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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 21:00

Peter Crookham et sa femme Mariana, tous deux architectes dans les environs de York, filent le parfait amour depuis leur rencontre. Pourtant, malgré leur complicité, Mariana, d'origine allemande, refuse de parler à Peter de son passé. Une enfance passée à Berlin Est, dans les années 1980, à une époque où la Stasi, la police secrète, faisait régner la terreur à coups d'arrestations arbitraires et d'interrogatoires musclés.

Un soir, en rentrant chez lui, Peter découvre son frère Andy gisant dans le salon, poignardé à mort. À ses côtés, Mariana, en état de choc, est couverte de sang. Tout accuse Mariana, y compris son incapacité à expliquer son geste, mais Peter refuse de la croire coupable.

En fouillant dans les dossiers de son frère, journaliste de métier, Peter découvre qu'Andy enquêtait secrètement sur le passé de Mariana, qu'il soupçonnait d'avoir pris une fausse identité à son arrivée en Angleterre, quelques années plus tôt. Un passé qui est loin d'avoir livré tous ses secrets, et que certains, à en juger par les menaces que reçoit Peter, sont bien décidés à garder enterré le plus longtemps possible...

 

Il y avait longtemps qu'un polar ne nous avait pas fait le coup de la montagne qui accouche d'une souris. Merci à David Thomas, cette injustice est désormais réparée. Car, après vous avoir fait miroiter une enquête de haute volée au dénouementNocesMacabres.jpg spectaculaire et percutant, l'auteur vous laisse désemparé, avec une vague explication psychologisante digne du comptoir crasseux (oui, tout est dans le détail) d'un bar PMU de province. "Tout ça pour ça ?", hurlez-vous à la lune, tout en proie à une indignation légitime ? Oui, tout ça pour ça. Tous ces secrets, toutes ces menaces, tous ces meurtres, pour un détail d'une trivialité confondante.

Si encore la qualité de l'écriture, les rebondissements incessants de l'intrigue ou la complexité des personnages relevaient le niveau d'ensemble, on pourrait accepter ce dénouement grotesque et presque insultant pour le lecteur, mais bien entendu, rien ne vient nous consoler : les personnages ne sont pas du tout attachants, avec une froideur qu'on dirait tout droit sortie d'un documentaire sur l'Allemagne de l'Est, ni même un tant soit peu crédibles (le héros en tête : sa femme est soupçonnée d'avoir assassiné son frère, et il ne pense qu'à la défendre envers et contre tous, sans jamais se remettre en question), l'intrigue est à peu près aussi palpitante qu'une rediffusion de Derrick en croate non sous-titré, avec une énième version du coupable idéal, accompagnée de son lot prévisible et convenu de trahisons et de manipulations, et le style est d'une pauvreté confondante, sans aucune originalité.

Même les passages décrivant les exactions de la Stasi sont fastidieux, attendus et rébarbatifs, alors qu'il y avait matière à élaborer quelques scènes particulièrement saisissantes.

Bref, rien d'intéressant, rien à sauver dans ce polar au suspense inexistant et long à mourir, même pas sa couverture, kitsch au possible, ni son titre, plat et prosaïque. 1 étoile

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 20:51

John Moon est un loser comme il y en a peu : son père, criblé de dettes, a vendu la ferme familiale peu avant de mourir, et John s'est retrouvé obligé de vivre dans une misérable caravane en lisière de la forêt. Sa femme Moira, serveuse dans un snack en ville, a décidé de demander le divorce, emmenant avec elle leur bébé, Nolan. John, sans ressources, subsiste en allant de petit boulot en petit boulot, et en vendant le gibier qu'il abat illégalement dans les bois. Un matin, en partant braconner à la fraîche, John se lance à la poursuite d'un cerf. Croyant l'avoir entendu remuer dans les buissons, il tire, et abat une jeune fille. Une adolescente en fugue, qui se cachait dans la forêt. Désespéré, et sans même comprendre ce qu'il fait, John dissimule le cadavre dans une anfractuosité de la roche, près d'une ancienne carrière. Mais dans les affaires de la jeune fille, il découvre, cachée dans une taie d'oreiller, une grosse somme d'argent en liquide. Plus qu'il ne pourrait en gagner en plusieurs années. Assez pour faire vivre sa famille, peut-être même pour reconquérir sa femme. Cette fois, John est décidé à s'en sortir. Mais en accumulant les erreurs, il va lui-même tisser les fils d'un piège qui se referme inexorablement sur lui...

