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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 18:12

Josef Schovanec, autiste dit « de haut niveau », atteint du syndrome d’Asperger, est diplômé de Sciences Po et docteur en philosophie. Pourtant, rien ne le prédestinait à un tel parcours : son enfance a été un véritable calvaire, en raison d’une « différence » à l’époque inexplicable (il n’a en effet été diagnostiqué que très tard, à l’âge adulte, et a longtemps été considéré comme schizophrène), avec humiliations et passages à tabac récurrents de la part des autres enfants ; mais ce qui est plus étonnant, c'est que sa situation n'a guère évolué après son admission à Sciences Po : il ne se sentait pas à sa place dans cette école où l'on continuait à le regarder comme un attardé mental. Les médecins ne l'ont pas beaucoup mieux traité : ses nombreuses consultations « psy », entre psychothérapie aux effets contestables, traitement psychiatrique lourd et abus de neuroleptiques l’ont davantage handicapé que l’autisme lui-même. Aujourd'hui, Josef travaille auprès de l'adjoint au Maire de Paris, grâce à un emploi créé spécialement pour lui : n'ayant pas assimilé tous les codes sociaux implicites, il n'a jamais réussi un entretien d'embauche. C'est d'ailleurs la difficile intégration des autistes dans la société (en raison, notamment, d'un manque d'information du grand public) qu'il dénonce, alors même que l'autisme avait été décrété « Cause nationale » pour 2012, avant d'être sacrifié sur l'autel de l'électoralisme...

 

En dépit de la bande ultra commerciale apposée par l'éditeur sur la couverture, voici un ouvrage trèsJeSuisAlEst.jpg intéressant et instructif sur l'autisme, encore trop mal connu en France. Depuis le succès de la série The Big Bang Theory, dont le héros, Sheldon, souffrirait d'autisme de haut niveau, le syndrome d'Asperger est devenu presque "tendance". Pourtant, à l'origine, c'est une véritable souffrance pour ceux qui en sont atteints, et le livre de Josef Schovanec a le mérite de rétablir la vérité de ce point de vue. Contrairement à l'excellent ouvrage de Daniel Tammet, Je suis né un jour bleu, qui a contribué à faire connaître au public le syndrome d'Asperger, ce livre ne s'intéresse pas vraiment aux performances des autistes de haut niveau : certes, Josef Schovanec a un parcours universitaire brillant et parle plusieurs langues, mais l'objet de l'ouvrage est ailleurs, et ce n'est pas uniquement sa modestie qui l'empêche de s'étendre sur le sujet. En effet, l'auteur se concentre davantage sur les aspects sociaux de l'autisme, sur les difficultés qu'ont les personnes autistes à s'intégrer dans un groupe ou à être diagnostiqués en tant que telles, mais il évoque surtout le manque de prise en charge de l'autisme dans notre société : si les médias mettent souvent en lumière la souffrance et la solitude des enfants, ils préfèrent évoquer, chez les adultes, les extraordinaires potentialités intellectuelles des autistes de haut niveau, et non leur difficulté à trouver un emploi ou à suivre des études... Josef Schovanec offre donc un éclairage nouveau et passionnant sur une maladie encore trop mystérieuse pour le grand public. De plus, l'ouvrage est fort bien écrit, mêlant, souvent avec humour, anecdotes personnelles et réflexions plus théoriques (parfois plus ardues à lire, cependant). Et même si la conclusion sur la prise en charge de l'autisme est loin d'être optimiste, ce livre a le mérite de sortir des sentiers battus pour proposer une vision moins médiatique de la maladie, mais beaucoup plus pragmatique, sociale et politique.   3,5 étoiles

