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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 23:25

Avant, Cyrille Blake avait tout pour elle. Mais ça, c'était avant. Neuropsychiatre hors pair et directrice d'une clinique spécialisée dans le traitement des souvenirs traumatiques, elle est également l'épouse d'un brillant médecin pressenti pour le Nobel.

Le jour où un nouveau patient, Julien Daumas, se présente en consultation, sa vie bascule : d'entrée de jeu, il la tutoie, lui dit qu'il la préférait en blonde, et semble très bien renseigné à son sujet. Et pourtant, Cyrille en est convaincue, elle ne l'a jamais vu.

En consultant ses vieux dossiers, elle doit finalement se rendre à l'évidence : elle a bien soigné ce patient lorsqu'elle était interne, il y a plus de dix ans. Alors, pourquoi n'en garde-t-elle aucun souvenir ?

Déboussolée, Cyrille se plonge dans son passé, découvrant qu'elle a oublié des pans entiers de son existence. Désormais, elle n'a plus qu'un objectif : faire la lumière sur cette étrange amnésie. Quitte à apprendre, à ses dépens, que parfois l'oubli est préférable à la vérité...

 

Depuis des années, la mémoire fascine les écrivains, particulièrement les auteurs de thrillers scientifiques. Elena Sender semble avoir décidé, avec ce premier roman, de jouer sur le terrain de Franck Thilliez, le spécialiste français de ce genre de littérature. Un challenge risqué, donc, même pour une journaliste spécialiste des mystères du cerveau.intrusion

Disons-le d'emblée : c'est un échec. Et pourtant, le début du roman est prometteur, avec une héroïne plutôt attachante, un style assez vif (mais ô combien maladroit par moments) et une montée progressive de la tension narrative. Hélas, la deuxième moitié (celle se déroulant à Bangkok) est un carnage absolu, qui nous conduit logiquement à un dénouement grotesque, avec son lot de hasards providentiels, de balles perdues et de dialogues ridicules, à tel point qu'on se croirait parfois dans un (très) mauvais James Bond. Pis encore, le suspense est quasi inexistant : au bout d'une centaine de pages, même un lecteur naïf aura deviné l'identité du coupable et prévu les différents rebondissements à venir.

Avec sa galerie de personnages secondaires mal exploités (notamment MJ, jeune fille un peu fleur bleue qui paye cher sa douce naïveté et sa propension à s'amouracher du premier venu, quel bel exemple de morale archaïsante et puritaine), ou, carrément, peu crédibles (le mari, caricature de savant fou obsédé par la course aux honneurs, ou encore les mafieux thaïlandais, ridicules et stéréotypés) ce roman peine à maintenir l'intérêt du lecteur, pourtant éveillé par une intrigue intéressante, mais qui s'enlise rapidement dans le convenu et les redites.

Sans parler du traitement réservé aux questionnements éthiques soulevés par le thème du roman : dans le dernier tiers du livre, on apprend ainsi avec stupeur que "lobotomiser des enfants orphelins au cours d'une expérimentation illégale uniquement motivée par l'appât du gain, c'est mal". Même Miss America n'aurait pas osé. À l'heure où émergent de passionnants débats sur la bioéthique, on aurait pu s'attendre à ce qu'une journaliste de Science et Avenir fasse preuve d'une réflexion un chouïa plus poussée. Eh bien non, on en reste au degré zéro de la pensée.

Dommage, donc, pour ce thriller pourtant bien documenté et à l'intrigue de prime abord accrocheuse, mais qui tombe trop vite dans la facilité, jusqu'à l'épilogue en forme de happy end, navrant1,5 étoile

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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 23:24

Londres, 1896. Sur toutes les lèvres, un seul sujet de conversation : les voyages dans le temps, rendus possibles par l'agence Murray, qui propose des excursions exceptionnelles vers l'an 2000, pour assister à la bataille qui mettra enfin un terme à la guerre entre les hommes et les automates. Toute la haute société britannique se presse pour participer à ces expéditions, malgré le coût exorbitant du billet, attirée par le frisson de l'aventure.

Pour H.G. Wells, auteur de La Machine à remonter le temps, cette opération n'est qu'une vaste fumisterie, une simple mascarade, montée de toutes pièces par un escroc. Jusqu'au jour où débarque chez lui Andrew Harrington, désespéré depuis la mort, huit ans plus tôt, de sa bien-aimée, une prostituée assassinée par Jack l'Éventreur. Harrington est persuadé que grâce à la machine imaginée par l'écrivain, il pourrait retourner dans le passé et empêcher le meurtre d'avoir lieu. Touché par la détresse et la détermination du jeune homme, H.G. Wells accepte de l'aider. Sans savoir jusqu'où cette histoire de voyages dans le temps va l'entraîner...