 

Une semaine en enfer est un roman atypique, et à plus d'un titre. Dès les premières pages, et cette impression se confirme nettement par la suite, la célèbre phrase d'Orson Wells dans le prologue du Procès nous revient en mémoire : "On pourrait dire que la logique de cette histoire est celle d'un rêve... ou d'un cauchemar."

UneSemaineEnEnferEn effet, tout au long de cette semaine infernale dont les journées occupent chacune un chapitre, John Moon, anti-héros par excellence, voit son univers basculer du tout au tout, après ce meurtre accidentel, véritable péché originel dont il va porter la faute comme un fardeau, jusqu'à l'issue, nécessairement fatale, qui arrive finalement comme une délivrance. Entre-temps, John aura accumulé les erreurs et les faux-pas, en agissant en dépit du bon sens et en se lançant dans une fuite en avant effrénée, mais dont il ne pouvait sortir indemne.

En soulignant avec brio la toile cauchemardesque que le héros tisse autour de lui, ce roman oppressant emprisonne en même temps son lecteur, mais l'aspect antipathique de John, ainsi que son caractère imprévisible, voire ahurissant, empêchent toute identification et  rendent malheureusement le lecteur assez insensible à son sort.

Malgré un style flamboyant, porteur d'éclats lyriques et de descriptions à couper le souffle, le lecteur demeure extérieur à cette histoire et ne parvient jamais à prendre fait et cause pour son héros : la tonalité, trop glauque et malsaine, qui pèse sur ces pages ainsi que sur les personnages qui y prennent vie, est étouffante, et l'on a presque hâte de voir John se perdre tout à fait, pour échapper enfin à cette atmosphère angoissante, où tout espoir semble annihilé d'emblée. 2 étoiles

 

Ouvrage reçu dans le cadre de l'opération "Masse Critique" menée conjointement par Babelio et les éditions Denoël.

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 13:38

La Réunion. Ses décors paradisiaques. Ses eaux turquoises, son volcan mythique, ses plages de rêve. Ambiance farniente, palmiers, cocktails à volonté. Un couple d'amoureux, Liane et Martial Bellion, en vacances dans un hôtel de luxe. Avec eux, leur petite fille, surnommée Sofa et âgée de 6 ans. Mais en ce vendredi de mars, le rêve vire au cauchemar.

Lorsque Liane disparaît mystérieusement de l'hôtel, en laissant dans leur chambre une traînée de sang, Martial devient le suspect n°1, d'autant que ses déclarations, confuses et contradictoires, ne plaident pas vraiment en sa faveur. Rapidement, les témoignages des employés de l'hôtel l'accablent, et la police décide de l'interpeller. Au même moment, Martial réussit à leur échapper, prenant la fuite avec la petite Sofa. Aussitôt, les enquêteurs se lancent dans une gigantesque course-poursuite à travers toute l'île, à grand renfort de barrages routiers et de patrouilles en hélicoptère. Mais derrière cette chasse à l'homme exceptionnelle, ponctuée de cadavres qui ne laissent aucun doute sur la culpabilité de Marial Bellion, se cache peut-être une redoutable manipulation...

 

Difficile, lorsqu'on a été l'auteur d'un excellent roman, best-seller de surcroît, de réitérer l'exploit avec son nouvel ouvrage. Michel Bussi, porté aux nues, et à juste titre d'ailleurs, pour Un avion sans elle, nous propose avec ce nelachepasnouveau polar un roman à mille lieues du précédent, ne serait-ce que pour le cadre où il plante son action : l'île de la Réunion, qui incarne presque un personnage à part entière tant elle joue un rôle prépondérant dans l'intrigue. Mais pas l'île des touristes et des clichés, celle des Réunionnais eux-mêmes, une population métissée où cohabitent tant bien que mal Cafres, Malbars, Zoreilles et Zarabes.

Si au début, le lecteur est un peu perdu entre les descriptions de paysages à couper le souffle et l'abondant vocabulaire créole, explicité par des notes de bas de page, il se laisse très vite entraîner dans un tourbillon exotique virevoltant et bien plus exaltant que le meilleur des guides touristiques. Michel Bussi nous emmène des plages de rêve aux forêts luxuriantes, en passant par les pentes désertiques du Piton de la Fournaise ou les grottes créées par les écoulements de lave...

