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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 11:03

Depuis quelques semaines, l'horreur a un nouveau nom : Le Prince. Un assassin cruel, qui taille en pièces des mères de famille sous les yeux de leur fils de sept ans, selon un rituel minutieusement orchestré. Pourtant, les investigations de la police restent infructueuses : à chaque fois, les voisins n'ont rien vu, rien entendu. Les cadavres s'amoncellent et ils devient urgent, pour le commandant Falier, en charge de l'enquête, de mettre la main sur ce meurtrier.

 

Il décide alors de faire appel à Bareuil, un professeur d'université à la retraite, spécialiste des crimes rituels, et sur les conseils de celui-ci, à Jeanne Lumet, l'une de ses anciennes élèves. Au départ réticente, en raison des relations troubles qu'elle a entretenues avec son professeur, Jeanne finit par se passionner pour l'enquête, lorsqu'on lui demande d'expertiser un étrange bijou retrouvé sur l'une des scènes de crimes, un emblème royal du XIVe siècle surnommé l'Insigne du Boiteux, et d'une valeur inestimable.

 

Comment l'assassin a-t-il pu se retrouver en possession d'un tel objet ? Et surtout, quelle place prend ce joyau dans le rituel macabre qu'il met en place à chaque meurtre ? Pour répondre à ces questions, Jeanne va devoir s'investir de plus en plus dans l'enquête, quitte à mettre sa vie en danger... et celle de son fils, âgé de sept ans, un détail qui n'a sûrement pas échappé au Prince...

 

 

 

Encore un polar ésotérique sur le mode Da Vinci Code, se dit-on en lisant la 4e de couverture : des meurtres en série, un rituel aux accents métaphysiques, un assassin à la personnalité tourmentée, un joyau vieux de plusieurs siècles, qui nous plonge au cœur de la Perse médiévale... Eh bien non, contre toute attente, L'Insigne du Boiteux est à mille lieues de ces romans tapageurs aux effets grand-guignolesques : c'est un polar de facture classique, voire un peu rétro, ce qui constitue finalement une bouffée d'air frais au milieu de tous les thrillers contemporains adeptes des "cliffhangers" et autres techniques d'écriture à l'américaine . 

L'intrigue est plutôt séduisante, avec quelques rebondissements bien amenés. L'auteur s'amuse à nous emmener d'une fausse piste à l'autre, en distillant savamment les informations et en nous amenant insensiblement à pencher pour une hypothèse... avant de la balayer d'un revers de main au gré d'une nouvelle révélation. Le rythme, quant à lui, est plutôt soutenu et la lecture se fait sans déplaisir, d'autant que l'écriture de Thierry Berlanda (même émaillée de nombreuses coquilles !) est par moments assez savoureuse, notamment dans les dialogues des policiers.

 

Toutefois, les personnages manquent de consistance : soit ils sont à peine ébauchés, comme Jeanne, qui manque singulièrement de relief et dont on sait trop peu de choses, soit ils versent dans la caricature, comme Falier, archétype du flic bourru, adepte des vieilles méthodes, à six mois de la retraite, dévoué corps et âme à son métier, mais qui se fait finalement dépasser par les plus jeunes à l'ambition dévorante. Seul le personnage de Bareuil, infirme manipulateur et érudit mégalomane, suscite vraiment l'intérêt et la curiosité du lecteur, même si son côté antipathique peut aussi rebuter et agacer par moments. 

 

Mais le plus gros défaut du livre, ce sont sans nul doute les chapitres consacrés au Prince lui-même, à ses pensées et à ses délires. Bouffi d'orgueil et de suffisance, l'assassin s'exprime dans un langage obscur et précieux tout à fait exaspérant, et même si l'éclairage qu'apportent ces éléments sur l'histoire et les motivations du meurtrier peut être intéressant, il révèle surtout la faiblesse de l'intrigue, en définitive : malgré les tentatives de l'auteur pour nous abuser, elle manque sérieusement d'épaisseur.

 

Le dénouement, d'ailleurs, est expédié à la va-vite, et il met en lumière une énorme invraisemblance dans la construction de l'intrigue : comment les policiers, censés enquêter sur les meurtres depuis plusieurs semaines, sont-ils passés à côté d'un point commun évident entre les différentes victimes, qui leur aurait permis de mettre la main sur l'assassin bien plus vite ? Dommage, donc, que l'auteur joue au plus malin avec le lecteur : il a perdu.

En définitive, L'Insigne du Boiteux est un roman en demi-teinte, plutôt original et intéressant, mais qui souffre de trop de défauts formels pour susciter l'enthousiasme et laisser au lecteur un souvenir impérissable. Le "Boiteux", finalement, c'est peut-être bien le livre lui-même... 2,5 étoiles

 

Ouvrage reçu dans le cadre de l'opération Masse Critique. Merci à Babelio et aux éditions La Bourdonnaye.

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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 18:19

Libre, enfin. Après dix-huit mois de prison, Théo est libéré pour bonne conduite. Mais à peine sorti, le voilà de nouveau en mauvaise posture, après avoir rendu visite à son frère, qu'il n'a plus le droit d'approcher : il y a deux ans, il lui a brisé la colonne vertébrale et l'a laissé pour mort après avoir découvert la liaison que sa propre femme entretenait avec lui. Persuadé d'avoir tous les policiers du pays à ses trousses, il se réfugie à la campagne, dans une chambre d'hôtes tenue par une vieille femme.