 

Voici un roman comme on en rencontre peu : un roman où, de chapitre en chapitre, on sourit et on applaudit devant tant de maîtrise et de talent, un roman où chaque page est un émerveillement, un roman où l'auteur, peu à peu, met en place différents fils, qu'il tisse et entremêle discrètement page après page, avant de nous dévoiler d'un seul coup la totalité de la toile dans laquelle le lecteur se retrouve prisonnier, sans savoir comment il s'est retrouvé là. 

CarteDuTemps.jpgPrésenté comme un hommage aux grands romans scientifiques du XIXe siècle, notamment aux œuvres de Jules Verne et de H.G. Wells, La Carte du Temps vous entraîne dans un véritable tourbillon romanesque, notamment grâce à sa construction tripartite, où chaque partie nous plonge au cœur des aventures de divers personnages empêtrés dans les multiples paradoxes des voyages temporels, que ces derniers soient réels ou montés de toutes pièces.

Les personnages sont soignés, originaux, fouillés et attachants. Mêlant subtilement fiction et réalité, Félix J. Palma nous fait partager les espoirs et les désillusions de toute la société britannique de l'époque : grande bourgeoisie désœuvrée, prostituées, miséreux, mais aussi écrivains en vue (les portraits de Wells, Bram Stoker et Henry James sont d'ailleurs particulièrement travaillés et documentés) ou encore phénomènes de foire (avec une rencontre troublante entre Wells et Elephant Man). 

On pourrait peut-être reprocher à l'auteur quelques longueurs, notamment dans la troisième partie, ou lorsqu'il rapporte en détail, dans une digression des plus fastidieuses, la façon dont Gilian Murray a réussi à rendre possibles les voyages dans le temps, mais le style est admirable, véritable pastiche des romans victoriens (une sacrée prouesse, d'ailleurs, puisque le roman est écrit en espagnol), et les interventions du narrateur, à la façon de Diderot dans son Jacques le fataliste, apportent une fraîcheur et une profondeur indéniables au roman, en invitant son lecteur à prêter attention aux différents chausse-trappes et autres trompe-l'œil disposés dans son œuvre.

En somme, un excellent divertissement, une invitation au voyage (dans le temps !) et un formidable concentré d'humour, de documentation et de talent, porté par une écriture fluide et virevoltante, même lorsqu'elle s'empêtre volontairement dans une syntaxe ampoulée (par exemple dans une phrase de deux pages, à la toute fin du roman). Un peu plus de cent ans après son invention, et grâce à l'intervention impromptue d'un écrivain espagnol encore inconnu, le roman scientifique a vraiment retrouvé ses lettres de noblesse.  4 étoiles

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 19:41

Emma. Dexter. Un garçon. Une fille. Lorsqu'ils passent la nuit ensemble, le 15 juillet 1988, juste après leur remise de diplômes, ils ignorent à quel point ce jour va influencer leurs vies. Et pourtant, ils n'ont rien en commun : Dexter est arrogant, frivole et pédant, Emma est sensible, idéaliste et mal dans sa peau.

Cette nuit d'ivresse aurait pu rester sans lendemain, mais les deux jeunes adultes, à la croisée des chemins, décident de rester amis. Au cours des mois suivants, Dexter s'étourdit dans le frisson de voyages au bout du monde et multiplie les conquêtes, tandis qu'Emma vivote entre un job dans un restaurant crasseux et une compagnie de théâtre amateur, essayant de concilier ses principes moraux et la réalité des choses.

Pendant près de vingt ans, ils vont se retrouver, se croiser, s'éloigner, s'aimer et se détester. À travers les instantanés de chaque 15 juillet, date dont la double signification n'apparaîtra qu'à la toute fin du roman, on devine l'évolution de leur relation tumultueuse, entre amour et amitié, au hasard des rencontres et des aléas de leurs vies respectives. Et c'est peut-être au moment où ils seront le plus éloignés l'un de l'autre, emportés par le tourbillon de l'existence, que le destin les rapprochera, une fois encore... 

 

Une couverture aux tons pastels, un titre en apparence banal, un couple de jeunes gens tour à tour séparés puis réunis... Tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce livre une (mauvaise) comédie romantique. Et pourtant, à y regarder de plus près, la photo de la couverture, aux couleurs travaillées, fige pour un instant l'étrange amour qui unit ces deux êtres ; le titre joue sur l'ambiguïté entre l'indéfini de l'article et la précision de la date du 15 juillet, clef de voûte du roman ; et la relation complexe que tissent les héros au fil des ans n'a rien d'un scénario écrit à l'emporte-pièce.UnJour.jpg

Dès les premières pages, David Nicholls parvient à nous entraîner dans le tourbillon de cette histoire d'amour improbable entre deux êtres que tout sépare, et qui finiront par se retrouver, un jour, après bien des déchirements et des égarements. Avec un sens du détail et une finesse remarquable dans la peinture des caractères, l'auteur nous plonge dans la vie tumultueuse d'Emma et Dexter, deux jeunes gens aussi différents que faits l'un pour l'autre. Le lecteur s'attache très vite à ces deux héros, tout en les maudissant parfois lorsqu'ils retombent dans leurs travers : Emma ne peut s'empêcher de se raccrocher à ses grands principes moraux, tandis que Dexter, Don Juan de pacotille, tombe les filles et s'étourdit dans la futilité du monde des médias, sans voir l'abîme dans lequel il finit immanquablement par sombrer. 