Un décor exceptionnel qui sert de cadre à une intrigue qui semble assez banale durant les premières pages, mais qui gagne en profondeur et en intensité au fil des chapitres : on croit d'abord au traditionnel schéma du coupable idéal qui se révèle objet d'une sombre machination, comme dans un mauvais Harlan Coben, mais la réalité est plus complexe et plus palpitante que cela, servie par une narration dynamique et par un suspense habilement distillé au fil des révélations et rebondissements qui jalonnent l'ouvrage.

Et même si, finalement, ce roman est moins original et moins percutant que le précédent, il reste un très bon polar, dépaysant et au rythme haletant, porté par une écriture fine et de belles trouvailles stylistiques3 étoiles

 

Ouvrage reçu dans le cadre de l'opération "Masse Critique" menée par Babelio. Merci aux éditions Presses de la Cité. 


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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 16:30

Dans un futur imaginaire, sur les ruines des États-Unis, un gouvernement despotique et autoritaire contrôle le peuple par la terreur grâce à un jeu télévisé aussi fascinant que répugnant : les Hunger Games. Des années plus tôt, certains districts ont essayé de se révolter contre la capitale, en vain. En signe d'expiation, tous les ans, chaque district doit envoyer deux tributs, un garçon et une fille âgés de douze à dix-huit ans, combattre à mort dans une arène. Ce jeu macabre où tous les coups sont permis est diffusé en direct sur tous les écrans du pays, et tous les habitants sont obligés de le regarder.

Katniss Everdeen, seize ans, vit dans le district douze, l'un des plus pauvres, celui des mineurs de charbon. Son père est mort, sa mère a perdu pied, et c'est elle qui doit faire vivre la petite famille en chassant dans la forêt voisine, en toute illégalité. Prendre des risques, elle connaît. Aussi, quand sa petite sœur est tirée au sort pour participer aux Hunger Games, Katniss n'hésite pas un instant et se porte volontaire pour la remplacer. Mais dans l'arène, son courage et sa détermination risquent de lui être de bien peu d'utilité, face aux tributs des premiers districts, sur-entraînés et élevés comme de véritables machines à tuer...

 

Hunger Games, comme Twilight, comme Harry Potter, tout le monde connaît. Du moins, tout le monde en a entendu parler. Phénomène littéraire exceptionnel, dont le premier volet a été brillamment adapté au cinéma, cette trilogie destinée hunger_games.jpgau public "young adult" a séduit les grands comme les petits. Pourtant, au départ, on croit se retrouver face à une réécriture de Battle Royale, ambiance dystopie et critique du voyeurisme et de la télé-réalité. Mais Hunger Games est bien plus que cela.

Car ce livre, dès les premières lignes, vous plonge dans son univers, vous happe, vous prend aux tripes, et ne vous relâche que 400 pages plus tard, encore sous le choc. C'est peu dire que de le qualifier de "redoutable page-turner". Les citations de Stephenie Meyer et Stephen King apposées en 4e de couverture en témoignent : rarement un livre a réussi à faire preuve d'une telle intensité et à captiver autant son lecteur.

Autre point fort de ce roman : ses personnages, fouillés et bien campés, ambivalents et intrigants. Pas de manichéisme pur et dur, sauf peut-être pour quelques-uns des tributs, rapidement esquissés : les héros sont incroyablement attachants, intelligents, mûrs et réfléchis. Le choix d'avoir raconté l'histoire du point de vue de Katniss contribue à brouiller certains épisodes, qui ne prennent tout leur sens que quelques chapitres plus loin, avec un sens du suspense savamment maîtrisé.