 

Pendant quelque temps, il jouit du simple plaisir d'être libre, parcourant les sentiers et les forêts, seul, libéré de toute contrainte. Il redécouvre les petits bonheurs de l'existence, une belle promenade, un bon feu, un bon repas, une compagnie agréable.

 

Mais un beau jour, son hôtesse l'envoie dans un vrai traquenard. Théo n'a vraiment rien d'une victime, et pourtant, du jour au lendemain, il se retrouve kidnappé et séquestré par deux frères dégénérés qui l'utilisent comme esclave et le traitent comme un chien : le voilà privé d'eau et de nourriture, battu et n'ayant pour dormir qu'une une vilaine paillasse au fond d'une cave humide et malodorante.

 

Dans son malheur, il n'est pas seul : il rencontre Luc, lui aussi esclave des deux vieux fous, tellement maigre, blessé et affaibli que ses jours paraissent comptés. Devant son désespoir, Théo se fait une promesse : il a survécu à la prison, aux privations, aux bagarres, aux coups sournois des codétenus et des matons, alors il échappera, coûte que coûte, à cet enfer. Mais à quel prix ?

 

 

Consacré dès sa sortie comme "le nouveau chef-d'œuvre du polar français", Des nœuds d'acier se veut au croisement de Misery et de Délivrance : un thriller à base de séquestration et de divers sévices, mais par des dégénérés, s'il vous plaît.

 

L'idée de départ est plutôt intéressante, bien qu'elle ne brille pas par son originalité : des romans sur le même thème, il en existe déjà beaucoup. Ici, Sandrine Collette pense apporter sa touche d'originalité en installant son intrigue à la campagne, dans un coin perdu volontairement anonyme (afin de toucher à l'universel, sans doute, ambiance "cela aurait pu arriver n'importe où"... Oui, comme n'importe quel fait divers, donc), et en jouant sur le caractère de ses personnages : d'un côté un ancien taulard quelque peu rongé par le remords d'avoir transformé son frère en légume (oui, mais ne vous inquiétez pas, il l'avait tout de même bien mérité, ce salaud qui avait tout pour lui et lui avait même piqué sa femme), et de l'autre deux frères à moitié fous, qui vivent reclus, ne pensent qu'à se soûler à la gnôle maison et à forniquer avec leur propre sœur, elle même octogénaire, lorsqu'elle leur paye une petite visite.

 

Le problème, c'est qu'avec ce parti pris, l'auteur tombe rapidement dans la surenchère, en particulier avec les descriptions des tortures endurées par le héros, et surtout dans la répétition : le récit finit fatalement par tourner en rond, lorsque Théo évoque inlassablement ses journées de labeur, ses pensées, ses terreurs, ses espoirs de plus en plus minces de pouvoir s'échapper un jour. Le style, s'il avait été un tant soit peu travaillé, aurait pu rendre ces chapitres redondants plus intéressants, mais Sandrine Collette a visiblement appris à écrire avec Karine Giébel, autre prétendue "reine" du polar contemporain : des phrases courtes, hachées, sans souffle, des effets faciles, des images convenues.

 

Ajoutons que, malgré les efforts de l'auteur pour rendre son héros plus attachant, notamment par le biais de ses souvenirs d'enfance ou de ses pensées pour la femme qu'il aime (grande absente du récit, étant donné que par un mystérieux "hasard" qui tombe bien, il a oublié de la prévenir qu'il était sorti de prison...), Théo reste un personnage plutôt antipathique et froid, animé par la haine et la violence. Difficile donc de s'apitoyer sur son sort et de compatir à ses souffrances, ce qui enlève tout de même pas mal d'intérêt au roman.

 

Loin de conclure ce polar en apothéose, comme on l'aurait souhaité, le dénouement laisse le lecteur sur sa faim : l'issue du roman est en effet assez prévisible, et on attend longtemps une chute qui ne vient pas, malgré la pirouette finale de l'auteur, qui s'amuse à faire de son héros un nouveau double de ce frère infirme qu'il hait de tout son être.

 

En bref, un polar qui a reçu, de la part de la critique et du public, des éloges surprenants : construit sur une idée qui manque tout de même d'originalité, il traîne en longueur (un comble pour un roman de 260 pages) et parvient tout juste à emmener son lecteur jusqu'au dénouement, qui arrive comme un cheveu sur la soupe, le tout servi par un style sans génie, qui se complaît dans des descriptions glauques et des scènes sordides. 1.5 étoile

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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 22:45

Londres, dans un futur proche. Des explosions solaires à l'ampleur exceptionnelle ont entraîné une modification profonde du climat terrestre : canicule permanente, élévation du niveau de la mer, transformation de la faune et de la flore. En quelques dizaines d'années, la Terre entière est devenue une vaste jungle tropicale, et la population mondiale n'est plus que de cinq millions d'habitants.

 

Dans ce monde post-apocalyptique survivent une poignée de militaires, commandés d'une main de fer par le colonel Riggs, ainsi que deux biologistes, les docteurs Kerans et Bodkin, chargés d'inventorier la végétation de la ville, transformée en lagune. Bien loin de leurs considérations, retranchée dans la suite luxueuse de son palace, la riche et mystérieuse Béatrice Dahl contemple, du haut de son ennui, les vestiges d'un monde à l'agonie.

 

Mais la chaleur étouffante et l'apparition de plus en plus préoccupante d'alligators et d'iguanes géants rendent la vie chaque jour un peu plus difficile dans la lagune, d'autant que certains soldats commencent à souffrir de cauchemars terrifiants. Le verdict tombe : il faut partir.