Porté par un mélange subtil de sensibilité et d'ironie, Un jour est un roman au charme indéfinissable, teinté de nostalgie et de regrets évoqués à demi-mot. L'écriture, légère et plaisante, nous livre des dialogues ciselés, où l'amertume et le sarcasme laissent poindre l'ampleur des sentiments et des non-dits. Sans jamais tomber dans le convenu ou la mièvrerie, même s'il ne parvient pas à se défaire entièrement de certaines facilités, notamment vers la fin, ce roman conjugue une magnifique histoire d'amour-amitié et un portrait extrêmement fidèle et précis de la société de ces vingt dernières années, faisant de ses deux héros le miroir d'une génération aux illusions perdues et aux rêves avortés.

En bref, grâce à sa construction atypique, à ses personnages fouillés et à son humour so british, qui affleure dans les dialogues ou les réflexions des deux héros, Un jour est un petit bijou de tendresse, une histoire d'amour un peu simple mais envoûtante et rafraîchissante, un excellent roman, délicatement clos sur lui-même, comme une façon de faire renaître l'espoir après la tragédie.   4 étoiles

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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 22:20

Green River. Une prison de haute sécurité, perdue au fin fond du Texas, où la violence et la terreur règnent en maîtres. Dans cet enfer, le silence n'existe pas, jamais. Déshumanisés, abandonnés de tous, deux mille huit cents détenus y purgent leur peine.

Certains, condamnés à perpétuité, ne reverront jamais la lumière du jour. Les autres rongent leur frein dans leur cellule, et tentent tant bien que mal de survivre dans ce pénitencier vétuste, tenu par un directeur encore plus dangereux que ses prisonniers.

Ray Klein, ancien médecin condamné pour un viol qu'il n'a pas commis, y est incarcéré depuis bientôt deux ans. Il a réussi à se faire une petite place au sein de la prison, en offrant ses services à l'infirmerie. Mais alors que sa demande de libération conditionnelle vient d'être acceptée, le fragile équilibre qui régnait à Green River vole en éclats : une émeute éclate, et les détenus, regroupés par ethnies, semblent bien décidés à s'entre-tuer.

Dans les couloirs de la prison livrée à elle-même, tous les coups sont permis, et les premiers menacés sont les patients de Klein, des sidéens parqués dans l'infirmerie. Désormais, Klein n'a plus qu'une idée en tête : les sauver, d'autant qu'avec eux est séquestrée Juliette Devlin, une psychiatre judiciaire, maintenant à la merci de tous ces hommes assoiffés de haine, de sexe et de revanche...

 

Depuis le succès des séries Oz et Prison Break, le thriller carcéral semblait avoir perdu de son intérêt et de sa force. Pourtant, en quelques pages seulement, ce roman, précédemment paru sous le titre "L'Odeur de la haine", nous plonge directement au cœur de l'enfer. Un enfer où la surpopulation et l'isolement exacerbent les tensions, et où une simple petite étincelle suffit à embraser tous les esprits, faisant sombrer un pénitencier ultra sécurisé dans l'anarchie et le chaos.

GreenRiverAvec un art du suspense et un sens du rythme élaborés, Tim Willocks nous entraîne dans un huis-clos haletant, porté par des personnages sombres, complexes et fouillés : Henry Abbott, un psychopathe ayant assassiné sa famille à coups de marteau et persuadé d'entendre des voix ; Claude Toussaint, détenu transgenre qui tente d'assurer sa survie en louvoyant entre les différents groupes de prisonniers ; Ray Klein, accusé d'un crime qu'il n'a pas commis, partagé entre sa conscience professionnelle et son désir de se faire oublier jusqu'à sa remise en liberté ; John Campbell Hobbes, le directeur maniaque, sadique et inhumain, bien décidé à laisser son pénitencier s'effondrer sur lui-même...

Si le style est parfois un peu lourd et victime des stéréotypes du genre (le langage ordurier et les fantasmes les plus pervers sont sans doute monnaie courante dans les prisons, mais par moments l'ensemble frise réellement la caricature), l'intrigue est assez bien construite pour nous happer d'un bout à l'autre de ce thriller, avec une démultiplication des points de vue intéressante et bien menée.

Certains seront peut-être déçus ou gênés par l'histoire d'amour légèrement attendue entre la jeune psychiatre et le détenu victime d'une erreur judiciaire, mais Willocks a suffisamment de talent et de ressources pour la rendre émouvante, comme une sorte d'îlot d'humanité qui parvient à survivre coûte que coûte, alors même que le reste de la prison est à feu et à sang. 

