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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 18:49

Moosonee. Une petite ville perdue au fin fond du Canada, au nord de l'Ontario. Une bourgade pauvre, où l'acool, le trafic de drogue et la violence règnent en maître, et où cohabitent tant bien que mal, depuis plusieurs générations, indiens Cree et Blancs. Malgré les efforts des citoyens, les tensions demeurent, et une simple étincelle peut à tout moment mettre le feu aux poudres.

William Bird, un ancien trappeur ayant perdu sa femme et ses enfants dans l'incendie qui a ravagé sa maison, est dans le coma, après avoir été violemment agressé. Sa vie ne tient plus qu'à un fil, et les médecins ne sont pas certains qu'il se réveille un jour. Sur les conseils de sa meilleure amie, la jeune Annie, sa nièce, entreprend de lui parler chaque jour, espérant le sortir peu à peu de sa torpeur.

Elle lui raconte sa quête désespérée pour retrouver sa sœur Suzanne, disparue il y a plusieurs mois déjà, alors qu'elle tentait de percer dans le milieu du mannequinat, entre Toronto et New York. Le petit ami de Suzanne, Gus Netmaker, un dealer aux combines suspectes, s'est également volatilisé sans explication. Marchant dans les pas de sa sœur, Annie est elle aussi allée s'étourdir dans le frisson des grandes villes. Photos, drogue, fêtes jusqu'au bout de la nuit... Très vite, Annie vacille, et malgré le soutien d'un étrange Indien muet qui joue les anges gardiens, elle risque de se brûler les ailes...

Du fin fond des ténèbres de sa conscience, Will, quant à lui, revit les mois qui l'ont mené sur ce lit d'hôpital. Les altercations, de plus en plus violentes, avec Marius Netmaker, son ennemi juré. Ses tentatives pour échapper à la colère de ce petit caïd, bien décidé à lui faire payer la disparition de Gus. L'escalade de la violence, jusqu'au drame, inévitable.

De ces deux voix qui s'élèvent en parallèle, naît le roman d'un peuple déchiré entre passé et présent, entre son riche héritage et sa cruelle décadence, entre ses valeurs ancestrales et les dérives d'une société qui les a réduits au rang de moins-que-rien.

 

Il y a des romans qui, dès les premières pages, vous font voyager. Qui vous offrent des promesses de rêve, d'exotisme et d'évasion. Cet ouvrage est de ceux-là. De ceux qui vous emmènent au bout du monde durant cinq ou six cents pages, et vous font regretter de les avoir terminés.

Avec sa narration soignée, en forme de conversation muette entre deux êtres sur le fil, ce roman nous entraîne au cœur desSaisonsSolitude.jpg préoccupations les plus intimes de ses héros : la disparition d'une sœur, le deuil, les vieilles rancunes familiales, la dépression, la drogue, l'alcoolisme... Le tout porté par une écriture simple mais chargée d'émotion et de poésie, en particulier dans les chapitres consacrés à Will, l'ancien trappeur hanté par de douloureux souvenirs. 

Les deux héros, pas spécialement attachants de prime abord, sont bien campés et finissent par emporter l'adhésion du lecteur. Et pour une fois, même les personnages secondaires sont étoffés et dépeints avec finesse, en particulier le mystérieux Gordon qui veille sur Annie.

La nature pourrait presque, elle aussi, être considérée comme un personnage à part entière de cet ouvrage, tant elle y est omniprésente. Moins oppressante que dans les romans de David Vann, elle entretient un lien de quasi-filiation avec les Cree, qui sont les seuls à savoir encore lui prêter une attention suffisante. Mais l'auteur évite toute image d'Épinal à la Pocahontas : en opposant les deux jeunes sœurs, l'une fière de ses racines, l'autre bien plus attirée par les podiums et les photographes que par les fourrures ou la chasse aux oies sauvages, il évoque les dilemmes d'une génération en quête d'identité propre, perdue entre revendication d'un héritage culturel et occidentalisation des modes de vie.

La grande force de ce roman est de livrer une peinture captivante, mais jamais misérabiliste, de la difficile intégration des Cree dans la société contemporaine. Joseph Boyden aborde de nombreux problèmes en évitant tout manichéisme : addictions, tensions entre communautés, perte des savoirs et des savoir-faire propres aux Indiens... D'autre part, la description de la jeunesse dorée new-yorkaise est particulièrement riche et intéressante, surtout livrée du point de vue d'Annie, la jeune Indienne fière de sa culture et de ses valeurs, qui se laisse pourtant emporter dans le tourbillon des fêtes, de l'argent facile et de la drogue.