Si le style est sobre et se contente d'aller à l'essentiel, l'intrigue est suffisamment passionnante pour retenir sans peine le lecteur, et lui faire passer une nuit blanche en compagnie de Katniss, Peeta et les autres. Loin d'être un simple roman pour la jeunesse ou une histoire d'amour mièvre et déjà lue cent fois, Hunger Games est une aventure, un monde incroyable, écrit avec finesse et intelligence, et portant en son sein une réflexion assez riche sur les dérives de toute société, loin des analyses sans nuance auxquelles on aurait pu s'attendre. De quoi donner envie de se plonger dans la suite, sans hésiter. 4,5 étoiles

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 21:22

Annie, 32 ans, est agent immobilier sur l'île de Vancouver, au Canada. Elle mène une petite vie paisible, entourée de son fiancé, Luc, de meilleure amie, Christina, et de sa chienne. Seuls les rapports avec sa mère lui empoisonnent l'existence : des années auparavant, son père et sa sœur ont perdu la vie dans un tragique accident de voiture. Annie a eu bien du mal à faire son deuil, mais sa mère n'a jamais pu surmonter ce drame et a sombré dans l'alcoolisme. Par un beau dimanche d'août, Annie lance une opération portes ouvertes, afin d'attirer de nouveaux clients. Mais l'un d'eux la menace et l'enlève, avant de l'enfermer dans une minuscule cabane, perdue au fond des bois.

Durant près d'un an, Annie est séquestrée, battue, humiliée, violée. Le "monstre", comme elle l'appelle, lui impose des règles de vie particulièrement strictes, et n'hésite pas à la punir durement lorsqu'elle lui désobéit. Un véritable enfer dont Annie réussit miraculeusement à s'échapper. Pour surmonter le traumatisme, elle accepte de se lancer dans une psychothérapie, même si cela l'oblige à revivre chaque minute de son calvaire. Mais de nombreuses zones d'ombre pèsent encore sur l'affaire, et pour Annie, le cauchemar est loin d'être fini...


 

Vous aimez les thrillers glauques aux fins tordues et aux intrigues alambiquées ? Séquestrée est fait pour vous.

 

Dès les premières pages, le lecteur est happé par l'histoire et le style, haché et percutant. L'histoire est palpitante et l'auteur, ancien agent immobilier, sait parfaitement ménager le suspense. Le parti pris narratif, qui consisteséquestrée à opérer un flash back par le biais des séances de psychothérapie auxquelles Annie se soumet, est original et assez bien trouvé, même si par moments les monologues d'Annie, son agressivité et ses états d'âme deviennent légèrement lassants.

 

La première partie de l'intrigue, qui relate en détail la détention de l'héroïne, est un chef-d'œuvre de sadisme, où le malaise du lecteur s'accroît de page en page, du fait de la violence inouïe dont fait preuve le bourreau d'Annie, en alternant compassion et cruauté, gestes de tendresse et sévices sexuels, flatteries et bassesses. Le summum de l'horreur est en outre atteint lorsque l'héroïne se retrouve enceinte des œuvres de son tortionnaire, et l'on se demande si l'auteur n'aurait pas trop joué la surenchère de ce point de vue.

 

Dans la seconde partie, davantage centrée sur l'évasion d'Annie et l'enquête de police, le rythme est tout aussi soutenu, ne serait-ce que par le syndrome de stress post-traumatique dont souffre l'héroïne et qui l'empêche de reprendre une vie normale. Les relations entre les personnages, parfaitement analysées constituent l'une des grandes forces de ce roman, qui joue sans cesse au chat et à la souris avec une héroïne qui croyait naïvement son calvaire terminé. Et malgré un dénouement un peu tiré par les cheveux et une fin décevante car trop ouverte, ce thriller reste un très bon premier roman, inventif, dérangeant et bien construit.

 

Chevy Stevens fait désormais partie des plumes avec lesquelles il faudra compter, et si tous les agents immobiliers ont le même talent pour l'écriture, on a presque hâte de découvrir le premier roman de Stéphane Plaza. 3,5 étoiles

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 21:50

Fitz, Deborah, Moussah. Un trio de noctambules inséparable. Un dealer à la petite semaine, une prof de ZEP accro à la coke, un grand Black qui joue les vigiles à l’entrée des discothèques. Voilà maintenant trois semaines que Moussah s’est amouraché de Cerise, une sublime métisse qui doit participer prochainement à un concours de mannequins. À presque 25 ans, c’est sa dernière chance de percer dans un milieu qui ne jure que par la jeunesse éternelle.

Mais la belle Cerise disparaît du jour en lendemain, quelques jours avant ce concours qui aurait pu bouleverser sa vie. Moussah est inconsolable, et ses amis pensent qu’il s’agit d’une banale rupture. Mais Cerise ne répond plus, même à ses amis et à ses proches, et son silence finit par inquiéter Moussah, convaincu que cette disparition n'est pas l'effet du hasard.