Encore une fois, la traduction est extrêmement mauvaise et rend la lecture fastidieuse (les personnages ne cessent de répéter "C'est OK", calque paresseux et assez déplaisant de l'anglais), mais l'ensemble se tient indubitablement, notamment grâce à ses personnages variés et attachants. L'écriture aurait sans doute mérité d'être un peu plus travaillée, mais ce défaut se trouve assez bien compensé par l'action, les rebondissements incessants, la psychologie des personnages, pour une fois crédible et approfondie, ainsi que par le dénouement, à la tonalité à la fois épique et poignante, convenue et surprenante, grandiose et subtile.   3,5 étoiles

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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 13:49

1923. Au fin fond du Turkestan, une étrange région d'Asie centrale, bordée par le Kazakhstan et la Mongolie, trois jeunes Anglaises venues prêcher la parole du Christ viennent d'être arrêtées pour sorcellerie. Leur crime ? Avoir assisté, impuissantes, à la mort d'une jeune fille en train d'accoucher sur le bord d'une route. Contrairement à ses deux compagnes, animées d'une foi sincère et d'un ardent désir d'évangéliser les autochtones, la fougueuse Evangeline cherche surtout à fuir le carcan bourgeois d'une Angleterre étouffante. Malgré l'assignation à résidence, dans l'attente de leur procès, des trois missionnaires, chacune se trouve un espace de liberté. Mais l'hostilité croissante de la population à leur égard les place dans une situation de plus en plus périlleuse...

Londres, de nos jours. Frieda est une jeune femme sans attaches, spécialiste de la condition féminine au Moyen Orient, empêtrée dans une relation sans avenir avec un homme marié. Lorsqu'elle apprend qu'elle est l'unique héritière d'une femme dont elle n'a jamais entendu parler, elle n'imagine pas à quel point sa vie va changer...

 

Après Le Cercle littéraire des éplucheurs de patate et Les Écureuils de Central Park sont tristes le lundi, un nouvel ouvrage vient de rejoindre le club très fermé des livres aux titres les plus fastidieux. Et non seulement l'intitulé de ce roman est outrageusement pompeux, mais en plus il est à moitié mensonger, car de route de la soie, il ne sera question que dans les cinquante dernières pages, et encore. RouteDeLaSoie.jpg

Le résumé, loin d'être des plus alléchants, nous promet encore un roman où deux histoires en apparence complètement distinctes finissent par se rejoindre, un parti pris d'autant moins original qu'il n'est pas bien difficile de deviner la nature du lien qui unit ces deux intrigues. Peu de suspense donc, et les lecteurs qui s'attendaient à un récit de voyage ou d'aventures resteront sur leur faim, puisque de voyage, il ne sera question qu'à la toute fin du livre, les trois cents premières pages étant concentrées, l'une à Londres, l'autre dans un petit village du Turkestan.

Le choix des personnages ne compense même pas cette absence de rythme. Stéréotypés et sans aucune profondeur, ils réussissent même à devenir parfaitement antipathiques, notamment les trois missionnaires anglaises : l'une est un tyran en jupons obsédée par la conversion des infidèles, l'autre, précieuse et évaporée, sombre peu à peu dans une douce folie, et la troisième ne pense qu'à sa satanée bicyclette et au fameux "guide" qu'elle a l'ambition d'écrire. Côté Londres moderne, ce n'est guère mieux : la dénommée Frieda est lisse et sans aucun intérêt, et ses parents, anciens beatniks prônant l'amour libre et la vie en communauté, sont complètement ridicules. Le seul personnage un tant soit peu intéressant reste Tayeb, un jeune Yéménite en situation irrégulière, passionné de calligraphie et hanté par un passé douloureux.

Quant au style, il est souvent d'une platitude confondante, plombé qui plus est par une traduction beaucoup trop littérale ("continuez, le plus vite le mieux"... Sérieusement ?) qui frôle régulièrement le non-sens.

En bref, un roman à l'exotisme prometteur mais décevant, sans rythme, sans originalité ni subtilité, dont seuls les derniers chapitres, à la rigueur, valent la lecture. Finalement, le plus intéressant dans ce livre, c'est peut-être son titre à rallonge...   1,5 étoile

Ouvrage reçu dans le cadre de l'opération "Masse Critique" menée par Babelio et les éditions Presses de la Cité.

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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 22:47

Comment notre univers s'est-il formé ? Que s'est-il passé dans les secondes qui ont suivi le Big Bang ? De quoi se compose réellement le cosmos ? Les trous noirs sont-ils un mythe ?

Pour répondre à ces questions, et à celles qui taraudent les scientifiques depuis des siècles, Aurélien Barrau nous convie à une balade en cosmologie, une balade où il conviendra parfois de s'éloigner des sentiers battus, pour mieux y revenir plus tard, au gré d'une réflexion philosophique ou d'une citation riche de sens. Une promenade au long cours, où il faudra aussi prendre par moments des chemins de traverse, et volontairement s'égarer pour mieux se retrouver par la suite.

Sans jargon, sans érudition pédante ni discours didactique, cet ouvrage, qui ne requiert aucun prérequis scientifique, ne demande qu'à vous faire voyager au cœur des mystères du cosmos.