En bref, un excellent roman, d'une grande subtilité, servi par un style élégant et porté par des personnages forts, dont les descriptions majestueuses vous hanteront longtemps après l'avoir refermé.  4 étoiles

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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 15:15

Voici l'un des plus grands chercheurs de sa génération, Cédric Villani, que ses détracteurs surnomment sournoisement "la Lady Gaga des maths". Un homme au look atypique, ambiance dandy aux cheveux longs qui ne se sépare jamais de sa lavallière et de sa broche araignée. Un pur esprit que l'on a aussi accusé de venir se prostituer sur le plateau du Grand Journal, aux côtés de cet imbécile de Franck Dubosc, là où d'autres y voyaient un bon moyen de faire découvrir la recherche au grand public.

Rappel des faits : en 2010, Cédric Villani obtient pour ses travaux la médaille Fields, l'une des distinctions les plus prestigieuses qui existent en mathématiques, récompense attribuée tous les quatre ans à une poignée de chercheurs émérites âgés de moins de 40 ans.

Cet ouvrage, c'est le récit de longs mois de recherche, passés aux quatre coins du monde (de Princeton à Hyderabad en passant par Paris, Lyon et New York, il faut vraiment avoir une âme de globe-trotter pour être mathématicien !) à griffonner nuit et jour sur des centaines de brouillons, à échanger des milliers de mails avec son collaborateur Clément Mouhot, ou encore à boire des dizaines de tasses de thés, assis, debout, ou allongé les pieds au mur. Bref, une authentique vie de chercheur, avec ses espoirs, ses avancées, ses éclairs de génie, mais aussi ses déceptions, ses erreurs et ses doutes.

Entre compte-rendu de recherche, autobiographie et recueil d'anecdotes, Théorème vivant est une véritable invitation au voyage, une plongée en apnée dans le monde fascinant des mathématiciens...

 

Amateurs de vulgarisation scientifique, passez votre chemin ! En refermant ce livre, vous ne saurez pas tout, loin s'en faut, de l'amortissement Landau ou de l'équation de Boltzmann. Et on s'en fiche, parce que ce n'est pas le but de cet ouvrage, de toute façon.

TheoremeVivant.jpgCédric Villani a simplement pour ambition de nous faire partager son quotidien de chercheur, bien différent de l'image que le grand public s'en fait : loin de ressembler au savant fou reclus dans sa tour d'ivoire, passant ses journées à effectuer des calculs tous plus complexes les uns que les autres, les mathématiciens passent une grande part de leur temps à échanger avec leurs pairs, que ce soit par e-mail ou au cours de discussions plus ou moins formelles, lors des colloques internationaux par exemple.

La vie de mathématicien ressemble, sous la plume de Cédric Villani, à un émerveillement constant devant la beauté et la complexité des mathématiques. Une fascination que peut ressentir, à son échelle, le lecteur confronté aux pages brutes remplies d'équations qui jalonnent ce livre, et qui ont la puissance de la poésie hermétique de Mallarmé ou de Paul Valéry.

Bien sûr, cet ouvrage peut sembler décousu, en raison même du matériau hétéroclite qui le compose, et donc des différents changements de style (tantôt laconique, tantôt technique, tantôt lyrique), mais il faut accepter d'être entraîné soudainement d'un échange de mails à la description de la vie à l'IAS, en passant par des paroles de chanson, des anecdotes de voyage ou des extraits d'articles. Et tant pis si la majeure partie des calculs nous échappe !

Certes, Villani fait parfois montre d'une certaine complaisance, notamment lorsqu'il décrit ses aventures avec la gent féminine (ce qui doit d'ailleurs ravir son épouse, un peu vite reléguée au rang de mère au foyer), l'auteur se montre au contraire fort humble lorsqu'il parle de ses recherches, et il serait malvenu de voir dans cet ouvrage une forme de narcissisme exacerbé, d'autant que le tout est émaillé de nombreux portraits de grands mathématiciens, contemporains ou plus anciens, qui remettent en perspective la place de l'auteur dans le monde des maths.

Et si, une fois ce livre terminé, vous pensez encore que la recherche en France est moribonde ou dépassée, c'est que vous le faites exprès et qu'on ne peut plus rien pour vous.    3,5 étoiles

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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 23:01

Un film étrange, retrouvé chez un collectionneur, qui rend aveugle celui qui le visionne.

Cinq cadavres enterrés au milieu de nulle part, atrocement mutilés, et dont on a prélevé le cerveau et les yeux.

Deux affaires qui n'en feront bientôt qu'une, réunissant pour la première fois Lucie Henebelle, lieutenant de police à Lille, et Franck Sharko, commissaire parisien en proie à divers troubles hallucinatoires depuis la mort de sa femme et de sa fille.

D'emblée, la collaboration entre ces deux fortes têtes s'annonce délicate, d'autant que les pistes se multiplient : des souks du Caire aux orphelinats canadiens en passant par les quartiers de la Légion Étrangère, Henebelle et Sharko ne sont pas au bout de leurs peines... ni de leurs surprises.