Et si Cerise avait été enlevée ? Après tout, elle était pressentie comme la favorite pour le concours, et nombre de ses concurrentes auraient pu vouloir se débarrasser d'une candidate un peu trop parfaite... À commencer par Aurélie, la belle dont Fitz s'est entiché au premier regard, et dont le sourire ravageur dissimule une ambition démesurée...

 

 

Écrire un polar sur le monde des concours de beauté, en prenant pour héros un trio improbable de drogués à la morale plutôt discutable, c'est un pari risqué. Olivier Gay s'en sort avec les honneurs, mais son roman comporte toutefois bien des faiblesses, révélatrices d'une plume encore peu exercée.

 

mannequins.jpgLe choix du sujet est original, l'écriture est légère, percutante, pleine d'humour, et rappelle le style un peu décalé des romans de Denis Alamercery, même si Olivier Gay semble davantage goûter les références à Audiard que les calembours stupides. Les personnages sont assez attachants, plutôt bien campés (à l'exception toutefois des personnages secondaires, bien plus grossièrement esquissés et manquant généralement de subtilité), bien que l'auteur ait tendance à insister un peu trop lourdement sur leur caractère marginal et anti-conformiste : certes, ils sont tous plus ou moins accros à la cocaïne, mais est-ce une raison pour en parler toutes les trois pages ? L'intrigue, quoique assez faible au regard du dénouement (un peu bâclé, il faut le dire), est plutôt prenante, et le rythme plaisant, les quelques rebondissements parvenant à créer suffisamment de suspense pour accrocher le lecteur.

 

Néanmoins, il faut bien avouer que ce roman est loin de laisser un souvenir impérissable, et provoque même régulièrement l'agacement, notamment avec les trop nombreuses références à la culture populaire actuelle : les personnages s'envoient sans arrêt des textos, on communique sur Facebook et Twitter, le tout en écoutant du Lady Gaga ou du Rihanna et en portant des vêtements signés Gucci ou Versace... Certes, la caricature est voulue par l'auteur, mais à force, on se demande s'il ne fait pas tout pour jouer les jeunes branchés, au risque de paraître finalement un peu ridicule.

 

En bref, il s'agit là d'un roman distrayant, dont la force ne réside que dans le style décalé et humoristique. Le reste, à commencer par l'intrigue, est trop inégal pour susciter un véritable intérêt et marquer durablement les esprits. 2,5 étoiles

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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 22:05

Louisa, 27 ans, est serveuse dans un café au bord de la faillite. En couple depuis sept ans avec un obsédé du marathon, qui ne parle que calories et course à pied, elle vit encore chez ses parents, dans une petite ville d'Angleterre. Le jour où le café où elle travaille met finalement la clé sous la porte, elle doit absolument retrouver un emploi pour faire vivre sa famille aux revenus modestes. Mais sans qualification et vu le contexte économique, les offres se font rares. C'est alors qu'on lui propose un contrat de six mois auprès d'un jeune homme handicapé, Will Traynor. Cet ancien financier de la City est devenu tétraplégique après avoir été renversé par une moto. Cloué dans un fauteuil pour le restant de son existence, condamné à dépendre des autres pour le moindre geste du quotidien, Will s'est enfermé dans la dépression, refusant d'accepter sa condition d'invalide. Il s'est peu à peu coupé du monde et vit reclus dans le château familial. Désormais, son mal-être est si profond qu'il ne rêve que d'une chose : se rendre en Suisse, dans les locaux de l'association Dignitas, afin de mettre fin à ses jours. Louisa n'a que quelques mois pour le faire changer d'avis, et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il s'agit d'un sacré défi. Mais à vouloir à tout prix lui sauver la vie, elle ne devine pas encore à quel point il va changer la sienne...

