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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 18:22
On connaissait le Perec des Choses, celui de l'Oulipo (notamment dans La Disparition), voici maintenant le Perec autobiographe, qui tente de reconstituer son enfance, mais d'une manière très personnelle, car le choc eût sans doute été trop difficile à supporter : la perte de la mère, exterminée dans l'un des camps de la Mort, est pudiquement masquée par les points de suspension qui marquent le milieu de l'oeuvre. Pour contenir l'émotion des souvenirs qui lui reviennent, Perec emploie le détour de la fiction, par le biais de l'île de W, utopie qu'il aurait imaginée dans son enfance, où le sport est roi. Mais les deux histoires, la réelle et la fiction de W, finissent par se rejoindre, s'entremêler et s'interpénétrer, W prenant peu à peu les traits d'Auschwitz-Birkenau...

Une oeuvre magistrale et bouleversante, loin d'être une autobiographie comme une autre. Perec emploie un ton volontairement sobre et pudique, qui est bien plus touchant que de longs épanchements lyriques et pathétiques. Le rêve et la réalité s'entrecroisent en permanence, s'éclairent et se nourrissent l'un l'autre. L'évolution de W est extrêmement intéressante et bien amenée, sans reconstruction a posteriori. La réflexion sur le titre est proche de celle menée par Semprun pour L'Ecriture ou la vie, avec un ou dont on se demande à juste titre s'il est inclusif ou exclusif : est-ce "W", l'utopie de l'enfant, qui est le souvenir d'enfance ? Ou est-ce un choix à faire, par le narrateur, le lecteur, les deux ? Est-ce une explication, une alternative ? Autant de questions qui jalonnent la lecture de ce livre et le rendent passionnant autant qu'unique. Un véritable chef-d'oeuvre à lire absolument, pour couper une fois pour toutes le sifflet à tous ceux qui se repaissent des cadavres de la Shoah pour proposer encore et toujours les mêmes romans insipides à chaque rentrée littéraire.

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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 22:34
Depuis que Lord Baskerville, aristocrate anglais féru d'égyptologie, a décidé de reprendre des fouilles dans la Vallée des Rois, il semble s'être attiré la convoitise de ses confrères et la haine des autochtones. Aussi, lorsqu'il est retrouvé mort dans son lit, un beau matin, avec sur le front, grossièrement dessiné avec du sang, un uraeus (symbole sacré des pharaons), les journalistes du monde entier n'hésitent pas à parler de "malédiction des pharaons". Mais cette prétendue malédiction ne semble nullement effrayer le Professeur Emerson, égyptologue anglais, et encore moins son épouse, la délicieuse Amelia Peabody, aussi redoutable avec une pioche qu'avec une ombrelle... Bien décidés à faire la lumière sur cette étrange affaire, ils acceptent de reprendre les fouilles à Louxor, à la recherche d'une tombe extraordinaire et de l'assassin de Lord Baskerville. Mais tout le monde ne semble pas décidé à leur prêter main-forte, loin s'en faut...


Agatha Christie et Christian Jacq battus sur leur propre terrain ! Un polar rondement mené, agréable à lire, très rigoureux sur le plan égyptologique (histoire, géographie, cultes, mythes...) et archéologique. Le couple Emerson-Peabody est très sympathique et incarne la parfaite adéquation conjugale autant que professionnelle. Les personnages secondaires sont également intéressants, construits avec une finesse psychologique remarquable. Mais c'est avant tout le style d'Elizabeth Peters qui donne tout son charme au roman, avec cet humour so british présent à chaque page dans les pensées et les paroles d'Amelia Peabody. Un vrai bonheur de lecture ! A recommander à tous, petits et grands, passionnés d'Egypte ou de polar... Un roman qui donne même envie de lire l'ensemble de la série (plus de vingt volumes à ce jour) tant il est bien écrit et passionnant, et c'est loin d'être le cas de toutes les sagas policières !