Car cette affaire aux ramifications complexes dissimule un enjeu terrifiant : la possible existence d'un mal encore inconnu, capable de faire basculer brutalement n'importe quel individu dans une folie meurtrière... et incontrôlable.

 

Franck Thilliez, spécialiste français du thriller scientifique, fait partie de ces auteurs qu'on adore détester, et ce n'est pas sur ce blog qu'on vous dira le contraire.

Intrigues tirées par les cheveux, personnages stéréotypés, dialogues creux, invraisemblances en série, style inexistant... La liste des reproches qu'on pouvait lui faire était longue. Pourtant, avec Vertige, son avant-dernier opus, Thilliez a démontré qu'il était capable de progrès.syndromeE.jpg

Peut-on en dire autant du Syndrome [E] ? Malheureusement, non. Certes, il y a du rythme, c'est indéniable. Les rebondissements s'enchaînent plutôt bien, faisant de ce roman un bon turn-over, jusqu'au dénouement, dont le twist (à peine prévisible...) ouvre tout naturellement la voie au second tome de ce diptyque, Gataca.

Mais malgré les efforts fournis par l'auteur pour la documentation (par exemple sur les effets spéciaux au cinéma ou les techniques de manipulation mentale), l'intrigue s'éparpille et se perd dans l'exploration de pistes secondaires dont le lecteur peine à saisir l'intérêt : entre le cinéma muet des années 1950, les images subliminales, le lavage de cerveau, les pulsions de violence incontrôlée, la théorie du complot, les massacres du Rwanda, la CIA, les orphelins de Duplessis et les services de renseignement français, on a décroché depuis au moins deux cents pages...Sans parler du coupable, dont le nom nous est balancé, après six cents pages, comme un cheveu sur la soupe, et qui bien gentiment nous explique le pourquoi du comment avant de se laisser emmener par la police sans opposer de résistance. Là, c'est plus Henebelle et Sharko, c'est Julie Lescaut.

De plus, Thilliez retombe résolument dans ses travers habituels, avec une histoire glauque à souhait, une écriture désespérément plate, et surtout des personnages terriblement agaçants, à commencer par Sharko, à qui on ferait bien bouffer ses hallucinations, ses trains, ses marrons glacés et sa sauce cocktail, qu'il promène partout avec lui, en bonne incarnation du flic schizophrène abîmé par la vie. Henebelle est à peine moins caricaturale, et tout aussi fatigante, à vouloir absolument traquer le Mal (avec une majuscule, s'il vous plaît) partout où il se trouve. Ne parlons pas de la relation qu'elle entretient avec Sharko, convenue de A à Z et digne des meilleurs romans de gare.

Bref, une fois de plus, Thilliez déçoit, en voulant se la jouer grand maître du thriller à l'américaine mais en s'embourbant dans une intrigue sans queue ni tête dont les enjeux les plus intéressants ne sont qu'effleurés. Et le plus embêtant, à la fin du roman, c'est qu'on ne sait toujours pas ce qu'est vraiment ce foutu syndrome [E]. 1,5 étoile

 

Les autres romans de Franck Thilliez :

La mémoire fantôme

Vertige

Fractures

L'anneau de Moebius

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 21:01

Lorsque Cendrine Gerfaut débarque à Barjouls, petit village paumé du sud de la France, elle attire immédiatement l'attention des habitants, toujours avides de nouveauté pour égayer leur morne quotidien. Il faut dire qu'une jeune et jolie jeune femme qui s'installe au village, ça a de quoi surprendre, même si la jeune femme en question prétend être une botaniste envoyée à Barjouls pour recenser les plantes de la vallée. 

En réalité, Cendrine ne s'intéresse guère aux plantes. Si elle a décidé de s'enterrer dans ce trou perdu, c'est pour une raison bien simple : la vengeance. Il y a dix-huit ans, son fiancé a été abattu d'une balle dans le dos par un certain Benjamin Lucas, sans motif apparent. Alors que ce dernier vient tout juste d'être libéré pour bonne conduite, la jeune femme n'a toujours pas trouvé l'apaisement, et vit encore dans le souvenir de son fiancé disparu. 

Résolue à se faire justice elle-même, Cendrine a minutieusement remonté la piste de son ennemi, jusqu'à ce village de montagne dont il est originaire. Il ne lui reste plus à présent qu'à débusquer Benjamin Lucas en menant discrètement son enquête parmi les habitants. Mais le village cache bien des secrets et des rancunes tenaces, et certains feront tout pour empêcher Cendrine de s'intéresser d'un peu trop près à leurs petites histoires...