Du boson de Higgs au rayonnement fossile, du satellite Planck à la théorie des cordes, découvrez, décrites en des termes simples et accessibles à tous, certaines des plus grandes énigmes scientifiques du siècle passé... et à venir.

 

Vous qui avez toujours été fasciné par l'univers, les galaxies, la formation des étoiles, ou encore par la composition de la matière, cet essai est assurément fait pour vous !

Voici en effet un excellent ouvrage de vulgarisation, à des années-lumière (haha) des élucubrations fantaisistes des frères BigBangEtAuDela-copie-1.jpgBogdanov, hélas régulièrement classés parmi les auteurs de best-sellers. Bien loin de tomber dans le didactisme rigoureux d'un manuel scolaire, l'auteur nous propose une réelle promenade dans l'univers de la cosmologie, parsemée de réflexions placées sous l'égide de grands philosophes et penseurs, notamment du siècle dernier (Derrida, Nancy, Artaud et bien d'autres...).

Un essai très enrichissant, donc, où science et philosophie se mêlent et s'éclairent mutuellement, pour le plus grand plaisir du lecteur, d'autant que l'écriture reste toujours d'une limpidité parfaite, sans aucune prétention ni emphase malvenue. Le style se fait aussi par moments plus poétique, témoignant d'une sensibilité et d'une délicatesse qui prouvent que tout exposé scientifique est loin d'être nécessairement froid, ennuyeux et austère.

Ajoutons que l'auteur, que vous regretterez sans doute de ne pas avoir eu comme professeur, est aussi passionné dans la description qu'il fait des extraordinaires découvertes et avancées scientifiques de ces dernières années, que dans ses pamphlets enflammés contre un monde de la recherche malheureusement sclérosé par la bureaucratie et la paperasserie, contre les aberrations du système éducatif français ou encore contre les souffrances infligées inutilement aux animaux par une société qui se voile la face.

Nous faisant sans cesse passer de l'infiniment grand à l'infiniment petit, des galaxies aux particules élémentaires, Aurélien Barrau nous fait voyager dans l'univers tout entier, par le biais de cet essai passionnant, instructif et stimulant, qui parlera à tous, même aux lecteurs les plus allergiques à tout ce qui ressemble de près ou de loin à une démonstration scientifique. Son seul défaut est d'être trop court et de soulever encore plus de questions qu'il n'apporte de réponses, mais c'est sans nul doute le lot commun des bons livres, qui nous incitent à aller encore plus loin sur les chemins de la découverte et de la connaissance. 4 étoiles

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 22:57

2016. À Barcelone, quatre scientifiques éminents, retenus en otage depuis cinq ans, viennent d'être libérés grâce à l'intervention miraculeuse d'un milliardaire controversé.

À peine remis de leur longue captivité, ils découvrent un monde au bord du chaos : en quelques mois, le niveau des océans est monté de près d'un mètre, sans raison apparente. Certaines îles du Pacifique ont déjà disparu, rayées de la carte, tandis que les villes de Londres et Sydney sont menacées d'inondations sans précédent. Étrangement, les pouvoirs publics comme les populations ne semblent pas mesurer l'ampleur de l'événement ; seuls les climatologues s'affolent, déconcertés par la soudaineté et la violence du phénomène.

D'un bout à l'autre de la planète, tsunamis, séismes et cyclones s'enchaînent, l'eau ne cesse de monter, et rien ne semble pouvoir l'en empêcher, surtout pas les quelques digues installées à la hâte par les autorités débordées par la situation. De leur côté, les ex-otages, séparés par le cours des événements, tentent de comprendre les raisons de ce cataclysme majeur, tout en luttant pour leur survie.

Alors que les mois passent et que les catastrophes se succèdent, le phénomène prend de l'ampleur. Très vite, il apparaît que non seulement le niveau de l'eau continue à monter, mais surtout qu'il monte de plus en plus vite. Bientôt, seuls les points les plus hauts dépasseront encore de l'eau, et les survivants du monde entier se battront pour y trouver refuge et échapper à une mort certaine. Mais quoi qu'il advienne, une chose est sûre : il n'y aura pas de place pour tout le monde...

 

Et si, d'un seul coup, notre monde était menacé d'être englouti sous les eaux ? C'est le point de départ un peu fou, quoique parfaitement plausible eu égard à la documentation compilée par l'auteur, de ce roman de Stephen Baxter.

Loin des blockbusters hollywoodiens aux effets spéciaux tout aussi déplorables que les prétendues théories sur lesquels ils reposent, Baxter signe un roman d'une intelligence et d'une finesse rares.

Non content de s'appuyer sur des arguments scientifiques rigoureux, il nous propose une analyse remarquablementDeluge.jpg clairvoyante des enjeux sociaux et géopolitiques du monde de demain (montée en puissance des extrémismes et des intégrismes religieux, exacerbation des tensions latentes, dérives sécuritaires, luttes fratricides pour la gestion de l'espace vital...). C'est sans doute la perspicacité de ce regard qui transforme un banal roman de science-fiction en une passionnante œuvre d'anticipation.