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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 20:21
Petros Papachristos est considéré comme la honte de sa famille, l'un des plus grands ratés de notre époque. Pourtant, plus on répète à son jeune neveu qu'Oncle Petros a gâché sa vie, plus il s'y intéresse, cherchant à découvrir pourquoi ses deux frères le renient ainsi. Le narrateur découvre alors que Petros est un ancien professeur de mathématiques, chercheur éminent mais déconsidéré pour n'avoir rien publié depuis plus de cinquante ans... Et pour cause : Oncle Petros s'est attaqué à la conjecture de Goldbach (tout nombre pair supérieur à 2 est la somme de deux nombres premiers), hypothèse encore indémontrée près de 250 ans après sa formulation. A force de se consacrer corps et âme à ce problème mathématique insoluble, Petros s'est retiré du monde et a progressivement sombré dans une sorte de démence...A son tour, et contre l'avis de son oncle, le narrateur va s'intéresser aux mathématiques et se lancer à la poursuite de Goldbach, croisant sur sa route d'éminents mathématiciens : Gauss, Hardy, Turing ou encore Gödel...


Un roman époustouflant qui parvient à mêler thriller, policier, théorie des nombres et histoire des mathématiques. L'intrigue est plutôt bien construite, jamais ennuyeuse, le style est très souple mais jamais déplaisant, les personnages bien campés, entre l'oncle devenu savant fou et le neveu dévoré de curiosité familiale et mathématique, pour ainsi dire. Une quête de la Vérité qui tourne à l'obsession, plongeant Petros dans un délire quasi-permanent et l'amène à rompre tout contact avec la société qui l'entoure, y compris ses confrères mathématiciens, pour se consacrer exclusivement à la résolution de cette énigme si simple en apparence et pourtant indémontrable. Un livre qui ne demande aucune connaissance mathématique importante (même la définition d'un nombre premier est rappelée plusieurs fois), et qui vous fera côtoyer les grands des maths, Euclide, Gauss, Riemann, Fermat... Doxiadis parvient à rendre passionnant un sujet à priori rébarbatif pour le commun des mortels, avec beaucoup d'humour et une pointe de vulgarisation scientifique. Un roman qui donnerait presque envie de se replonger dans ses livres de maths ! Mais surtout un roman sur la difficulté du travail de recherche, qui peut ne jamais aboutir même après une vie de travaux, un livre qu'il faudrait peut-être conseiller à notre président ! En somme, un très bon roman parfaitement abordable par les néophytes.
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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 13:00
Lorsqu'elle épouse le riche et séduisant Maximilien de Winter, la jeune héroïne de ce roman, jusqu'ici demoiselle de compagnie d'une horrible femme, se met à croire aux contes de fées. Elle découvre avec ravissement sa nouvelle demeure, Manderley, aux allures victoriennes, sur la côte Ouest de l'Angleterre. Désormais, elle doit administrer cet immense manoir, avec sa horde de domestiques, et assumer toutes les tâches mondaines d'une aristocrate anglaise. Mais peu à peu, l'héroïne comprend que, en sus de devoir diriger des domestiques qui refusent de lui obéir eu égard à sa modeste extraction, et de devoir s'imposer au sein de la haute société britannique, elle va avant tout devoir lutter contre le fantôme de Rebecca, l'ex-femme de Maximilien, morte noyée dans d'étranges circonstances, et dont l'ombre continue à planer au-dessus de Manderley et surtout, sur le coeur de Maximilien, sujet à d'étranges accès d'humeur...