 

Il faut bien l'avouer, à la lecture du résumé de ce roman, on s'attend à une histoire cousue de fil blanc, ambiance feuilleton de l'été sur TF1, secrets de famille, haines ancestrales, vengeances avortées, sans oublier la traditionnelle histoire d'amour, et le tout saupoudré d'un soupçon de paranormal. Et pourtant, La Paupière du Jour, malgré son titre bien peu engageant, paupiere.jpgest vraiment tout sauf un roman de gare.

Tout d'abord, parce que l'auteur prend le temps de poser le décor et d'introduire ses personnages, en essayant d'éviter, autant que possible, de tomber dans la facilité, le manichéisme et les clichés. Et comme pour mieux surprendre le lecteur, les personnages qui paraissent les plus stéréotypés au début sont sans doute ceux qui réservent le plus de surprises après quelques centaines de pages...

L'atmosphère régnant au village, qui oscille entre non-dits et suspicion généralisée, est, elle aussi, finement rendue, et la tension croît au fil des révélations : entre menaces, chantage, sorcellerie, viols, spoliations de biens, adultères et meurtres, il ne fait décidément pas bon vivre à Barjouls, un endroit où règne, encore plus qu'ailleurs, la loi du silence, surtout vis-à-vis de "l'étrangère", cette Cendrine qui se mêle de tout, avec son air de ne pas y toucher.

L'héroïne, justement, est plutôt sympathique, et elle n'hésite pas à mettre les pieds dans le plat pour comprendre les liens étranges qui unissent les habitants depuis plusieurs générations. Parmi les villageois, le mystérieux Hugo, complètement ridicule au début du roman avec son obsession pour la fin du monde, gagne heureusement en subtilité et en caractère au fil des chapitres, tout en restant cependant assez prévisible dans son évolution.

Enfin, l'écriture est généralement fine et soignée, parfois inutilement (dix lignes pour nous expliquer que Cendrine lance une machine... merci), mais l'auteur aurait gagné à étoffer davantage ses descriptions de la nature, un peu trop scolaires pour présenter un véritable intérêt.

En somme, et contre toute attente, un bon moment de lecture pour cet ouvrage bien construit et aux personnages assez fouillés, qui parvient à éviter l'écueil du roman de terroir grâce à une bonne maîtrise du rythme et du suspense. 3,5 étoiles

 

Ouvrage reçu dans le cadre de l'opération "Masse Critique". Merci aux éditions Buchet-Chastel et à Babelio.

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 23:06

New York, extérieur nuit. Dans les rues de la ville, sous les yeux ébahis des passants, une jeune femme court à perdre haleine, avant de s'effondrer dans un parc. Nue, terrifiée, et surtout horriblement mutilée : on l'a entièrement scalpée. En état de choc et traumatisée par ce qu'on lui a fait subir, elle est complètement incapable de parler et semble tout droit revenir d'un séjour en enfer.

Annabel O'Donel, du NYPD, se charge de l'enquête, et ne tarde pas à retrouver l'endroit d'où la jeune femme s'est échappée. Elle y découvre avec horreur deux cadavres, eux aussi scalpés, ainsi que les photos de soixante-sept personnes, toutes portées disparues depuis des mois, voire des années. Un enlèvement massif ? Le tableau de chasse d'un serial killer particulièrement doué ? Impossible. Et pourtant... 

Aidée par Joshua Brolin, ancien profiler au FBI devenu détective privé, Annabel se lance sur la piste du monstre qui hante les rues de Brooklyn. Un monstre particulièrement terrifiant et sans scrupules, et qui pourrait bien avoir plusieurs têtes...

 

Avec ce deuxième volet de la Trilogie du Mal, Maxime Chattam continue son exploration des déviances les plus sombres de l'âme humaine, en nous plongeant littéralement au cœur des ténèbres. Pas le temps de faire dans la subtilité, le ton est donné dès les premières pages : du gore, du glauque et du morbide. Pourquoi pas, après tout, si c'est bien fait ?

Comme pour compenser un peu la noirceur de son intrigue, l'auteur choisit cette fois de s'attacher aux pas d'une jeune intenebris.jpgpolicière de talent, Annabel, tout aussi tête brûlée que le sympathique et ténébreux Joshua Brolin, détective torturé découvert dans le premier volume de la trilogie. À eux deux, ils mènent une enquête à la limite de la légalité (et de la vraisemblance, par exemple en poursuivant leurs investigations alors même que le FBI est censé avoir repris l'affaire...) et aux multiples rebondissements, savamment ménagés par un recours (un peu trop) régulier aux cliffhangers en fin de chapitre, qui font toujours leur petit effet sur le lecteur.

Malgré une documentation solide et un très bon sens du suspense, cet opus séduit nettement moins que le précédent tome : l'écriture semble moins aboutie, les personnages moins travaillés, l'intrigue peine à se mettre en place et l'ensemble souffre de nombreuses longueurs, notamment vers la fin, lorsque le coupable expose par le menu (haha) ses motivations à une héroïne médusée, qui se farcit (haha, décidément) un interminable et invraisemblable monologue ambiance café-du-commerce sur le consumérisme et la stupidité d'une société à la dérive. Le tout couronné d'un dénouement en forme de deus ex machina, assez peu habile de la part de Chattam, qui semble cette fois avoir eu un peu de mal à conclure intelligemment son histoire.