 

Contre toute attente, une partie de l'équipe refuse de quitter la lagune, au risque de succomber à la canicule, à la famine ou à une attaque de crocodile. Une fois les militaires partis, Kerans, Bodkin et Béatrice doivent tout mettre en oeuvre pour assurer leur survie, qui ne tient qu'à un fil. Mais l'arrivée d'un étrange pirate et de sa troupe sanguinaire va rapidement menacer l'équilibre précaire qu'ils ont instauré...

 

 

 

Paru en 1962, Le Monde englouti est l'un des premiers grands romans de science-fiction post-apocalyptique, et son auteur est certainement l'un des écrivains les plus visionnaires qui soient.

 

Loin des effets tonitruants et pompiers des blockbusters hollywoodiens, Ballard choisit de situer son intrigue bien après la catastrophe : non pas au moment où les villes disparaissent sous les eaux, tuant des millions de gens et entraînant des flots massifs de réfugiés, mais plusieurs années plus tard, lorsqu'il ne reste déjà presque plus rien de l'humanité et de la Terre telle que nous l'avons connue.

 

C'est peut-être ce qui explique le caractère détaché, un peu lointain, comme déjà en retrait, de ses personnages, des êtres énigmatiques aux motivations parfois bien floues, qui semblent apprécier de voir le monde moderne à son crépuscule, comme s'ils en savouraient la déliquescence : loin de se révolter contre la fin du monde, ils paraissent l'attendre et l'encourager.

 

Toutefois, malgré ce parti pris intéressant et original, ce roman peine à entraîner son lecteur dans le monde qu'il dépeint : les personnages sont précisément trop froids, trop peu concernés par le sort de la civilisation pour que l'on puisse s'attacher à eux, d'autant que leurs aspirations et leurs pensées nous sont la plupart du temps inconnues. Le style, ronflant, d'une précision scientifique qui confine souvent à la cuistrerie, contribue aussi à rendre la lecture moins fluide et moins agréable, d'autant que le manque criant de péripéties et de rebondissements (sauf à la toute fin du livre) accentue le côté soporifique du roman.

 

Et pourtant, il y a derrière ce récit une réflexion sur la psychologie humaine et le sens de l'Histoire tout à fait passionnante, mais elle se pare d'un vernis jargonneux qui décourage même les lecteurs les plus téméraires.

 

Dommage, car l'une des réussites de cet ouvrage est sans conteste la mise en place progressive d'une atmosphère de huis clos, renforcée par l'aspect étouffant, oppressant, de l'environnement dans lequel évoluent les personnages. Malheureusement, à trop vouloir accentuer cette tonalité suffocante, on finit par empêcher le lecteur de respirer, et celui-ci n'a plus qu'une idée en tête : refermer ce roman pour obtenir, enfin, un peu d'air ! 1,5 étoile

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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 18:48

Belle, brillante, ambitieuse, Cloé a tout pour réussir et pour prendre la tête de son agence de pub lorsque le patron se décidera enfin à prendre sa retraite. Depuis toujours, Cloé est une fonceuse, une battante, et n'a pas l'habitude qu'on lui refuse quoi que ce soit.

 

Un soir, alors qu'elle rentre seule chez elle après une soirée avec des amis, elle aperçoit une ombre derrière elle. Une silhouette furtive qui la suit, la terrifie et disparaît au moment même où Cloé croit sa dernière heure arrivée.

 

"C'était juste une ombre", lui disent ses amies. Sauf que cette ombre envahit peu à peu toute la vie de Cloé. Dans la rue, elle est persuadée d'être suivie. Chez elle, certains objets changent de place en son absence, son frigo se remplit tout seul et des animaux morts sont déposés sur son paillasson. Au bureau, elle se sent épiée en permanence.


Et pourtant, personne ne veut la croire : ni son compagnon, ni sa meilleure amie. Elle n'est quand même pas folle, elle le sait. Quelqu'un lui en veut, au point de chercher à la briser, en l'isolant progressivement et en la faisant passer pour une paranoïaque en mal d'attention. Mais qui serait assez machiavélique pour concevoir un tel plan ? Et surtout... Jusqu'où ira-t-il pour la faire complètement sombrer ?

 

 

Récompensé par le prestigieux Prix du Polar de Cognac, ce roman a permis à Karine Giébel de se faire une place de choix sur le marché du thriller français, aux côtés des célèbres Thilliez, Chattam et Grangé.


Construit sur une idée intéressante, ce polar s'enlise pourtant rapidement dans un schéma binaire, victime harcelée d'un côté, délire de persécution de l'autre, et l'ensemble reste finalement assez convenu et prévisible au fur et à mesure que l'héroïne voit toute sa vie s'effondrer autour d'elle.

 

Le principal défaut que l'on pourrait reprocher à Karine Giébel, c'est de croire qu'il suffit d'enchaîner les phrases très courtes pour avoir du style. Malheureusement, saucissonner ses phrases à l'extrême en espérant naïvement créer ainsi une atmosphère angoissante se transforme rapidement en exercice de style vain et, surtout, lassant pour le lecteur.