Un chef-d'oeuvre du roman gothique, à mi-chemin entre le roman policier, le fantastique et le drame psychologique et bourgeois. L'histoire d'une lutte perdue d'avance entre une jeune femme timide et un fantôme à l'écrasante présence.
Un roman au suspense omniprésent, qui vous tiendra en haleine jusqu'à la dernière ligne, jusqu'au magnifique dénouement. L'héroïne se révèle peu à peu au cours de ce roman, devenant plus assurée, plus réfléchie, plus sensuelle, en un mot, devenant une vraie femme, à l'image de Rebecca, la défunte qui finit par la hanter elle-même. L'intrigue est très bien construite, laissant subsister bien des zones d'ombres (notamment sur Maximilien, sur la gouvernante encore attachée à Rebecca, sur les circonstances de la disparition de celle-ci...) qui ne seront dévoilées que dans les dernières pages du récit. Daphné du Maurier se livre ici à une véritable parodie des romans policiers et fantastiques de son époque, avec au passage une satire du puritanisme ambiant. Un style remarquable, surtout en anglais. Un grand classique dont le succès n'est pas usurpé. Bonne lecture !

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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 00:15
Un roman dont vous, lecteur, vous, lectrice, êtes le personnage principal. Avouez que ce n'est pas tous les jours que ça vous arrive ! Un jour, vous découvrez dans une librairie le dernier roman d'Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur. Vous l'achetez, le commencez, mais, malheur, le 2e chapitre se trouve être le 1er chapitre d'un autre roman, tout aussi intéressant... Vous courez à la librairie chercher la suite du 1er roman, mais vous tombez une nouvelle fois sur un autre début de roman, et ainsi de suite, à la poursuite de l'insaisissable roman d'Italo Calvino, jusque dans les bras de la lectrice, elle aussi en quête de ce roman introuvable...


Un livre certes très célèbre, mais unique en son genre. Brillant, passionnant, reprenant le motif des contes des Mille et Une Nuits mais en le dépassant, avec une foule d'interprétations et de lectures possibles. Un jeu permanent entre auteur et lecteur, entre livre et non-livre, entre livre réel et livre dans le livre... Un régal inspiré par les Oulipiens mais portant bien la marque d'Italo Calvino. Vraiment enthousiasmant, mais peut-être un peu difficile pour les lecteurs qui ne seraient pas familiers de ce style d'écriture, proche de Michel Butor dans La Modification. En bref, tout simplement génial, dans tous les sens du terme. A découvrir si ce n'est pas déjà fait !

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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 13:03

Au coeur du Moyen-Age, l'amitié un peu particulière qui lie deux hommes d'exception, Narcisse, l'intellectuel, et Goldmund, le sensitif. Une nuit, Goldmund s'enfuit du cloître, et commence alors pour lui une vie d'errance, une quête inlassable du beau, dans chaque coeur, chaque corps de femme. C'est la volupté, et non plus la religion, qui guide alors les pas du jeune "Bouche d'Or", comme se plaisent à le surnommer certaines des femmes qu'il rencontre, le temps d'une nuit. Mais la vie galante conduit Goldmund à prendre consicence du vrai sens de sa vie : il se fait sculpteur. Désormais, la quête du Beau se fera par le travail méticuleux du bois. Heureusement, dans toutes ses aventures, comme un ange gardien, l'ombre de Narcisse, le penseur, se fait toujours sentir, jusqu'au jour où le hasard remet ces deux hommes, le penseur religieux et l'artiste païen, en présence l'un de l'autre...

 

 Encore un roman d'apprentissage livré par Hermann Hesse, à la manière de Siddharta ou du Jeu des perles de Verre. Cette fois, les quêtes opposées du savoir et du beau, qui se rejoignent finalement, dans le plus pur esprit platonicien. Les différentes étapes de l'éveil sont ici marquées par trois rencontres, comme pour Bouddha : Narcisse, le moine savant, Lise, la tzigane sensuelle, maître Niklaus, le sculpteur génial, qui transmettra son art à Goldmund. Un roman magnifique sur la quête de soi-même, poétique, très bien écrit (malgré quelques longueurs par moments...). On se prend à frémir des aventures qui touchent Goldmund, ses amours, mais aussi ses confrontations à la Peste Noire et à la mort, qu'il la donne de ses mains ou qu'il la subisse... Une quête de la Mère aussi, dans une dialectique toute freudienne. On ne peut qu'être touché par le dénouement, prévisible certes, mais tellement émouvant et  à la composition remarquable. Un réconfort sous forme de conte philosophique, on adhère, on adore !