Alors certes, In Tenebris constitue un page-turner honnête, qui ravira les fans du genre et qui joue cartes sur table en revendiquant assez ouvertement ses influences cinématographiques (Seven et Le Silence des Agneaux notamment), mais qui déçoit au regard des deux autres volumes de la trilogie, plus haletants et plus aboutis. Chattam nous avait habitués à bien mieux, et manque d'originalité et de finesse dans ce roman finalement un peu brouillon2,5 étoiles

 

Découvrez aussi L'âme du Mal

et Maléfices, de Maxime Chattam

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 23:02

Depuis sa naissance, Jack n'a connu pour seul horizon que les quatre murs de la petite chambre où il vit avec sa mère. Du monde qui l'entoure, il ne connaît que ce qu'il voit à la télévision, sans comprendre encore que ces images proviennent d'un monde réel, et ne sont pas des fictions au même titre que les aventures de sa copine Dora l'exploratrice.
Aujourd'hui, Jack a cinq ans, et des millions de questions qui l'assaillent, auxquelles sa mère ne peut pas toujours répondre, coincée par les limites étriquées de ce monde sur-mesure qu'elle lui a fabriqué. Elle le sait, elle ne pourra pas l'entretenir éternellement dans l'illusion d'une vie normale. Mais comment trouver les mots pour lui expliquer toute l'horreur de cette situation ? Son enlèvement, cette réclusion forcée depuis des années, et les visites nocturnes de cet être immonde que l'enfant appelle Grand Méchant Nick ? 
Peu à peu, une idée germe dans son esprit. Une idée folle, suicidaire peut-être, mais qui constitue le seul espoir auquel elle se raccroche : faire évader Jack, par n'importe quel moyen, quitte à risquer sa propre vie...

 

Évidemment, à l'origine, il y a un fait divers. Sordide, glaçant, épouvantable. Le kidnapping d'une adolescente, sept années de séquestration et de viols répétés, la naissance d'un enfant maudit. Mais à l'arrivée, Room est tout autre chose. Un roman poignant, déroutant, étourdissant.

room.jpgEt pourtant, les premières pages sont loin d'être convaincantes, en raison du point de vue adopté. La narration à hauteur d'enfant est certes un parti pris original et intéressant, mais aussi extrêmement périlleux. En effet, le lecteur devra s'armer d'une bonne dose d'abnégation pour faire fi des "Monsieur Placard", "Petit Dressing" et autres "Madame Télé", sans parler des séances d'allaitement biquotidiennes dont l'auteur nous gratifie à grands coups de "Doudou-Lait", et qui agacent par leur redondance.

Mais passé l'énervement initial, on se laisse peu à peu entraîner dans le monde un peu spécial de Jack, un univers qui n'a rien de féerique, malgré les efforts désespérés de sa mère pour lui dissimuler la triste réalité. La première moitié du roman intrigue et pose les jalons d'un drame à huis clos dont les enjeux sont amplifiés par la naïveté du point de vue ; la seconde nous plonge au cœur d'une question terriblement angoissante : comment vivre "l'après", la liberté soudainement retrouvée, l'immensité du monde extérieur ? 

Car c'est bien de cela qu'il s'agit, et la force de ce roman est bien de nous montrer que rien n'est joué lorsque la séquestration prend fin, mais au contraire qu'un long apprentissage commence, plus difficile encore pour le petit héros qui a tout à découvrir, campant un Enfant sauvage moderne, capable de susciter la fascination la plus morbide et méprisable qui soit.

Porté par une construction solide, une écriture atypique et un habile sens du suspense, ce livre est de ceux qui ne laissent pas indifférent : si Room est avant tout une leçon de survie en deux parties, et dont la plus oppressante n'est pas nécessairement celle qu'on croit, c'est aussi un roman exceptionnel sur l'amour maternel le plus absolu, un amour qui passe sans cesse d'un extrême à l'autre, au gré des réactions souvent imprévisibles du petit Jack, cet enfant de l'ombre à qui l'on ordonne subitement, et sans explication, de devenir grand, autonome et raisonnable. Un enfant qui est un peu, au fond, chacun d'entre nous.  3,5 étoiles

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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 13:49