 

Quelqu'un a demandé Intouchables version Harlequin ? Parce que sérieusement, une histoire d'amour entre une aide-soignante blessée par la vie et un tétraplégique suicidaire, c'est un sacré numéro. Et si, en plus, le livre compte près de 600 pages, vous êtes sûr de pouvoir bien profiter du mélo en préparation. Certes, ce roman aborde des problèmesavanttoi.jpg graves, comme le handicap ou l'euthanasie, mais il ne dépasse jamais le stade du lieu commun, aucune réflexion un tant soit peu profonde n'est amorcée, et l'ensemble se réduit à une série de platitudes : le handicap, c'est terrible à vivre (surtout pour le héros, ancien trader qui brûlait la vie par les deux bouts - oui, parce que, s'il avait été pauvre, il aurait sans doute mieux vécu sa nouvelle situation...), les infrastructures sont terriblement insuffisantes, les gens bien trop ignorants ou maladroits, et le droit de mourir dans la dignité, c'est une question délicate, difficile à accepter pour les proches, mais en même temps c'est son libre arbitre blablabla... Bref, aucun poncif ne nous sera épargné. Là où, précisément, Intouchables prenait le parti de rire du handicap et de le traiter avec légèreté, Jojo Moyes nous inflige une comédie romantique qui vire au mélo tragique, avec boîte de mouchoirs en supplément pour les trente dernières pages. Et bien évidemment, tout cela est cousu de fil blanc, puisque dès les premières pages, on sait qu'il n'y a que deux dénouements possibles : soit Will renonce à son projet par amour, soit il va jusqu'au bout de sa démarche et gâche à tout jamais la vie de Louisa. Dans les deux cas, c'est consensuel et archi-revu, à peine digne d'un téléfilm de la TNT. Même si l'écriture n'est pas inintéressante, avec quelques pointes d'humour typiquement britannique, elle reste malheureusement prisonnière de l'intrigue (d'une banalité confondante), des nombreuses longueurs, des personnages stéréotypés, des dialogues convenus (même les sarcasmes de Will sont prévisibles) et des atermoiements de l'héroïne, attachante mais souvent insupportable. En bref, rien de nouveau sous la lune, il s'agit là d'un roman sans aucune originalité, parfaitement dispensable, et dont la magie vantée par les citations de presse reste encore à découvrir.  1 étoile

 

Ouvrage reçu dans le cadre de l'opération Masse Critique menée par Babelio et les éditions Bragelonne.

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 21:16

À la mort de sa grand-mère, Nadia découvre une série de lettres, ainsi qu’une photo de son grand-père, officier allemand durant la Seconde Guerre mondiale. Petite-fille de soldat allemand : un tabou qui a pesé sur sa famille pendant soixante ans. Sa grand-mère, jusqu'à son dernier souffle, a toujours refusé d'en parler, et n'a jamais su aimer la fille qu’elle avait eue avec Hans K., ce prisonnier de guerre dont elle était tombée folle amoureuse. Aujourd’hui, Nadia essaie de reconstituer son histoire familiale et de donner un sens à son passé. Se lançant dans une enquête dont elle ne mesure pas encore l'ampleur à venir, elle contacte diverses administrations allemandes, tente de retrouver les descendants de son grand-père, essaie d’obtenir des réponses. Peu à peu, la lumière se fait : ses grands-parents se sont aimés quelques semaines, en France, peu après la libération. Hans, recherché par les autorités françaises, s'est caché chez Thérèse, la grand-mère de Nadia, avant de regagner son village d'Allemagne. À sa grande surprise, il y retrouve sa femme et sa fille, qu'il croyait avoir perdues dans le bombardement de sa maison. Thérèse est vite oubliée, et lorsque, de son côté, elle accouche d'une petite fille prénommée Ingrid, elle est submergée par le désespoir : malgré ses lettres et ses menaces, Hans ne lui répondra jamais, comme si cette histoire d'amour n'avait jamais existé. Une amourette qui a pourtant eu de lourdes conséquences, des deux côtés du Rhin...

 