Les personnages sont également assez fouillés et dans l'ensemble plutôt attachants, même si certains personnages secondaires sont malheureusement un peu stéréotypés, notamment Nathan Lammockson, le cynique milliardaire prêt à tout pour arriver à ses fins. La narration polyphonique est sans aucun doute un procédé habile, qui permet de multiplier les points de vue, de relancer l'intérêt du lecteur et de nous faire constamment changer d'échelle, en passant de l'individuel à l'universel.

Malgré une utilisation légèrement abusive des hasards qui tombent à pic, l'auteur parvient à maintenir le suspense tout au long de ce roman-fleuve (haha), en mentionnant régulièrement la montée des eaux, qui s'intensifie et s'accélère d'année en année. Et même si l'évocation des différentes villes sombrant sous les eaux peut sembler fastidieuse à certains lecteurs, elle permet néanmoins de se figurer l'ampleur du cataclysme et lui donne un aspect universel, là où la plupart des films-catastrophe se concentrent sur les États-Unis, et sur New York en particulier.

En bref, un très bon roman d'anticipation, qui dépasse le simple genre de la science-fiction pour devenir une œuvre passionnante, rythmée, bien construite, bien écrite (malgré une traduction très médiocre qui ne rend vraiment pas justice au style de Baxter) et qui ne verse jamais dans le catastrophisme, conclue par un excellent twist-ending qui nous donne envie, après les 600 pages de Déluge, de sauter sur la suite, Arche. Gageons qu'à la fin de ce roman, vous serez obnubilé par une simple question : et si, un jour, tout cela n'était plus de la fiction ?     4 étoiles

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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 15:46

Rien ne va plus à Panem. Après la dernière édition, catastrophique, des Jeux de l'Expiation, Peeta a été fait prisonnier par le Capitole, tandis que Katniss a été évacuée in extremis par les rebelles du District Treize, ce fameux district resté dans l'ombre pendant des dizaines d'années après avoir été presque rayé de la carte par le Capitole.

Très vite, une guerre de propagande se met en place dans Panem, avec des spots centrés tour à tour sur Katniss et Peeta, les amants maudits devenus de simples pions dans les mains de forces qui les dépassent. Chaque jour, ils s'affrontent par écrans interposés : Katniss, dans son costume de Geai Moqueur, censée embraser les foules ; Peeta, victime d'un conditionnement mental extrêmement puissant qui le pousse désormais à haïr Katniss au point de vouloir la tuer.

De son côté, le ténébreux Gale a embrassé corps et âme la cause des rebelles et passe ses journées à élaborer des idées d'armes plus que douteuses, sans trop s'embarrasser de questionnements éthiques. La vie dans le Treize, district gouverné d'une main de fer, est d'ailleurs loin d'être aussi idyllique qu'on aurait pu le croire, avec une organisation quasi militaire évoquant les pires régimes totalitaires.

Dans les deux camps, les soldats fourbissent leurs armes, se préparant pour l'affrontement final. Une bataille qui ne pourra se terminer que dans le sang et les larmes de tout un peuple...

 

Disons-le d'emblée : au panthéon de la littérature "Young Adult", Suzanne Collins a de loin surpassé J. K. Rowling et Stephenie Meyer, en réussissant à construire une trilogie élaborée, portée par des héros à la psychologie étudiée et une intrigue passionnante d'un bout à l'autre. Mais ce qui fait la force et le talent de Hunger Games, c'est avant tout sa portée politique, loin du manichéisme réducteur qui gangrenait les derniers tomes de Harry Potter.

Cette vision atteint son paroxysme avec ce dernier volume, où le peuple de Panem s'est divisé en deux camps qui ont chacun juré l'anéantissement de l'autre. Le danger, bien loin de se circonscrire à l'arène du premier tome, est omniprésent, la trahison constamment possible, et l'évolution des personnages parfaitement amenée et crédible : Katniss a perdu tous ses repères, mais sa soif de liberté est intacte, malgré le rôle que tente de lui faire jouer le District Treize ; Peeta, de son côté, a sombré dans la folie après avoir été torturé par le Capitole, tandis que Gale révèle peu à peu une part inquiétante de sa personnalité, qui fait de lui un bourreau en puissance, loin de l'image douce et protectrice qu'il arborait auparavant. Et ces héros qui nous avaient tant plu dans les tomes précédents deviennent d'un chapitre à l'autre haïssables et repoussants, avec leurs actes contestables ou au contraire leur désinvolture face à un combat dans lequel ils ne sont plus que des pions.HungerGames3.jpg