 

Les personnages sont particulièrement antipathiques, en particulier l'héroïne, vraie garce dont on se dit qu'elle a finalement bien mérité ce qui lui arrive, et à qui le lecteur a toutes les peines du monde à s'identifier. L'autre héros du roman a lui tout du stéréotype du flic de fiction : meurtri par la vie, il dissimule son chagrin sous une carapace de gros dur, mais son cœur tendre le conduit à s'intéresser à une histoire à laquelle il est le seul à croire... Vu et revu cent fois, on aurait aimé passer notre tour sur ce coup-là. D'ailleurs, les personnages secondaires ne sont guère mieux lotis : rapidement esquissés, ils n'apportent pas grand chose à l'intrigue.

 

L'auteur semble également avoir une prédilection pour les malheurs et autres accidents de la vie, avec le lot de névroses et de traumatismes qu'ils occasionnent. Sur ce plan-là, l'accumulation est telle qu'on est souvent bien loin de la vraisemblance, tout comme dans les scènes où le "psychopathe" se dévoile, exposant en détail ses motivations, ses pensées, ses projets (et ne parlons même pas de cette manie exaspérante de s'adresser à sa victime en l'appelant "mon ange"...), ce qui est tout de même bien pratique.

 

Alors certes, Karine Giébel parvient à maintenir juste assez de suspense pour nous faire lire son polar jusqu'au bout, mais son dénouement est un vrai pied-de-nez au lecteur : invraisemblable, grand-guignolesque, bavard, mal écrit... C'est pratiquement un morceau de bravoure, tant il condense en quelques pages tous les défauts du roman.

 

Bref, encore un de ces médiocres page-turners à la française, largement surestimé (à croire que les jurés de Cognac ont justement un peu abusé sur la boisson au moment de dresser leur palmarès), à l'intrigue faiblarde, aux personnages diablement antipathiques et au style horripilant. Une fois encore, succès en librairie ne rime pas, loin s'en faut, avec talent. 1 étoile

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16 mai 2014 5 16 /05 /mai /2014 09:05

Ashdown est un sinistre manoir perché sur une falaise d'Angleterre : froid, sombre, isolé, il est loin d'être accueillant. Il y a des années, c'était une résidence universitaire où vivaient plusieurs étudiants : Sarah, jeune fille un peu étrange, qui semble avoir du mal à différencier ses rêves de la réalité, Gregory, son petit ami aux penchants sadiques, Terry, passionné de cinéma, Robert, prêt à tout pour conquérir le cœur de Sarah, et Veronica, philosophe intransigeante et prête à juger tout et tout le monde du haut de ses certitudes.

 

Aujourd'hui, bien des années plus tard, la demeure a été transformée en clinique privée, où l'inquiétant docteur Dudden mène dans le plus grand secret d'horribles expériences sur les troubles du sommeil. Mais même si Ashdown a été transformé de fond en comble, les fantômes du passé continuent à hanter les anciens pensionnaires.

 

Ces derniers se sont peu à peu perdus de vue depuis leur départ du manoir, mais aucun d'entre eux n'a complètement oublié les autres. Par une suite de hasards et de mystérieuses coïncidences, ils vont de nouveau se retrouver à Ashdown, se croiser, s'aimer... ou se manquer encore une fois. Et certains vont apprendre à leur dépens que l'on ne peut pas toujours réécrire le passé ou aller contre son destin..

 

 

Peu de romans parviennent à créer un univers qui s'étoffe au fil des pages et vous enveloppe progressivement jusqu'à ce que, une fois la lecture terminée, vous ayez l'impression de sortir d'un étrange rêve éveillé. La Maison du Sommeil, récompensé à sa sortie par le prix Médicis étranger, fait sans aucun doute partie de cette catégorie de livres rares.

 

Construit sur une alternance de chapitres entre passé et présent, cet ouvrage nous entraîne non dans la vie d'un héros, mais de plusieurs personnages aux caractères admirablement travaillés, élaborés avec beaucoup de subtilité, et tous affectés d'une certaine forme de folie : le docteur Dudden est l'archétype du savant fou sans aucune éthique, Sarah, atteinte de narcolepsie, vit des rêves éveillés, Robert envisage les recours les plus extrêmes pour plaire à l'élue de son cœur, Terry est entièrement obsédé par un obscur film italien dont toutes les copies ont mystérieusement disparu...

 

En véritable maître de l'intrigue et de la trame temporelle de son roman, Jonathan Coe sème l'air de rien quelques détails, quelques jalons, qui reçoivent une lumière nouvelle lorsqu'ils réapparaissent d'un chapitre à l'autre, alors que bien des années se sont écoulées... Sans jamais nous perdre entre passé et présent, l'auteur joue sur le temps, joue sur l'intrigue et joue sur les mots et les maux de ses personnages : à ce titre, le "rêve" éveillé de Sarah, persuadée que Robert vient de perdre sa sœur jumelle et va l'enterrer dans le jardin, rêve qui conditionne bien des rebondissements ultérieurs, est absolument savoureux.

Le style de l'auteur est tout aussi admirable que sa maîtrise de la narration, et fait montre d'une justesse impressionnante et d'un savant dosage de sérieux et d'humour typiquement britannique. De conversations absurdes en considérations plus importantes sur les troubles du sommeil et de l'identité, Jonathan Coe nous entraîne dans une intrigue parfaitement ciselée, malgré quelques longueurs apparentes.

 

Un seul regret, peut-être, concernant le dénouement, un peu abrupt et ouvert, malgré les trois annexes en forme d'épilogue. Certes, tous les personnages ont évolué depuis le début du roman, mais il est impossible de prévoir ce qu'il adviendra de certains héros, ce qui est tout de même un peu frustrant.

