux. Une oeuvre magnifique, qui évoque tout à la fois la complexité d'un engagement politique efficace et sincère, l'absurdité de la guerre civile, le courage et la lâcheté, la bravoure et la crainte, la religion, le remords, l'horreur... Un livre très dur mais lucide, au style précis et soigné. Certes l'on sera tenté de reprocher parfois à Malraux un excès de naïveté, par exemple au regard des événements postérieurs : la dictature franquiste, la montée du nazisme... Mais son analyse des mouvements fascistes et communistes encore en gestation à cette époque est d'une rigueur et d'une acuité rares, et en font à la fois un témoignage de valeur et un grand roman sur l'engagement, quel que soit sa forme. Un pur chef-d'oeuvre, peut-être plus abordable, quoiqu'il soit beaucoup plus long, que La Condition Humaine, et magnifiquement écrit. On regrette qu'il n'y ait plus beaucoup d'écrivains d'une telle trempe aujourd'hui, lorsqu'on voit ceux que récompensent les prix littéraires.
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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 14:09
Amédée Fleurissoire, persuadé par des escrocs que le pape a été enlevé suite à un complot mondial, décide de partir pour Rome afin de le sauver. Lafcadio, jeune arriviste décidé à se faire reconnaître comme le fils naturel d'un baron, et se retrouve maître à chanter, pris un peu malgré lui dans un jeu de dupes où il a tout à gagner. Leurs deux histoires se croisent le temps d'un voyage en train, lors du passage le plus célèbre du roman : et si Lafcadio poussait Amédée hors du train, sans aucune motivation, juste comme ça, gratuitement ? L'acte gratuit dans toute sa splendeur...

Sans doute l'oeuvre la plus accessible lorsque l'on veut s'attaquer à Gide, malgré son intrigue assez embrouillée. Un roman, ou mieux, une "sotie", selon la dénomination que Gide lui donna lui-même, c'est-à-dire une farce satirique : satire des dévots et des crédules en général, des francs-maçons, de la haute bourgeoisie aussi, du monde de l'argent... Une histoire grinçante, souvent teintée d'humour noir, mais plaisante et véritablement atypique. Une simplicité de style revendiquée, mais qui cache un travail de la langue fort complexe, sensible dans les variations d'un personnage à l'autre. Même les prénoms des personnages donnent le ton : Amédée, Anthime, Arnica, Juste-Agénor... On comprend que la réflexion philosophique, proche de celle de Dostoïevski, ait intéressé les surréalistes : l'acte gratuit y apparaît comme une sorte de défi lancé à Dieu et à l'ordre du monde, selon un principe de vie fondé sur l'humour noir et l'imprévisibilité de la conduite et des actes de chacun. Un vrai plaisir de lecture.
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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 09:32
L'histoire se déroule dans la Chine de la Révolution culturelle. Mao a décidé de faire "rééduquer" tous les jeunes "intellectuels" de la ville en les plaçant à la campagne afin qu'ils apprennent la vraie vie. Le héros et son ami, Luo, sont envoyés dans la montagne, bien qu'ils ne soient pas vraiment des "intellectuels" : leurs parents sont considérés comme des opposants au régime, ce qui ne leur laisse que "3 chances sur mille" d'être un jour renvoyés vers la ville. Après le désespoir qui suit leur arrivée dans un monde à mille lieues du leur, Luo et son ami font la rencontre d'une jeune fille, la Petite Tailleuse, comme on l'appelle dans la région. A la même époque, ils découvrent qu'un de leurs amis, le Binoclard, qui effectue sa "rééducation" dans un village proche du leur, possède une valise remplie de livres interdits, sans doute de romans occidentaux. Le jour où le Binoclard accepte, contraint et forcé, de leur prêter Ursule Mirouët de Balzac, leur vie va basculer...