Suzanne Collins nous livre également une représentation de la guerre particulièrement saisissante et adulte pour une œuvre que l'on croirait adressée à la jeunesse : l'utilisation de la propagande, les armes de destruction massive et surtout, la soif de violence des deux camps, dont aucun ne paraît préférable à l'autre. En effet, alors que dans le deuxième tome, les rebelles avaient pu attirer la sympathie du lecteur, leur cause prend un autre visage dans ce troisième volume, un visage bien plus sinistre et surtout tout aussi cruel que celui du Capitole, la présidente Coin n'étant qu'un président Snow en puissance. En cela, Suzanne Collins parvient à éviter, avec brio, l'écueil de l'œuvre consensuelle et dualiste, avec les "bons" Rebelles et les "méchants" du Capitole. Sans cesse sur le fil, elle nous fait évoluer entre les deux camps, sur les traces d'une héroïne désabusée par une guerre qu'elle ne comprend plus et dont l'issue, elle le pressent, ne peut qu'être fatale à ceux qu'elle aime.

Et le seul reproche que l'on pourrait adresser à ce livre est peut-être le dénouement du triangle amoureux, puisque le choix que fait Katniss entre Gale et Peeta lui est malheureusement dicté par la force des choses, et ne relève pas d'un véritable désir... Une manière aussi de souligner l'impact de cette guerre décidément meurtrière et absolue, détruisant tout sur son passage, y compris jusque dans la sphère la plus intime.

En bref, sans nul doute l'une des plus grandes œuvres de ces dernières années, une trilogie extrêmement intelligente, conclue en apothéose par un livre à la tonalité encore plus sombre et inquiétante que les tomes précédents, une chute vertigineuse dans l'univers de la cruauté humaine, mais aussi et surtout une invitation à la réflexion, proposée à une génération encore naïve et bercée d'illusions, sur un monde bien réel cette fois, où l'adage "Panem et circenses" est tristement redevenu d'une cruelle actualité.   4,5 étoiles

 

Découvrez aussi les deux premiers volumes de la saga :

Hunger Games, tome 1, de Suzanne Collins

Hunger Games, tome 2, de Suzanne Collins

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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 12:21

Dans les rues de Lille, une femme court à perdre haleine, sans se soucier de la nuit ou de l'orage qui gronde. Dans sa main, gravés en lettres de sang, les mots "Pr de retour".

Quatre minutes. C'est la durée d'un souvenir pour cette jeune femme prénommée Manon, et qui souffre d'amnésie depuis qu'un cambrioleur a tenté de l'étrangler, quelques années auparavant. Grâce à l'aide des médecins, elle a bénéficié d'une technologie de pointe en la matière, un organiseur électronique qui lui permet de noter, compulsivement, tout ce qui lui arrive. Lorsque ses souvenirs s'effacent, elle en retrouve la trace sur cet appareil, dont elle ne se sépare jamais.

Alors, pourquoi ces traces de cordes sur ses poignets, signes d'une séquestration dont elle n'a aucun souvenir ? Pourquoi ces cicatrices sur son corps, qui forment des phrases qu'elle-même ne comprend pas ?

Lucie Hennebelle, lieutenant de police à Lille, pensait passer une soirée tranquille en compagnie de ses filles. Mais cela, c'était avant que Manon ne débarque dans sa vie... et ne la transforme en cauchemar.

 

Un thriller dans les méandres de la mémoire... Si l'idée manque d'originalité, on peut compter sur Franck Thilliez pour nous livrer un roman qui, lui, sera pour le moins atypique. Une jeune femme en fuite sous l'orage, une enquêtrice aux blessures encore à vif après sa dernière enquête, et nous voilà d'emblée plongés dans l'univers sombre et malsain duMemoireFantome-copie-1.jpg romancier.

L'enquête démarre sur les chapeaux de roues : une amnésique lancée à la poursuite d'un tueur en série, une cabane au sol jonché de milliers d'allumettes, une maison hantée dont les murs sont recouverts des chiffres composant les décimales de Pi... On l'aura compris, l'affaire s'annonce complexe pour Lucie Hennebelle, enquêtrice attachante malgré un soupçon d'arrogance qui la rend parfois antipathique.

Comme souvent, on sent que Thilliez s'est beaucoup documenté pour écrire ce roman, notamment sur le fonctionnement des différentes mémoires. Hélas, il n'était pas obligé de nous infliger ce laïus jargonneux pour nous retranscrire le fruit de ses recherches, à travers des exposés indigestes et inutilement compliqués. Pour concocter ses énigmes mathématiques, énigmes qui occupent le cœur de ce thriller crypto-scientifique, l'auteur n'est en revanche pas allé chercher bien loin, et a pioché dans les sujets les plus rebattus : la conjecture de Fermat, les décimales de Pi, la suite de Fibonacci, le Nombre d'or, sans parler des Problèmes du Millénaire  (auxquels s'attaque, au mépris de toute vraisemblance, une jeune femme diplômée... d'une école d'ingénieur). Thilliez s'est manifestement imaginé qu'au simple mot de "mathématiques", il plongerait dans le désarroi un lecteur encore traumatisé par les identités remarquables et le calcul différentiel... Passons.