 

Atypique, passionnant, brillant, à la fois drôle et profondément mélancolique, les qualificatifs ne manquent pas pour décrire La Maison du Sommeil, un roman particulièrement réussi, qui donne envie de découvrir toute l'œuvre de Jonathan Coe, sans conteste l'un des écrivains les plus remarquables de notre époque.  4 étoiles

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3 mai 2014 6 03 /05 /mai /2014 14:26

Angela avait 13 ans lorsqu'elle a mystérieusement disparu du camp de scouts où elle passait ses vacances. Malgré trois ans d'enquête, les policiers n'ont jamais pu la retrouver et ses parents ont perdu espoir.

Jusqu'au jour où Angela réapparaît miraculeusement, le corps couvert de cicatrices laissées par les chaînes qui l'entravaient. Malheureusement, elle ne semble avoir aucun souvenir de sa détention ou même de son tortionnaire. Pour compliquer les choses, elle a l'impression d'être partie la veille, alors que trois longues années se sont écoulées.

Que lui est-il arrivé ? Où était-elle pendant ces trois années ? Qui l'a enlevée, et pourquoi ? D'où vient cette bague qu'elle ne possédait pas auparavant, et qui porte l'inscription "À ma petite femme" ?

Isolée et déboussolée, la jeune fille doit absolument recouvrer la mémoire au plus vite si elle veut un jour reprendre une vie normale. Mais c'est loin d'être simple, surtout que son esprit lui joue des tours : des objets qui se déplacent pendant qu'elle dort, des lettres qu'elle retrouve le matin mais qu'elle ne se rappelle pas avoir écrites, des voix qu'elle est la seule à entendre...

Grâce à l'aide d'une psychologue, Angela commence à comprendre qu'elle souffre de troubles de l'identité : au fil des séances, elle laisse s'exprimer les différentes personnalités qu'elle s'est créées pour supporter son calvaire. Mais elle est loin d'imaginer l'horreur de ce qu'elle a vécu...

 

 

 

Un thriller psychologique sur fond de dédoublement de personnalité, voilà une promesse qui semble bien alléchante. Oui, mais Liz Coley n'a malheureusement pas les moyens de ses ambitions.

 

Certes, le début du roman est plutôt accrocheur : une intrigue intéressante, du suspense, du mystère, du rythme... Et puis, rapidement, la machine s'essouffle. L'enquête de police, pourtant censée être centrale dans ce type d'ouvrage, passe complètement à l'arrière-plan : une partie de l'examen médical subi par Angela est ainsi délibérément occultée, car la révélation anticipée d'un "détail" aurait ruiné tout l'effet du twist final... (ce qu'on peut qualifier, au mieux, de maladresse de l'auteur, au pire de tromperie et de solution de facilité). Hebergeur d'image

 

Surtout, le roman se centre sur le quotidien d'Angela, et bascule dans le genre "littérature pour jeunes adultes", avec l'évocation du lycée, du bal de promo, des chamailleries, amourettes et autres trahisons entre adolescents. Le propos devient mièvre, convenu, puéril, alors même qu'Angela, du haut de ses treize ans d'âge mental, se fait des réflexions d'adulte et comprend parfaitement des notions de psychologie pourtant bien trop ardues pour elle, ce qui entache sérieusement sa crédibilité : Liz Coley a visiblement bien du mal à se projeter dans le corps et dans l'esprit d'une adolescente.

 

Les personnages secondaires ne sont pas mieux lotis : caricaturaux (en particulier les amis d'Angela) ou sous-exploités (les parents de la jeune fille, l'inspecteur de police), ils ne servent pas à grand-chose ou au contraire vampirisent l'intrigue principale par leurs histoires sans intérêt.

 

Et même si l'auteur semble s'être documentée sur les troubles dissociatifs de l'identité, comme l'affirme pompeusement sa biographie en 4e de couverture, elle présente la psychothérapie comme un véritable monde des Bisounours : quelques séances, quelques travaux pratiques (les sorties au restaurant sont à cet égard lamentables), deux trois manipulations du cerveau et hop ! guérison assurée.

 

La subtilité ne semble définitivement pas être le maître mot de Liz Coley : autant la thérapie est merveilleusement simple et d'une efficacité extraordinaire, autant le calvaire enduré par l'héroïne de ce roman est particulièrement tordu, malsain et exagéré, et les rebondissements qu'il provoque sont encore plus artificiels et risibles que ceux des Feux de l'amour.

 

Bref, un très mauvais thriller, qui n'a d'ailleurs de thriller que le nom, et décevra certainement bien des lecteurs qui s'attendaient à une véritable intrigue psychologique et se retrouvent devant un mauvais roman "Young adult", au style inexistant et à l'intrigue bien faible. 1.5 étoile

 

 

Ouvrage reçu dans le cadre de l'opération "Masse Critique". Merci à Babelio et aux éditions Presses de la Cité.

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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 22:34

Bienvenue à l'ère de la Chromocratie, un système politique futuriste totalitaire et extrêmement hiérarchisé. Désormais, l'œil humain n'est plus capable de distinguer toutes les couleurs, et la société se divise en caste déterminées par le niveau de perception des couleurs. Au sommet de la pyramide se trouvent les Pourpres, dont l'arrogance est légendaire. À l'inverse, le bas de l'échelle est assigné aux Gris, des êtres frustes à peine plus civilisés, aux yeux de la société, que les immondes Racailles qui peuplent les franges des mondes connus.