La jeune Suzanne n'a jamais eu la vie facile : issue d'une liaison illégitime dont elle ignore tout, elle a toujours été rejetée par ses parents et ses sœurs. Plus le temps passe et plus ses parents semblent lui en vouloir. Jusqu'au jour où, sous prétexte de difficultés financières, ils décident de la faire enfermer dans un couvent afin qu'elle entre dans les ordres et ne risque plus de causer de trouble dans la famille, par exemple en réclamant sa part d'héritage.
Malgré les vives protestations de la jeune fille, qui n'a aucun goût pour la vie monastique et refuse de prononcer ses vœux, Suzanne est contrainte de demeurer au couvent, dans la communauté des clarisses. Heureusement, la mère supérieure, une femme douce, pieuse et patiente, fait tout pour alléger les tourments de Suzanne et lui inspirer la foi.
Mais elle meurt quelques mois plus tard, et l'arrivée du nouvelle mère supérieure, diamétralement opposée à la précédente, marque le début d'un nouveau calvaire pour Suzanne. D'autant que celle-ci vient d'intenter un procès au couvent pour rompre ses vœux et recouvrer sa liberté, un procès qui pourrait porter un énorme préjudice à la communauté. Bien décidée à empêcher toute forme de scandale, la mère supérieure ne tarde pas à transformer la réclusion de la jeune nonne en véritable enfer. Humiliée, harcelée, martyrisée par tous, Suzanne bascule peu à peu dans la folie...

 

Hésitant entre témoignage et fiction, cet ouvrage violemment anticlérical nous plonge au cœur des turpitudes qui règnent dans les couvents du XVIIIe siècle. Brimades, privations, sévices divers, violences physiques et mentales... Rien n'est épargné à la pauvre Suzanne, jeune femme innocente et naïve, dont la seule faute est d'avoir osé s'élever contre un noviciat qui lui était imposé par des parents cruels.religieuse.jpg
Loin de la narration fantasque qui faisait le charme et le génie de Jacques le Fataliste, Diderot choisit ici un autre registre, plus sombre, plus désabusé, mais tout aussi corrosif et efficace, faisant de ce roman une critique acerbe des dérives de l'Église, de ses silences et de ses scandales
Et précisément, c'est un scandale que provoqua la parution de ce livre, sans doute moins pour les réflexions philosophiques de l'auteur concernant la liberté, qu'en raison des nombreuses attaques portées contre les communautés religieuses, où règnent l'ambition, la jalousie, la cruauté, la dépravation et l'hypocrisie. Sans parler de la deuxième partie du roman, où la pauvre Suzanne tombe sous la coupe d'une mère supérieure aux penchants inavouables, et qui a instauré dans son couvent un climat de doux libertinage avec favorites, disgraciées et extases quotidiennes.
Avec un ton volontairement sulfureux et le choix d'une héroïne particulièrement pure et innocente, qui ne voit pas le mal même lorsqu'il est juste sous ses yeux, les infortunes de Suzanne annoncent celles que connaîtra Justine environ dix ans plus tard, sous la plume d'un certain marquis, lui aussi très virulent dans ses attaques contre la religion et l'Église.
Comme toujours, le style de Diderot est admirable, d'une profondeur soigneusement travaillée pour s'inscrire de façon cohérente dans la situation d'énonciation : l'héroïne raconte elle-même ses aventures, avec intelligence, pudeur et sensibilité, et la vivacité de son esprit lui permet d'assumer tous les discours que l'auteur lui prête, même les plus complexes et philosophiques. 
Seule déception, peut-être, la fin, trop rapidement esquissée et comme en suspens, mais exigée par le contexte d'écriture : la jeune Suzanne attend désespérément l'aide du marquis de Croismare, un homme que Diderot et ses amis tentaient précisément de faire revenir à Paris après une retraite prolongée en Normandie. 
La Religieuse, une simple mystification littéraire, donc, mais aussi l'un des plus grands romans du XVIIIe siècle, passionnant, bouleversant, et dont les enjeux résonnent encore aujourd'hui.    4 étoiles

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 18:40

Peu à peu, presque insidieusement, la mystérieuse Fondation, créée par Hari Seldon pour assurer la sauvegarde de la civilisation, s'est étendue. Mais avec les années, et alors que des crises de plus en plus graves secouent l'Empire et menacent de faire voler en éclats la paix impériale, la Fondation et sa puissance suscitent bien des inquiétudes... et des convoitises. À commencer par celle de Bel Riose, un général adulé par ses soldats, qui pourrait se révéler fort dangereux s'il décidait un jour de trahir l'Empereur, par exemple sur les conseils d'un vice-roi arriviste et assoiffé de pouvoir.

Pourtant, les lois de la psychohistoire l'assurent, la Fondation, malgré toutes les menaces qui pèsent sur elle, triomphera et finira par étendre son empire sur tout l'Univers. 

À moins qu'un événement imprévu ne vienne contrarier ces belles prévisions, comme par exemple la naissance d'un surhomme étrange et insaisissable, qui pourrait bien, lui aussi, se montrer très intéressé par les secrets de Fondation...