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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 16:26

Réintroduire le loup dans le massif du Mercantour, ça semblait être une bonne idée. Mais pour les bergers de Saint-Victor, petit village paisible perdu au milieu des montagnes, c'est encore une fausse bonne idée de ces crétins d'écologistes parisiens qui ne connaissent rien à la vie de la campagne. Peut-être, mais quand on commence à retrouver des brebis égorgées dans les bergeries, la révolte gronde. Puis, c'est le corps d'une éleveuse du coin qui est découvert, mutilée de la même façon que ses pauvres brebis. Alors la révolte tourne à la psychose. On se lance sur la piste d'un loup-garou. Carrément. Sur les indications de feu l'éleveuse, les recherches se concentrent sur un employé des abattoirs, un type louche dépourvu de poils, et comme chacun sait, c'est un des signes distinctifs des garous, qui les ont en-dedans, les poils (d'où le titre, tout se tient chez Fred Vargas). Un petit groupe de villageois se met en route, décidés à retrouver le loup-garou : il y a Soliman, le fils adoptif de l'éleveuse décédée, et ses légendes africaines qui lui collent à la peau (la faute aux orgines, y paraît), le Veilleux, un berger pas causeur, mais qui voit bien plus loin que le bout de son nez , Camille, la fille qui conduit la bétaillère, plombière et musicienne, qui lit le Catalogue de l'Outillage professionnel pour se détendre. Et avec eux, de temps à autre, Adamsberg, le commissaire, ancien amant de Camille, et Lawrence, le Canadien spécialiste des grizzlis, venu étudier les loups du Mercantour, et qui "s'incruste" en France pour les beaux yeux de la Camille, même s'il persiste à trouver les Français "cradingues"... Une folle équipe lancée sur une folle équipée, et un roman difficile à résumer !


Bon polar, très désagréable au premier abord, mais une fois les soixante premières pages passées, on se prend au jeu. L'intrigue est déroutante, mais on attend longtemps (un peu trop, peut-être) l'arrivée d'Adamsberg. Les dialogues sont bien ficelés, mais on regrette l'humour répétitif qui s'y fait sentir, et surtout, le fait que chaque personnage soit caractérisé par des tics de langage qui, s'ils sont amusants sur deux pages, énervent au bout de trois cents (particulièrement la façon de parler de Lawrence, insupportable !). A part ça, le roman est plutôt bien construit, le suspense monte progressivement, jusqu'au twist final qu'on attendait depuis un bon moment (parce que poursuivre un boucher invisible pendant trois cents pages, c'est lassant). On aurait pu également se dispenser de la réflexion sur le couple, avec une Camille magnétique, déchirée entre Adamsberg et Lawrence. Mais bon, dans l'ensemble, un polar sympathique, qui ne révolutionne pas le genre, mais qui occupe bien une soirée ou un voyage en train.

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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 12:27
L'histoire de Kino, pêcheur, de sa femme, Juana, de leur bébé, Coyotito. Un jour, Kino trouve, en Californie, la plus grosse perle du monde. Kino y voit la promesse d'une vie prospère où il pourrait faire le bonheur de sa femme et de son fils, mais aussi celle d'une reconnaissance sociale pour le pauvre pêcheur d'origine indienne. En somme, ce dont il a toujours rêvé. Mais la perle et la richesse qu'elle procure à son possesseur excitent les convoitises des voisins et des puissants, devenant pour Kino une véritable malédiction...