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 21:13

Enlevés par le chef d'un cartel mexicain pour une raison inexpliquée, Arno Fugiers, ancien militaire, et son ami David Viel, flic, ont réussi à s'évader. Hélas, ce n'était que le début de leurs ennuis : après avoir perdu au poker contre le Ministre de l'Intérieur, Fugiers est contraint d'intégrer la DCRI (née de la fusion des RG et de la DST) sous les ordres de Viel, chargé de l'enquête. Très vite, sur leur passage, les cadavres sans tête s'accumulent, les questions sans réponse également. C'est alors qu'il se voit adjoindre une coéquipière de choc  : Ana, agent des services secrets espagnols, au physique ingrat et plutôt portée sur la boisson, au grand dam de Fugiers, qui préfère la cocaïne. Traqué par plusieurs mafias concurrentes et par l'IGPN, qui aimerait bien savoir comment ses empreintes  se sont retrouvées sur l'une des scènes de crime, Fugiers n'a qu'un recours : son pote Gino, parrain par intérim du clan sicilien depuis que le big boss a été froidement éliminé, et dont le réseau fort étendu sur la capitale lui permet de continuer, bon gré mal gré, son enquête. Alors que celle-ci va le mener au cœur d'un horrible trafic d'organes en plein développement, Fugiers va devenir le jouet des différentes mafias et de la DGSE, qui comptent bien récupérer, chacune de leur côté, la petite boîte d'allumettes en apparence inoffensive qui a déclenché toute l'affaire en atterrissant mystérieusement dans son blouson...

 

Si vous regrettez l'humour truculent et les situations farfelues des San-Antonio, ce roman est fait pour vous. Maniant la plume avec une incroyable dextérité, Denis Alamercery ne nous laisse pas une seconde de répit, accumulant les jeux de organes.jpgmots hilarants (et souvent douteux), les raccourcis expressifs qui lient action et conjugaison et les digressions les plus invraisemblables. Son héros est un concentré de défauts : rancunier, misogyne, entêté, orgueilleux, accro au jeu, aux filles et à la drogue... Et les personnages secondaires ne sont guère mieux lotis, chacun ayant un caractère bien trempé et une repartie exceptionnelle, de quoi faire sourire le lecteur plus d'une fois, notamment lorsque Cassandra, la nymphette du bois de Boulogne, se fait baffer par Gino, parfait en macho sicilien qu'il ne faut pas trop chercher. Si certains trouvent que ce second degré et cette causticité permanente dénaturent le roman policier, on ne peut nier que Denis Alamercery nous propose une œuvre à mille lieues de ce qui se fait actuellement en matière de polar, et c'est bien agréable. L'histoire est en outre bien ficelée, avec de nombreux rebondissements qui lui donnent du rythme, et jusqu'à la dernière page, il n'est pas toujours évident de discerner les alliés des ennemis. Et si l'on meurt tout de même beaucoup dans ce roman (près de vingt-cinq cadavres en 400 pages, chez Alamercery l'au-delà ne connaît pas la crise), il n'empêche qu'on est bien loin des thrillers sanglants à la mode : ici, tout est vintage, sauf le thème principal du roman, le trafic d'organes, évoqué dans un dossier documentaire un peu bâclé mais pas inintéressant, présent en fin d'ouvrage. En somme, un excellent moment de lecture, moins pour la puissance de l'intrigue que pour le style, définitivement impayable.  3,5 étoiles

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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 20:30

 

Fin août 1978. Patricia et Nadia, respectivement 17 et 16 ans, partent avec leur père pour cinq jours de vacances en Algérie, d'où leur père est originaire. Leur mère et leur petite sœur restent en France. Mais à la fin du séjour, leur père refuse de les laisser rentrer en France : il leur confisque leurs papiers d’identité et les abandonne à Constantine, chez des amis. Sans ressources et dans l’impossibilité de communiquer avec l’extérieur, les deux sœurs, anéanties, n’ont d’autre choix que de se soumettre. Mais pour elles qui ne parlent pas l'arabe et qui ont vécu toute leur vie en France, la vie en Algérie est insupportable : obligées de cohabiter avec cette famille qu'elles connaissent à peine et qui compte déjà onze personne, s'entassant dans une petite maison au confort sommaire, elles doivent en plus rester toute la journée enfermées, ne peuvent sortir seules, et subissent les brimades répétées des enfants de la famille, qui les mettent à l'écart. Si, au début, elles pensent pouvoir rentrer rapidement en France, l'espoir s'amenuise de jour en jour : sans papiers, séquestrées dans un pays qu'elles ne connaissent pas, elles n'ont aucun espoir de s'en sortir par elles-mêmes, et leur mère semble bien impuissante de son côté... Au bout de trois longues années, Patricia parvient enfin à s'évader. Nadia, elle, a renoncé et épousé l'aîné de la famille. Trente ans plus tard, Patricia revient sur ce passé douloureux, dont les plaies ne sont toujours pas cicatrisées...