 

Asimov n'a décidément pas usurpé son titre de maître de la Science-Fiction, ce second opus du cycle de Fondation nous le prouve amplement.

fondationetempire.jpgConstruit, à l'instar du premier, sur trois nouvelles successives qui nous plongent dans une partie différente de l'univers, à quelques dizaines d'années d'intervalle, ce roman nous permet cette fois de nous attarder davantage sur les personnages, notamment dans la dernière partie, admirable. Là encore, Asimov parvient à lier avec talent destinées individuelles et répercussions à l'échelle de l'univers entier, tout en mettant en lumière telle ou telle catégorie de population : marchands, dirigeants, généraux, magiciens, savants... Tous, petits et grands, ont un rôle à jouer au regard de l'Histoire, et celle-ci est d'ailleurs bien moins écrite d'avance que Seldon ne le pensait, malgré toute l'acuité de la science qu'il a lui-même développée, mais qui semble parfois dépassée par le tour que prennent certains événements.

Avec une écriture plus soignée que dans le premier volume, des dialogues ciselés, une narration moins superficielle et une intrigue plus aboutie, et sans doute aussi plus mature, ce second tome, malgré un dénouement quelque peu prévisible, est tout de même un chef-d'œuvre du genre, et fait taire une fois pour toutes ceux qui prétendent Asimov dépassé.

Au contraire, les intrigues développées dans le cycle de Fondation sont plus que jamais d'actualité, et les divers complots politiques menés par des hommes dévorés par l'ambition, qui n'hésitent pas à trahir leurs promesses lorsque cela peut leur être utile, n'ont rien à envier à certaines affaires récentes.

En bref, Asimov démontre une fois encore sa maîtrise du genre, dans un roman extrêmement intelligent et aux implications philosophiques passionnantes, porté par une galerie de personnages fouillés et moins stéréotypés qu'on ne pourrait le craindre, et un sens du suspense qui n'a rien à envier aux auteurs de thrillers. Plus que jamais, le lecteur est happé de la première à la dernière page, et n'a qu'une hâte, se plonger dans le troisième tome, qui s'annonce des plus captivants. 4 étoiles

 

Découvrez aussi le premier tome : Fondation, d'Isaac Asimov

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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 23:25

Avant, Cyrille Blake avait tout pour elle. Mais ça, c'était avant. Neuropsychiatre hors pair et directrice d'une clinique spécialisée dans le traitement des souvenirs traumatiques, elle est également l'épouse d'un brillant médecin pressenti pour le Nobel.

Le jour où un nouveau patient, Julien Daumas, se présente en consultation, sa vie bascule : d'entrée de jeu, il la tutoie, lui dit qu'il la préférait en blonde, et semble très bien renseigné à son sujet. Et pourtant, Cyrille en est convaincue, elle ne l'a jamais vu.

En consultant ses vieux dossiers, elle doit finalement se rendre à l'évidence : elle a bien soigné ce patient lorsqu'elle était interne, il y a plus de dix ans. Alors, pourquoi n'en garde-t-elle aucun souvenir ?

Déboussolée, Cyrille se plonge dans son passé, découvrant qu'elle a oublié des pans entiers de son existence. Désormais, elle n'a plus qu'un objectif : faire la lumière sur cette étrange amnésie. Quitte à apprendre, à ses dépens, que parfois l'oubli est préférable à la vérité...

 

Depuis des années, la mémoire fascine les écrivains, particulièrement les auteurs de thrillers scientifiques. Elena Sender semble avoir décidé, avec ce premier roman, de jouer sur le terrain de Franck Thilliez, le spécialiste français de ce genre de littérature. Un challenge risqué, donc, même pour une journaliste spécialiste des mystères du cerveau.intrusion

Disons-le d'emblée : c'est un échec. Et pourtant, le début du roman est prometteur, avec une héroïne plutôt attachante, un style assez vif (mais ô combien maladroit par moments) et une montée progressive de la tension narrative. Hélas, la deuxième moitié (celle se déroulant à Bangkok) est un carnage absolu, qui nous conduit logiquement à un dénouement grotesque, avec son lot de hasards providentiels, de balles perdues et de dialogues ridicules, à tel point qu'on se croirait parfois dans un (très) mauvais James Bond. Pis encore, le suspense est quasi inexistant : au bout d'une centaine de pages, même un lecteur naïf aura deviné l'identité du coupable et prévu les différents rebondissements à venir.

Avec sa galerie de personnages secondaires mal exploités (notamment MJ, jeune fille un peu fleur bleue qui paye cher sa douce naïveté et sa propension à s'amouracher du premier venu, quel bel exemple de morale archaïsante et puritaine), ou, carrément, peu crédibles (le mari, caricature de savant fou obsédé par la course aux honneurs, ou encore les mafieux thaïlandais, ridicules et stéréotypés) ce roman peine à maintenir l'intérêt du lecteur, pourtant éveillé par une intrigue intéressante, mais qui s'enlise rapidement dans le convenu et les redites.