Tout a déjà été dit sur la Deuxième Guerre mondiale. Tout. La Shoah, la Résistance, le Blitz, la Libération, les collabos, les privations, les filles tondues pour avoir un peu trop aimé l'occupant... De grandes voix se sont élevées pour la raconter, etoiles.jpgPrimo Levi, Jorge Semprún, Elie Wiesel... Pourquoi donc continuer à nous abreuver de récits et de témoignages sur cette guerre dont aucun détail ne nous a échappé ? Bien sûr, il s'agit d'un thème qui fait toujours vendre. Bien sûr, des centaines de personnes retrouvent chaque année, dans leurs archives personnelles, des lettres échangées entre leurs parents ou leurs grands-parents, entre Français et Allemands, entre alliés et ennemis. Est-ce une raison pour les publier ? Non. Et le livre de Nadia Salmi n'aurait jamais dû l'être non plus. En premier lieu, parce qu'il s'agit d'un ouvrage extrêmement confus, qui mêle sans explication d'aucune sorte extraits de correspondance authentique, résultats des recherches administratives et saynètes romancées censées nous faire partager le destin de Hans, Thérèse et des autres. Le problème, c'est que tout ce mélange ne fait pas bon ménage, et le lecteur ne sait plus s'il a affaire à de la fiction ou à un véritable témoignage, d'autant plus que la démarche de l'auteur est complètement auto-centrée : même si sa situation est potentiellement celle de 400 000 autres personnes, elle ne s'attache qu'à sa propre enquête, à sa propre famille, à son propre nombril, laissant le lecteur indifférent et étranger à cette recherche d'identité. Comment donc se passionner pour ce témoignage qui ressemble plus à une tentative de thérapie personnelle qu'à un récit digne de ce nom, et où le lecteur a l'impression d'être réduit au rôle de voyeur ? Rien n'est à sauver dans cet ouvrage, ni le style, effroyable (surtout dans les parties romancées), ni l'intrigue, longue et répétitive, ni les questionnements existentiels de la narratrice (pourquoi diable nous parler de ses histoires de cœur, dans un récit consacré à son grand-père ?). Cette quête d'identité a déjà été écrite mille fois, et bien mieux, alors dispensez-vous de lire cet ouvrage pénible et narcissique. 0,5 étoile

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 11:21

Djiraël vit à Sarcelles avec sa mère, ses deux frères et sa petite sœur. Son morne quotidien est rythmé par les séances de drague, les contrôles de police, les combines foireuses dans lesquelles l’entraînent ses amis, notamment Youba, avec qui il traîne la plupart du temps. Malgré sa relation avec Alexandra, sa copine « officielle », il n’a d’yeux que pour Farah, la seule fille avec laquelle il se sente vraiment bien, même s'il n'arrive pas à le lui dire. Mais elle est arabe et il est noir, et dans la cité, ça ne se fait pas. Comble de malchance, il doit se rendre au Sénégal avec toute sa famille, pour se recueillir sur la tombe de son père, mort depuis trois mois et dont la dépouille a été rapatriée dans son pays d'origine. Pour Djiraël, ce voyage ne rime à rien : de son vivant, son père n'a jamais su lui témoigner la moindre affection, et le jeune homme le lui rendait bien. Face à la détermination de sa mère, il finit par céder et arrive à Dakar. Aussitôt, il est surnommé "le Francenabé". Lui qui se fait régulièrement traiter d'étranger en France n'est pas non plus à sa place dans ce pays qui semble ne pas vouloir de lui. Pourtant, au fil des jours et des rencontres, Djiraël va découvrir le moyen de renouer avec ses origines... et avec son père.

 

Il y a des livres qui donnent, d'emblée, un mauvais pressentiment. Avec son titre en forme de challenge sportif et sa couverture criarde, celui-ci en fait partie. Les premières pages, très marquées par l'aspect "banlieue", avec verlan, petitesarcelles.jpg délinquance et pauvreté, font craindre le pire. Et pourtant, dès l'arrivée de Djiraël au Sénégal, le roman change de dimension. Adieu la chronique sociale, bonjour le lyrisme, la sagesse proverbiale et les contes africains. Avec une sensibilité insoupçonné, l'auteur nous entraîne dans un univers extraordinaire, où les esprits et les hommes vivent en harmonie, où l'amour est l'enjeu d'une quête aux multiples épreuves, où les rites et les croyances ancestrales donnent son sens au temps qui passe. À travers un roman initiatique parfaitement maîtrisé, l'auteur entraîne Djiraël sur le chemin de la connaissance de soi, de l'apaisement et de la sagesse. Au fil des pages, le héros se dévoile, perd ses certitudes et oublie son orgueil, pour accepter d'apprendre à regarder, d'apprendre à aimer et à comprendre. Lorsqu'il revient à Sarcelles, lui qui ne se sent chez lui nulle part, c'est un jeune homme transformé, apaisé et prêt à tous les sacrifices par amour. Avec un style qui rappelle par moments les plus belles pages de Laurent Gaudé, Insa Sané a un talent exceptionnel pour raconter l'Afrique, mais sa façon de présenter les banlieues est également appréciable : loin des clichés et des stéréotypes, l'auteur présente des "quartiers" sans fioriture, où règnent la débrouille, l'optimisme et l'envie de s'en sortir. En bref, un road-trip passionnant, aux accents poétiques, où l'écriture se transforme et gagne en profondeur à mesure que le héros mûrit, même si certaines maladresses pointent encore çà et là, notamment dans la construction des personnages, parfois trop rapidement esquissés, ou dans la mise en place de l'intrigue, assez simpliste et manquant relativement d'originalité. La preuve que le talent littéraire se trouve partout, et qu'il va désormais falloir compter avec les nouvelles voix de la banlieue, venues proposer un souffle nouveau à un monde littéraire trop sclérosé et sûr de lui. 3,5 étoiles