      
          Un roman agréable à lire, court, et qui a le mérite de faire de Balzac un moyen de résistance à l'oppression intellectuelle qui sévissait dans la Chine maoïste. Les situations sont souvent décrites avec humour, notamment le choc des gens de la ville contre ceux des campagnes, lors de l'arrivée de Luo et de son ami (belle réutilisation d'une sonate de Mozart au profit de l'idéologie maoïste !), ou lorsqu'ils entreprennent de traiter la dent cariée du chef du village au moyen d'une machine à coudre (une belle scène de cruauté...). Les personnages sont évoqués avec une tendresse particulière, et l'on suit avec délices leur découverte de la littérature occidentale, Balzac, Hugo, Dumas... Un joli livre en somme, qui pèche parfois par un excès de naïveté, mais empreint de poésie. Le style est fluide et espiègle, et le dénouement surprenant, mais vraiment touchant, avec une utilisation inattendue de Balzac comme vecteur d'émancipation féminine chinoise... Un livre aussi doux qu'une friandise, qui se laisse dévorer d'une seule traite, et qui laisse un arrière-goût délicieux en bouche. Une ode à la lecture qui vaut le détour !
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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 13:40
Oslo, fin des années 60. Aksel, adolescent, virtuose du piano, se réfugie dans ses deux passions après la mort tragique de sa mère : la musique et Anja Skoog, une jeune fille fragile habitée par la même passion du piano, mais qui se dérobe constamment aux approches désespérées d'Aksel. Avec leurs amis et rivaux, Rebecca, Margrethe Irene et Ferdinand, suite à leur participation plus ou moins couronnée de succès au concours du "Jeune Maestro", ils décident de former la Société des Jeunes Pianistes. Chacun ambitionne de faire ses débuts en tant que soliste. Mais pour cela, il faudra parvenir à surmonter la terrible pression qui les environne, qu'elle émane de leur entourage (parents, pédagogues, amis...) ou, surtout, d'eux-mêmes, sans se laisser abattre par les échecs et les difficultés...

En littérature norvégienne, on connaissait surtout Jostein Gaarder (Le Monde de Sophie). Il faudra désormais compter avec Ketil Björnstad, pianiste de formation, qui se révèle dans cette oeuvre capable de décrire avec profondeur et subtilité les douleurs d'une jeunesse tourmentée qui tente de s'en sortir par la musique. Un roman d'intiatique qui est aussi un drame familial écrit tout en finesse. Les relations ambiguës entre personnages (au sein des adolescents, mais aussi avec leurs parents et leurs professeurs de piano...) sont évoquées avec habileté, sans exagération ni puritanisme. Une oeuvre de deuil, de désir, de musique, de sensualité, d'amour et d'amitié... Le ton sonne juste, et la traduction s'efforce de rendre le mieux possible l'ambiance feutrée de la Norvège, les promenades dans la neige, le ciel voilé, les silences et les non-dits entre ces adolescents qui deviennent trop tôt adultes. L'oeuvre est jalonnée d'images symboliques, comme le retour constant à la rivière où la mère d'Aksel a trouvé la mort, la présence de l'épervier, à la fois menaçante et emplie de tristesse, ou le parallèle implicite entre l'ivresse provoquée par le vin (que les héros semblent particulièrement affectionner !), l'ivresse du désir (évoqué sans tabous dans le contexte des années 68-69), et l'ivresse du jeu musical . Ketil parvient à exprimer avec une subtilité remarquable toutes les émotions de la musique, notamment dans les oeuvres de Schubert, Chopin ou Ravel. La fin du roman (dont le dénouement est d'ailleurs sublime et tout en retenue) n'apporte pas de réponse à toutes les questions du lecteur, et c'est tant mieux. On ne saura jamais vraiment quelles étaient les relations entre Anja et son père (inceste ? emprise psychologique démesurée ?), ni ce que va devenir Aksel entre les mains de la talentueuse mais redoutable Selma Lynge, mais ce n'est pas l'objet de ce récit... Un véritable choc, voilà ce que l'on ressent à la lecture de cette oeuvre magnifique, qui continuera certainement à vous hanter pendant longtemps.

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