 

Voici le traditionnel témoignage tire-larmes de l'automne, très attendu par les médias qui separees.jpgont pu faire leurs choux gras de ce mélo familial arrivant à point nommé dans un contexte où l'islamophobie, latente ou non, assumée ou pas, se développe de plus en plus. Alors certes, cette jeune femme a vécu une expérience horrible, que l'on ne souhaiterait à personne, et elle a bien du mérite de s'en être sortie, d'avoir pu se reconstruire par la suite, malgré les difficultés, et d'avoir réussi à finalement pardonner à son père, mais avait-elle réellement besoin de publier ce livre ? Ou en tout cas, de le publier en l'état ? Car même si le témoignage reste touchant et sincère, apportant un regard intéressant sur la condition féminine en Algérie et les mariages forcés, il est atrocement mal écrit, dans un français souvent maladroit, et bourré de fautes de syntaxe et d'orthographe (avec notamment une confusion récurrente, et donc exaspérante, entre "ses" et "ces"). À croire qu'il n'y a pas de correcteurs chez Max Milo... En outre, l'ouvrage se révèle assez naïf dès qu'on sort du cadre strict du témoignage, et à cet égard, les analyses des dernières pages sur les avancées des droits des femmes grâce au Printemps arabe sont simplistes, candides et risibles. Ne parlons mêmes pas des photographies insérées au milieu de l'ouvrage, complètement inutiles voire nuisibles au récit, en ce qu'elles lui enlèvent de sa force et de son universalité, avec un côté "mise en scène" plutôt agaçant. Débarrassé de ses coquilles et enrichi d'une réflexion un peu mieux menée, ce témoignage aurait largement gagné en profondeur, mais faute de cela, il reste un ouvrage dont la lecture s'avère fastidieuse. Espérons au moins que l'auteur y ait trouvé l'apaisement qu'elle recherchait, mais pour faire évoluer la condition des femmes victimes de ce genre de violences, il faudra faire bien mieux que cela. 1 étoile

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21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 21:31

Calcutta, 1916. Dans les ténèbres de la ville, un homme tente d'échapper à ses poursuivants. Dans ses bras, deux nourrissons, des jumeaux. Pour les sauver, il n'a qu'une seule solution : les séparer. La petite fille, Sheere, est confiée à sa grand-mère, tandis que le garçon, Ben, est placé secrètement dans un orphelinat. Les années passent et les deux enfants grandissent dans l'ignorance la plus totale de leurs origines. Seize ans plus tard, Ben est sur le point de quitter l'orphelinat, comme le veut la règle de l'établissement. Cette entrée dans le monde des adultes signifie aussi dissoudre la confrérie secrète qu'il y a formée avec six de ses amis, la Chowdar Society, un groupe qui se réunit régulièrement dans les ruines de l'étrange Palais de Minuit. Mais le jour de leurs seize ans, les jumeaux sont réunis, et une force maléfique semble aussitôt se déchaîner contre eux. Qui est l'être, homme ou démon, qui s'acharne ainsi contre eux et a juré leur perte ? D'où lui vient cette haine aussi implacable à l'encontre des deux jumeaux ? C'est au cœur de l'ancienne gare de Calcutta, un lieu maudit ravagé le jour même de son inauguration par un terrible incendie dans lequel plus de trois cents orphelins ont péri, que Ben et Sheere vont devoir affronter leur ennemi, et découvrir les secrets de leur passé...

 