Une société totalitaire, donc, et volontairement archaïque : la technologie a tellement régressé que les voitures font figure d'antiquités, l'aéronautique, la mécanique et la science ont disparu, et même les cuillères ne sont plus que des reliques et font l'objet d'un trafic généralisé.

Dans ce monde absurde, il ne fait pas bon se montrer trop curieux. Edward Rousseau, jeune Rouge à l'avenir prometteur, va le découvrir à ses dépens. À cause d'une blague potache, le voilà envoyé dans le petit village de Carmin-Est pour recevoir une leçon d'humilité. Intrigué par l'ensemble des lois, règlementations et traditions qui régulent la vie de chaque citoyen, il se fait rapidement remarquer par sa propension à poser des questions qui dérangent. Témoin involontaire de la mort suspecte d'un Gris déguisé en Pourpre, il va se retrouver impliqué bien malgré lui dans une sombre histoire de trafic de couleurs qui va lui attirer bien des ennuis...

 

Célèbre pour ses œuvres loufoques et décalées, Jasper Fforde se lance dans une saga dystopique de haute volée. Dès les premières lignes, cet ouvrage nous entraîne dans un monde où l'absurde règne en maître, où on légifère sur tout (et surtout sur n'importe quoi), où toutes les technologies modernes et l'Histoire de l'humanité ont sombré dans l'oubli.

 

Jasper Fforde réussit l'exploit de nous rendre étrangement familier cet univers pourtant complètement déjanté, et sans tomber non plus dans l'écueil de l'œuvre de science-fiction dont l'unique objectif est de critiquer plus ou moins subtilement les dérives de notre propre société. Et s'il y parvient, c'est grâce à sa galerie de personnages hauts en couleur (haha) : Edward, le Rouge un peu trop curieux, Jane, la Grise effrontée et bagarreuse, Courtland, le Jaune tyrannique prêt à tout pour devenir Prévôt-en-chef, Violet, la Pourpre capricieuse et obsédée par son rang... Même les personnages secondaires sont particulièrement soignés et apportent de l'épaisseur à l'intrigue.

 

Amusant, entraînant, rafraîchissant, ce livre enchaîne les rebondissements et les scènes rocambolesques sans jamais se prendre au sérieux, et malgré ses sept cents pages, il se laisse lire d'une seule traite. Son seul défaut peut-être est de présenter un monde tellement mystérieux qu'il suscite plus d'interrogations qu'il n'apporte de réponses. Peu à peu néanmoins, à mesure que l'intrigue progresse et que les enjeux s'amplifient, la tonalité du roman se fait plus sombre, annonçant un second opus peut-être moins flamboyant mais sans nul doute tout aussi palpitant.

 

Un excellent roman, donc, intelligent et extrêmement bien construit, intrigant, à l'écriture décalée et aux personnages particulièrement riches. Quel dommage que le deuxième tome ne soit annoncé que pour 2015 !  4.5 étoiles 

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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 22:15

D'un côté, il y a Tom et Ellie, les petits bourgeois du lycée, à l'avenir tout tracé, grâce à la fortune et au réseau de leurs parents. De l'autre, il y a Karyn et Mikey, qui vivent dans une cité minable avec leur mère alcoolique et n'ont aucune perspective d'avenir, si ce n'est la rue et la misère.

Leurs mondes n'étaient pas destinés à se rencontrer. Mais le jour où Karyn accuse Tom de l'avoir violée au cours d'une soirée un peu trop arrosée, c'est leur vie à tous les quatre qui vole en éclats. 

Mikey, employé à la plonge dans un pub de la ville, n'a plus qu'une idée en tête : venger sa petite sœur, sans attendre que Tom soit condamné par la justice. De toute façon, Tom affirme que Karyn était consentante, et en l'absence de preuves concluantes, sa parole aura sûrement plus de poids que celle d'une gamine paumée et désargentée. 

Alors un soir, Mikey s'incruste à une soirée chez Tom, espérant en apprendre plus sur lui et trouver le moment opportun pour se venger. Un peu par hasard, il y fait la connaissance d'Ellie, sans comprendre tout de suite qu'elle est la sœur de son pire ennemi. Timide, bûcheuse, obsédée par sa réussite scolaire, tout le contraire de Mikey. Pourtant, ces deux-là vont s'enticher l'un de l'autre. 

Et bien sûr, arrivera le moment où chacun découvrira la véritable identité de l'autre, et devra affronter un cruel dilemme : protéger sa famille coûte que coûte, ou laisser parler son cœur ?

 

Avouez-le, vous l'avez vue venir à des kilomètres, cette histoire d'amour impossible entre la pauvre petite fille riche et le rebelle au grand cœur. Impossible de s'y tromper : la couverture, le titre, le résumé... Tout est fait pour nous servir une énième variation de Roméo et Juliette, ambiance ghetto contre beaux quartiers, violeurs contre violés.

ToiContreMoi.jpegAu début, on a vraiment envie de s'intéresser à ces adolescents, à leurs problèmes, on aimerait se laisser embarquer dans leur histoire d'amour naissante, dans leurs dilemmes cornéliens, dans leurs liaisons dangereuses... Sauf que le charme n'opère pas, car les personnages sont creux, stéréotypés à l'extrême (la mère alcoolique qui passe ses journées à dormir, le frère courage qui s'occupe de tout et refuse de renoncer à son rêve malgré son échec scolaire, la bonne élève qui s'entiche du caïd, les parents obsédés par leur réputation et l'honneur de leur famille, le bon pote débrouillard...).