Sans parler du traitement réservé aux questionnements éthiques soulevés par le thème du roman : dans le dernier tiers du livre, on apprend ainsi avec stupeur que "lobotomiser des enfants orphelins au cours d'une expérimentation illégale uniquement motivée par l'appât du gain, c'est mal". Même Miss America n'aurait pas osé. À l'heure où émergent de passionnants débats sur la bioéthique, on aurait pu s'attendre à ce qu'une journaliste de Science et Avenir fasse preuve d'une réflexion un chouïa plus poussée. Eh bien non, on en reste au degré zéro de la pensée.

Dommage, donc, pour ce thriller pourtant bien documenté et à l'intrigue de prime abord accrocheuse, mais qui tombe trop vite dans la facilité, jusqu'à l'épilogue en forme de happy end, navrant1,5 étoile

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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 23:24

Londres, 1896. Sur toutes les lèvres, un seul sujet de conversation : les voyages dans le temps, rendus possibles par l'agence Murray, qui propose des excursions exceptionnelles vers l'an 2000, pour assister à la bataille qui mettra enfin un terme à la guerre entre les hommes et les automates. Toute la haute société britannique se presse pour participer à ces expéditions, malgré le coût exorbitant du billet, attirée par le frisson de l'aventure.

Pour H.G. Wells, auteur de La Machine à remonter le temps, cette opération n'est qu'une vaste fumisterie, une simple mascarade, montée de toutes pièces par un escroc. Jusqu'au jour où débarque chez lui Andrew Harrington, désespéré depuis la mort, huit ans plus tôt, de sa bien-aimée, une prostituée assassinée par Jack l'Éventreur. Harrington est persuadé que grâce à la machine imaginée par l'écrivain, il pourrait retourner dans le passé et empêcher le meurtre d'avoir lieu. Touché par la détresse et la détermination du jeune homme, H.G. Wells accepte de l'aider. Sans savoir jusqu'où cette histoire de voyages dans le temps va l'entraîner...

 

Voici un roman comme on en rencontre peu : un roman où, de chapitre en chapitre, on sourit et on applaudit devant tant de maîtrise et de talent, un roman où chaque page est un émerveillement, un roman où l'auteur, peu à peu, met en place différents fils, qu'il tisse et entremêle discrètement page après page, avant de nous dévoiler d'un seul coup la totalité de la toile dans laquelle le lecteur se retrouve prisonnier, sans savoir comment il s'est retrouvé là. 

CarteDuTemps.jpgPrésenté comme un hommage aux grands romans scientifiques du XIXe siècle, notamment aux œuvres de Jules Verne et de H.G. Wells, La Carte du Temps vous entraîne dans un véritable tourbillon romanesque, notamment grâce à sa construction tripartite, où chaque partie nous plonge au cœur des aventures de divers personnages empêtrés dans les multiples paradoxes des voyages temporels, que ces derniers soient réels ou montés de toutes pièces.

Les personnages sont soignés, originaux, fouillés et attachants. Mêlant subtilement fiction et réalité, Félix J. Palma nous fait partager les espoirs et les désillusions de toute la société britannique de l'époque : grande bourgeoisie désœuvrée, prostituées, miséreux, mais aussi écrivains en vue (les portraits de Wells, Bram Stoker et Henry James sont d'ailleurs particulièrement travaillés et documentés) ou encore phénomènes de foire (avec une rencontre troublante entre Wells et Elephant Man). 

On pourrait peut-être reprocher à l'auteur quelques longueurs, notamment dans la troisième partie, ou lorsqu'il rapporte en détail, dans une digression des plus fastidieuses, la façon dont Gilian Murray a réussi à rendre possibles les voyages dans le temps, mais le style est admirable, véritable pastiche des romans victoriens (une sacrée prouesse, d'ailleurs, puisque le roman est écrit en espagnol), et les interventions du narrateur, à la façon de Diderot dans son Jacques le fataliste, apportent une fraîcheur et une profondeur indéniables au roman, en invitant son lecteur à prêter attention aux différents chausse-trappes et autres trompe-l'œil disposés dans son œuvre.

En somme, un excellent divertissement, une invitation au voyage (dans le temps !) et un formidable concentré d'humour, de documentation et de talent, porté par une écriture fluide et virevoltante, même lorsqu'elle s'empêtre volontairement dans une syntaxe ampoulée (par exemple dans une phrase de deux pages, à la toute fin du roman). Un peu plus de cent ans après son invention, et grâce à l'intervention impromptue d'un écrivain espagnol encore inconnu, le roman scientifique a vraiment retrouvé ses lettres de noblesse.  4 étoiles

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