Avec ce deuxième volume de la trilogie, Carlos Ruiz Zafón fait le pari de l'exotisme, à travers une intrigue qui n'a rien à voir Palaisdeminuit.jpgavec celle du précédent opus, si ce n'est pour sa forte dimension fantastique. Nous voici donc plongés dès les premières pages dans les ruelles de Calcutta, une ville qui recèle bien des mystères et des légendes, de quoi susciter la curiosité des jeunes lecteurs, à qui cet ouvrage s'adresse en priorité. L'intrigue est solide, avec une bonne maîtrise du rythme et du suspense, et les personnages très attachants, notamment les deux héros, bien que les rôles secondaires ne soient pas en reste. La quête des origines des jumeaux se révèle passionnante, bien plus qu'on ne l'aurait imaginé de prime abord, et le souffle romanesque se maintient d'un bout à l'autre du récit, porté par un style fluide et agréable, notamment dans les descriptions incroyablement réalistes du train enflammé qui hante les cauchemars de Ben. Et surtout, élément non négligeable en cette époque où la littérature jeunesse semble complètement vérolée, l'auteur parvient à nous faire frissonner devant un personnage diabolique, cruel et sournois, et nous livre un roman fantastique palpitant sans avoir recours ni aux vampires, ni aux loups-garous, ni aux anges déchus, ni aux dragons, ni à toutes ces formes de créatures hybrides et délicieusement grotesques qui envahissent les ouvrages destinés aux adolescentes pré-pubères, et rien que pour cela, on a envie de le remercier chaleureusement, et de se plonger dans le dernier tome de cette trilogie décidément passionnante. 4 étoiles

 

Découvrez aussi, du même auteur :

Le Prince de la brume

et Marina, de Carlos Ruiz Zafón

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 21:52

Quatre musiciennes, formant l'ensemble Furioso, un quatuor à cordes suédois, décident de se retirer dans une petite île appartenant à l'une d'entre elles afin d'y enregistrer un disque. Mais l'une d'elles, Louise, se blesse à la main peu avant de partir, et elle doit laisser sa place de premier violon à son ami le célèbre Raoul Liebeskind, violoniste hors pair et séducteur impénitent. D'ailleurs, dans le quatuor Furioso se trouvent deux de ses anciennes conquêtes, Anna, à qui il a été fiancé il y a vingt-cinq ans, et Helena, avec qui il a entretenu une relation secrète pendant une vingtaine d'années. Si les deux femmes comptent mettre à profit leur séjour sur l'île pour tenter de reconquérir Raoul, celui-ci n'a d'yeux que pour Caroline, la jeune celliste du groupe et sœur d'Helena. Le problème, c'est que Caroline est en couple avec Louise, avec qui elle va avoir un enfant, grâce à une insémination artificielle. Mais contre toute attente, Caroline tombe très vite sous le charme de Raoul, au point d'envisager de le suivre à New York pour y fonder une famille... ce qui n'est pas franchement du goût de ses trois camarades. Alors que les tensions atteignent leur paroxysme, le corps sans vie de Raoul est découvert, apparemment noyé. Suicide ? Accident ? Meurtre ? Seules les musiciennes étaient présentes sur l'île avec lui, et toutes semblent potentiellement coupables... Nommée pour résoudre cette enquête, la commissaire Ebba Schröder va avoir fort à faire pour découvrir la vérité.

 

Si vous avez réussi à lire le résumé en entier sans pouffer ou lever un sourcil sceptique, c'est soit que vous êtes un grand habitué des sagas estivales de TF1, soit que vous êtes tordu. Dans les deux cas, vous n'êtes pas fréfurioso.jpgquentable. Blague à part, comment peut-on sérieusement imaginer une telle intrigue ? La première partie, de presque 250 pages, nous propose la version suédoise des Feux de l'amour, avec couple de lesbiennes dont l'une est enceinte (précision : le père biologique est le cousin de Louise, c'est plus sympa quand ça reste dans la famille...), relation adultère, liaisons secrètes, avortements plus ou moins dissimulés, projets de mariage et divers autres revirements. Une histoire complètement invraisemblable, glauque et malsaine, où la musique n'est qu'un prétexte à disserter sans fin sur les relations complexes des uns et des autres. La seconde partie du livre est néanmoins bien plus intéressante, avec le travail d'enquête mené par un personnage fouillé et attachant, Ebba Schröder, de loin la plus sympathique du roman (sans doute parce qu'elle est aussi la plus normale, bien qu'elle soit elle aussi musicienne à ses heures perdues : tout le monde passe donc par le conservatoire en Suède ?). En revanche, la fin de l'enquête, et donc du livre, est complètement bâclée : après 400 pages de fausses pistes et d'interrogatoires qui ne mènent à rien de solide, c'est l'enterrement de Raoul qui permet, presque fortuitement, d'élucider le meurtre, en même temps qu'on lui découvre un fils caché, par un hasard là encore providentiel. Le reste est expédié en trois pages, et nous n'en saurons pas plus, ni sur le mobile de l'assassin, ni sur les responsabilités de chacune dans cette histoire légèrement dérangeante. Ajoutons que le style est loin d'être extraordinaire, souvent plat et sans intérêt, et que l'histoire est tellement invraisemblable que le lecteur reste largement en dehors. Une nouvelle preuve, s'il en fallait une, qu'auteur scandinave n'est pas nécessairement gage de qualité, contrairement à ce qu'essaient de nous faire croire les éditeurs qui publient tout et n'importe quoi, du moment qu'ils ont le label "nordique" sur leur ouvrage.   2 étoiles