Jenny Downham choisit un sujet délicat, le viol des adolescentes, mais ne nous épargne aucun des poncifs attendus : d'un côté la victime prostrée, emmurée dans son silence, souillée, salie, de l'autre les remarques acerbes et  sur sa tenue légère, son maquillage outrancier, son attitude provocante... Et en concluant volontairement son roman avant le verdict final, elle montre que finalement, on se fiche un peu, et elle la première, de savoir si Karyn a réellement été violée ou non. Non, ce qui importe, c'est visiblement l'histoire d'amour entre les deux héros.

Bref, l'auteur cède à la facilité, tant pour la construction de son intrigue que pour le caractère de ses personnages ou l'originalité de ses dialogues. Tout dans ce roman semble fade, insipide, même les sentiments des héros auxquels on ne parvient pas à croire une seconde. La bluette entre Mikey et Ellie n'a aucun intérêt, et même leurs scrupules à manipuler l'autre sonnent faux, sans parler du ridicule de certaines scènes, comme celle où la jeune fille s'offre sur un plateau d'argent à Mikey, rejouant à peu de choses près le viol présumé de la sœur de l'un par le frère de l'autre... Mais l'auteur, trop absorbée par la description de cette étreinte-romantique-sur-peau-de-bête-au-coin-du-feu (véridique) ne semble même pas avoir remarqué ce parallèle, qui aurait pourtant pu être intéressant à soulever, ce qui démontre, si cela était encore nécessaire, l'extraordinaire vacuité de son ouvrage.

Un roman parfaitement dispensable, donc, à réserver à un public amateur des intrigues pauvres et des dialogues plats, mais qui pourra toutefois servir à caler un meuble, si besoin.     1 étoile

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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 14:50

Depuis plusieurs semaines, un mystérieux psychopathe s'est mis à sévir à Berlin. Ses victimes sont retrouvées vivantes et ne présentent aucune blessure externe, mais elles sont complètement apathiques, dans un état pratiquement végétatif, comme si on leur avait enlevé toute possibilité de communiquer et d'interagir avec le monde extérieur. Dans leur main, les enquêteurs découvrent à chaque fois un bout de papier portant une inscription énigmatique, et les victimes se multiplient sans que rien ne semble pouvoir arrêter celui que la presse a désormais surnommé le Briseur d'âmes...

En cette veille de Noël, Caspar, un jeune homme amnésique, se retrouve interné dans une clinique psychiatrique sur les hauteurs de la capitale allemande. Assailli de souvenirs, persuadé que sa fille est en danger et l'attend quelque part à l'extérieur, il envisage de prendre la poudre d'escampette, mais une tempête de neige contrarie ses plans, et le voilà enfermé dans l'établissement avec une poignée de patients et le personnel de l'établissement.

La tempête fait rage au-dehors et l'établissement se retrouve bientôt coupé du monde et dans l'incapacité de communiquer avec l'extérieur. Au même moment, des événements tragiques agitent la clinique, et Caspar comprend que le Briseur d'âmes est parmi eux. Désormais, Caspar ne peut plus faire confiance à personne... et encore moins à lui-même.

 

En quelques thrillers, Sebastian Fitzek s'est imposé comme le nouveau nom du polar allemand. À chaque nouvel opus, il se classe en tête des ventes. Avec Le Briseur d'âmes, le voilà qui mêle huis clos et thriller scientifique, avec une plongée au cœur de l'hypnose et de l'amnésie. 916mwmqbJ5L._SL1500_.jpg

Si l'auteur sait toujours aussi bien ménager le suspense en fournissant de nombreux rebondissements, comme à son habitude, il n'empêche que ce roman ne convainc pas autant que les précédents ouvrages de Fitzek : l'intrigue, même si elle est en quelque sorte dédoublée entre passé et présent, est assez faible, et les personnages sont à peine esquissés, là où l'auteur nous avait habitués à des caractères bien trempés et dotés d'une grande profondeur psychologique.

L'ouvrage pèche surtout par sa longueur : il est bien difficile de nos jours d'écrire un thriller en moins de 400 pages, et c'est sans doute cette brièveté (pour des raisons de délais éditoriaux, peut-être ?) qui nuit le plus à la lecture de ce roman.

Comble de malchance ou de médiocrité pour un livre si court, l'intrigue est bien longue à se mettre en place, et le lecteur met beaucoup du temps à s'attacher un tant soit peu au héros ou aux autres personnages, qui sont complètement transparents d'un bout à l'autre du livre et ne semblent servir que de faire-valoir.

Pourtant, l'idée était intéressante, et la lutte du héros pour recouvrer la mémoire est plutôt bien construite, mais le lien avec la présence du Briseur d'âmes dans la clinique n'est expliqué qu'à la toute fin du roman, dans un dénouement tiré par les cheveux où le coupable se trouve obligé de raconter par le menu tout ce qui l'a conduit à commettre ses crimes, au cas où le lecteur aurait eu du mal à suivre... Pour la vraisemblance, on repassera.

Ajoutons que ce thriller, très inspiré des films d'horreur, et en particulier des slashers, est incroyablement confus, avec des dialogues qui ne servent à rien si ce n'est à noircir de la page, et des rebondissements invraisemblables : on aura rarement vu un groupe de personnes enfermées avec un tueur subir autant d'avaries et de malheurs.