Parmi les bons points de ce roman, citons les personnages, assez fouillés et intéressants, ainsi que l'art du suspense et des rebondissements, domaine dans lequel Thilliez excelle, il faut bien le reconnaître.

Il n'en demeure pas moins que le style est toujours aussi pauvre et le roman jalonné de scènes glauques dont on aurait parfaitement pu se passer (notamment celle où un inspecteur paralyse une jeune femme avec son Taser et en profite pour la violer à l'arrière de sa voiture... charmant).

Mais surtout, l'amnésie de l'héroïne est un prétexte en or pour justifier toutes les incohérences de l'intrigue, notamment vers la fin, paradoxalement assez prévisible et décevante.

En bref, une idée intéressante, portée par une intrigue prenante, mais mal exploitée et gâchée par des facilités et de nombreuses maladresses, qui nous donnent finalement un thriller médiocre et sans saveur2 étoiles

 

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 16:37

Dans le monde étrange de 1Q84, les événements s'accélèrent. Aomamé a renoncé à se suicider et vit toujours recluse dans son appartement, traquée sans relâche par les Précurseurs dont elle a assassiné le leader. Alors que Fukaéri demeure introuvable, Tengo, au chevet de son père mourant et plongé dans un étrange coma, se rapproche imperceptiblement de la jeune femme qui hante ses pensées depuis tant d'années, cette petite fille qui lui a serré la main dans une salle de classe, il y a vingt ans.

Mais un autre personnage, un dénommé Ushikawa, détective privé à la solde des Précurseurs, est également sur les traces d'Aomamé, et fait planer sur leurs retrouvailles tant attendues une menace sourde et inquiétante. Alors que les jours passent, le temps semble s'être arrêté pour les deux héros, absorbés chacun de leur côté par leur contemplation d'un univers onirique dont ils ne comprennent pas encore toutes les implications : Tengo découvre une chrysalide de l'air sur le lit d'hôpital de son père, tandis qu'Aomamé sent grandir en elle une "petite chose" conçue lors d'une terrible nuit d'orage, une petite chose qui pourrait bien avoir un lien avec les Little People.

Dans le clair-obscur des deux lunes de 1Q84, les chemins des amants éternels ne vont pas tarder à se croiser, à moins qu'un certain Ushikawa ne vienne contrarier leur course éperdue l'un vers l'autre...

 

Voici enfin le couronnement de cette saga onirique à l'intrigue envoûtante, ce monde imaginaire où brillent deux lunes, où des Little People tissent sans relâche une chrysalide de l'air autour d'un cadavre, et où un toboggan perdu au fin fond d'un quartier tranquille de Tokyo permet à deux amants séparés de se retrouver après vingt ans d'une quête désespérée.

L'irruption d'un troisième personnage au milieu du duo narratif composé par Tengo et Aomamé est un procédé habile, qui 1Q84_3.jpgpermet non seulement, au gré des avancées du détective privé, de récapituler en l'explicitant la trame des précédents volumes, tout en introduisant une nouvelle menace qui plane sur le destin des deux héros : on le sait, ces deux-là sont voués à se retrouver, du moins dans le monde de 1Q84, mais la présence d'Ushikawa crée un suspense tout à fait bienvenu en inversant le rapport de force à l'œuvre depuis le deuxième tome.

Les personnages gagnent également en épaisseur : même si certains déplorent l'absence notable, dans ce volume, de l'énigmatique Fukaéri, d'autres acquièrent une place de premier plan, comme Tamaru ou Komatsu. Les héros, malgré leur apparente froideur, sont attachants et nous entraînent dans leurs incroyables aventures avec une facilité déconcertante.

L'écriture ample et poétique reste l'une des grandes forces de ce roman, malgré de nombreuses longueurs, redites et maladresses, qui jalonnaient déjà les tomes précédents et gâchaient quelque peu le plaisir de lecture.

Et si l'ensemble reste convaincant, porté par une fin ouverte, peut-être présage d'un 4e volume qui ravirait les fans de Murakami, on regrette néanmoins que bien des questions soulevées par l'auteur lui-même demeurent sans réponse, au profit d'un happy end un peu facile : le sort des Précurseurs est complètement laissé dans l'ombre, de même que la destinée de Fukaéri ; la mort suspecte d'Ayumi, tout comme la disparition inexpliquée de la maîtresse de Tengo, ne sont pas davantage explicitées... Murakami a délibérément choisi d'ignorer ces éléments pour se concentrer sur son dénouement certes fort bien écrit, mais convenu, faisant retomber en quelques lignes l'univers original et délicieusement lynchéen qu'il avait paisiblement construit, page après page, au niveau de la banale romance.

Il ressort finalement de cette lecture une impression en demi-teinte : l'apothéose promise par ce troisième volume semble se refuser à nous, comme si l'on nous avait réveillé quelques instants avant la fin d'un rêve prometteur et passionnant. On ne demanderait alors qu'une chose : que Murakami nous laisse nous rendormir.      3 étoiles

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