Une réécriture sur le thème "l'argent ne fait pas le bonheur" qui pourrait sembler simpliste, mais qui, avec Steinbeck, ne l'est jamais. L'auteur parvient à donner à sa fable un aspect véritablement profond dans l'analyse des comportements humains (respect, envie, jalousie, corruption...). Le style est fluide, acéré, bref, mais toujours plein de justesse et de précision. Les descriptions des paysages idylliques en arrière-plan soulignent la noirceur de l'âme humaine. Le tout est bâti comme une sorte d'intrigue policière, et le suspense ne faiblit jamais, jusqu'au dénouement, tragique et sans appel. Un beau roman (presque une nouvelle, tant il est court) qui fait réfléchir sur la nature humaine, jamais péremptoire ni didactique, toujours poétique et émouvant. A consommer sans modération !
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3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 21:30

Un voyage au pays de Merlin (sans Archimède), le célèbre enchanteur de la forêt de Brocéliande, de Viviane, la sorcière follement éprise de lui, de Guenièvre et d'Arthur, de Galaad, de Perceval, de Lancelot du Lac... Barjavel revisite les contes et légendes des Chevaliers de la Table Ronde à sa manière, transformant la chanson de geste médiévale en un rêve éveillé au pays des sorcières et des licornes, à travers l'exploration de toutes les formes possibles d'amour qui unissent les personnages (filial, courtois, platonique, sensuel, charnel...) et par le récit des quêtes chevaleresques et mystiques.



Un livre passionnant qui vous plonge au coeur de la Bretagne mythique, au milieu des chevaliers, des rois et reines et des sorciers... Fabuleux, au propre comme au figuré. Un récit qui plaira sans doute même aux plus jeunes et qui les changera un peu de Twilight et de Harry Potter, sans les dépayser complètement ! Des personnages très finement caractérisés, fidèles (en grande partie) à la tradition courtoise, un style noble, amusant parfois, très agréable à lire. Certes, peut-être pas le meilleur roman pour découvrir ce grand auteur qu'est Barjavel (à ceux là, on ne saurait trop conseiller La nuit des temps ou Le Grand Secret), mais en tout cas il ne décevra pas les inconditionnels d'histoires merveilleuses, de contes et des légendes médiévales. Un régal pour petits et grands, en tout cas !

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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 17:19
Elle s'appelle Emma Bovary et tout le monde connaît son histoire. Lassée par une vie monotone et un mari médiocre et transparent, elle finit par se suicider en absorbant une dose mortelle d'arsenic. Mais l'un des deux médecins appelés à son chevet a le temps d'entendre ses dernières paroles : "Assassinée, pas suicidée..." Deux enquêteurs de Rouen sont chargés de faire la lumière sur cette ténébreuse affaire. Ils se retrouvent avec une foule de meurtriers potentiels : le mari cocu, le riche libertin, le jeune clerc de notaire également amant d'Emma, le pharmacien, le prêteur-sur-gages... La tâche s'avère vite plus difficile que prévu, d'autant que Flaubert, qui a fait mine d'ignorer tout cela, ne nous est d'aucun secours !


L'idée de départ est extrêmement séduisante : établir enfin toute la vérité sur l'un des suicides (?) les plus célèbres de la littérature ! On se prend rapidement au jeu, et l'on voit avec plaisir l'enquête s'épaissir au fur et à mesure que les interrogatoires progressent, à tel point que, parfois, on se dit que tous les personnages auraient eu un bon mobile pour assassiner la pauvre Emma, qui n'en demandait pas tant. L'exercice de style est lui aussi fort plaisant, puisque Philippe Doumenc se propose d'écrire à la manière de Flaubert. Certains lui reprocheront d'être parfois un peu péremptoire dans les jugements que l'auteur porte sur l'histoire littéraire ou sur ce cher Gustave, ou de lui faire quelques infidélités stylistiques, il n'empêche que ce polar se révèle charmant à la lecture, bien écrit, bien conçu, et qu'il vous amusera sûrement par son orginialité. Et, ce qui n'est pas un vain mot, il vous donnera sûrement envie de vous replonger avec délices dans Madame Bovary !
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