Le Briseur d'âmes se laisse finalement lire sans trop d'efforts, mais reste bien en-dessous des précédents ouvrages de Sebastian Fitzek, peut-être un peu vite considéré comme un maître du thriller à l'allemande. Espérons que ce ne soit qu'un incident de parcours, et que l'auteur retrouvera vite l'inspiration et la voie de l'originalité. 2,5 étoiles

 

Découvrez aussi, du même auteur,  Thérapie  et   Tu ne te souviendras pas

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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 19:24

Lisbonne, 1500. Le monde est en train de basculer : après la découverte des Amériques par Christophe Colomb et l'ouverture de la route des Indes par Vasco de Gama, le Portugal a décidé d'étendre sans tarder son empire commercial. Le roi Manuel ordonne donc le départ d'une nouvelle armada en direction des Indes. La flotte, composée de treize nefs et placée sous le commandement du renommé Pedro Álvares Cabral, prend la mer en direction du cap de Bonne-Espérance.

À bord d'un des navires se trouve le jeune João Faras, médecin du roi et cartographe, chargé d'apporter des améliorations au Padrão Real, la carte du monde secrète établie pour Manuel Ier. Le voilà donc sur le point de dessiner les contours de continents encore jamais foulés par les Portugais, mais son statut privilégié à bord lui attire l'hostilité et les moqueries des matelots, ainsi que le mépris du pilote, avec qui il se trouve sans cesse en conflit.

Après avoir fortuitement découvert les côtes du Brésil (que Cabral baptise Vera Cruz), l'armada met le cap sur l'Afrique. Mais au large du cap de Bonne-Espérance, les marins sont surpris par une terrible tempête, qui sépare du reste de la flotte la nef sur laquelle se trouve João. Désormais livré à lui-même, l'équipage est en plus décimé par le scorbut, la faim et la soif, à tel point que certains envisagent de céder au cannibalisme. Impossible à présent de rejoindre les Indes, mais les côtes africaines ne semblent guère hospitalières...

João, écartelé entre son désir de participer aux plus grandes découvertes de son temps et son envie de retrouver sa famille, aussi effrayé que fasciné par les tribus indigènes rencontrées lors de leurs escales, mais également tiraillé entre judaïsme et catholicisme, puisqu'il est un nouveau converti, n'imagine pas encore toutes les aventures et les épreuves qui l'attendent encore, non seulement sur mer, mais aussi et surtout sur terre... 

 

Vous en avez assez de la grisaille parisienne ? Embarquement immédiat pour des terres inconnues, au siècle des Grandes Découvertes. Bien sûr, il faudra vous armer de patience (eh oui, il faut plusieurs semaines pour atteindre les Indes en contournant l'Afrique, surtout si on fait une petite escale au Brésil au passage...), de courage (pour affronter les tempêtes, les maladies, la faim, l'ennui, les caprices du pilotes mais aussi les attaques des sauvages, au cas où les marins auraient l'idée saugrenue de débarquer pour se dérouiller un peu les jambes), et d'une bonne dose de foi (en vous-même, en vos instruments - loin d'être précis et fiables à cette époque -, en la solidité de votre rafiot, en l'humanité, en Dieu aussi, ça peut toujours servir en cas de vilaine tempête).

EgareLisbonne.jpgPlus sérieusement, voici un roman historique original et très bien documenté, comme l'atteste l'annexe en fin de volume. Le travail des éditions Gaïa est également remarquable en ce qui concerne la confection du livre, avec le splendide Padrão Real reproduit en 2e et 3e de couverture. L'auteur parvient sans peine à nous entraîner dans son histoire grâce à sa plume légère et à son style délicieusement suranné, parfaitement adapté à la parlure un peu précieuse de ce cartographe-médecin malgré lui qui fait face avec effroi au manque de raffinement de ses camarades de navigation. 

Habilement construit en triptyque, ce roman vous emmène de ce périlleux voyage maritime (dont bien peu reviendront, et pas tout à fait aussi insouciants qu'à leur départ) à l'épidémie de peste qui ravagea Lisbonne et conduisit au massacre des juifs de la capitale (leur implication dans la propagation de l'épidémie ne faisant manifestement aucun doute pour les Lisboètes), en passant par une aventure rocambolesque au cours de laquelle le héros se voit chargé de dérober le Padrão Real, presque aussi bien gardé que les bijoux de la couronne.

Si les personnages secondaires manquent un peu d'épaisseur et d'originalité (l'esclave rusé, le marin bourru, le patron de taverne louche, le soldat débauché...), le héros se révèle assez attachant, bien qu'il puisse aussi se montrer fort agaçant par moments en raison de ses atermoiements et de ses jérémiades répétées. L'intrigue, quant à elle, est plutôt bien construite et rythmée. Enfin, l'auteur a judicieusement intégré à son ouvrage certains éléments qui ont davantage de résonance à notre époque, par exemple le stress post-traumatique dont semble souffrir le héros, et que, bien évidemment, personne au XVIe siècle ne semble comprendre, la tolérance envers l'adultère, mieux accepté de la part des hommes que de celle des femmes, ou encore la description édifiante du pogrom des juifs, éternelles victimes de l'obscurantisme et de la haine de l'autre.

En somme, un très bon roman historique sur une époque quelque peu délaissée, qui mêle habilement récit de voyage, roman d'espionnage et critique de la société. De quoi sérieusement dépayser les lecteurs, tout en leur donnant à réfléchir sur leur propre époque, ce qui est finalement le signe d'un roman intelligent.   3,5 étoiles

Ouvrage reçu dans le cadre de l'opération "Masse Critique". Merci à Babelio et aux éditions Gaïa.

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