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 21:21

Jaddo, un bien drôle de nom, n'est-ce pas ? Jaddo, quand elle était petite, elle voulait devenir dresseuse d'ours. Et puis elle a changé d'avis. Après avoir envisagé d'être neurologue, elle a décidé de devenir médecin généraliste. Depuis 2007, elle tient un blog sur son quotidien et ses souvenirs d'interne, d'externe, de généraliste remplaçante. Les amphis bondés, les cours impossibles à suivre en première année, avec les dessins qu'il faut recopier "bien tout comme il faut" tout en notant les explications du prof, la découverte des différents services de l'hôpital, les urgences où 80% des cas ne sont pas urgents mais où les gens veulent quand même passer dans l'ordre d'arrivée parce que "Madame, le client est roi !", les couloirs où s'entassent dans des brancards des petits vieux anonymes à qui on parle à la troisième personne du singulier pour savoir s'ils ont bien "fait pipi", les séances de palpations de foie par dix internes de suite sur un patient atteint d'un cancer et qui n'en demandait pas tant, les petits moments d'indignation contre les maisons de retraite, l'administration, les chefs de service qu'on ne voit jamais mais qui font quand même la loi... Et puis les patients. Les patients qui se plaignent, les patients qui ne se plaignent pas mais qui souffrent, ça se voit, les patients qui réclament des médicaments comme s'ils faisaient leurs courses à l'épicerie, les patients qui veulent des cachets vraiment efficaces et pas des génériques... Jaddo raconte tout ça, et plus encore. Tout ce qui l'a émue, marquée, scandalisée depuis qu'elle a découvert, il y a douze ans, le monde de la médecine. Et il y en a, des choses à dire...

 

Jamais un médecin ne nous avait fait autant rire en nous parlant de son métier. Au fil d'anecdotes tour à tour émouvantes, amusantes ou révoltantes, Jaddo nous fait partager son quotidien de médecin, avec un regard acéré et un humour percutant qui fait moucjaddo.jpghe à tous les coups. Certaines allusions resteront peut-être obscures aux néophytes, mais l'ensemble est très nettement compréhensible par le grand public : pas besoin d'être médecin pour apprécier ce livre atypique et enrichissant. Si vous avez toujours imaginé la médecine à travers Docteur House et Urgences, vous risquez d'avoir un sacré choc en découvrant l'ouvrage de Jaddo, qui décrit une réalité bien éloignée des séries américaines. En lisant certains chapitres au hasard, on pourrait lui reprocher un relatif manque d'humilité, une propension à dénigrer sans ménagement ses confrères, supérieurs ou patients. Et pourtant, il n'en est rien, bien au contraire, Jaddo se décrit bien souvent comme un médecin à couettes, inexpérimenté, dépassé par des situations délicates et très impliqué dans son métier. Son cynisme n'est qu'une façon de se protéger, tout en lui ouvrant les yeux sur les failles d'un système archaïque qui infantilise les patients et les prive de dignité. On s'indigne, on sourit, on s'émeut avec elle, sans jamais s'ennuyer, car Jaddo raconte, et elle raconte bien. Son style est aussi mordant que son humour, et elle sait souvent trouver la formule juste. En bref, à travers ces instantanés, c'est tout un système de santé qu'elle dépeint, avec ses contradictions, ses absurdités, mais aussi ses victoires, car il y en a, et il ne faudrait pas l'oublier : Jaddo ne livre pas un réquisitoire contre la médecine, la Sécu ou l'URSAFF (quoique, pour l'URSAFF...), simplement elle témoigne, avec sincérité et humour. Et ça fait du bien. 4,5 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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