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 20:52

Lorsque Samantha a décidé d'organiser une fête surprise pour les quarante ans de son époux, Marty, elle ne s'attendait certainement pas à rencontrer autant de difficultés. Elle qui voulait simplement réunir quelques amis d'enfance de Marty se retrouve rapidement bien embêtée : de l'école primaire à l'université, Marty semble avoir disparu de toutes les archives. Si elle penche au départ pour une simple erreur administrative, Samantha est bien obligée de se rendre à l'évidence : Marty, qu'elle ne connaît que depuis quelques mois, lui a menti sur son parcours scolaire, et peut-être aussi sur bien d'autres choses encore. Elle demande conseil au meilleur ami de Marty, Tom, qui le connaît depuis des années, mais ce dernier lui conseille de ne pas s'en préoccuper, et Samantha se retrouve sans ressources. Celle-ci apprend peu après qu'elle est enceinte, et son bonheur est terni par l'attitude de plus en plus étrange de Marty, dont la nervosité semble augmenter à l'approche de son quarantième anniversaire. Très vite, Samantha va découvrir qu'elle n'aurait pas dû tenter de faire la lumière sur le passé sombre de son époux...

 

Avec son titre digne d'une émission de scripted reality et sa couverture un brin agressive, ce roman n'a au départ rien pour attirer le lecteur,fête fatale si ce n'est son intrigue, originale et intéressante, d'autant qu'elle se compose de deux trames distinctes qui finissent par se rejoindre, celle de Samantha plongée dans les préparatifs de la fête, et celle d'une équipe de policiers traquant un seriak-killer victime de "schizophrénie des anniversaires", puisqu'il assassine, chaque 5 décembre, une jeune femme aux cheveux châtains. Bien entendu, le lecteur, aiguillé par William Katz, comprend vite qu'il s'agit de Marty lui-même, et que Samantha n'est autre que sa prochaine victime, et ce supplément d'information donne à la suite du roman une saveur toute particulière, presque voyeuriste, puisqu'il s'agit de voir Samantha avancer tête baissée et sans se douter de rien vers ce piège prêt à se refermer sur elle. C'est également ce qui fait l'originalité du roman : le récit est en effet davantage concentré du côté de la victime potentielle que de celui des enquêteurs, ce qui contribue bien entendu à accroître la tension. Néanmoins, force est de constater, malgré ces éloges, que l'intrigue demeure minimaliste, se perdant dans d'inutiles fausses pistes qui ralentissent l'action, et qu'elle est loin d'être aussi palpitante qu'on pourrait l'espérer, notamment en raison d'une écriture vieillotte et datée : ce livre, écrit en 1984, a de toute évidence mal vieilli, tant dans le style que dans la mise en place des dialogues ou dans la construction du récit, et les lecteurs habitués à des thrillers dynamiques et haletants risquent d'être fort déçus, d'autant que le dénouement, quoique présentant une certaine forme d'ironie tragique amusante pour le lecteur, est vraiment prévisible compte tenu du déroulement de l'histoire, bien loin des cliffhangers ahurissants auxquels nous ont habitués les auteurs contemporains.  2,5 étoiles

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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 22:12

Vous souvenez-vous du truc le plus stupide que vous ayez pu faire ? Julie, elle, est la reine du truc stupide. Elle pourrait vous raconter la fois où, en enfilant un pull, elle a raté une marche et dévalé un escalier, ou encore le jour où elle a voulu réparer une prise électrique en tenant les fils entre ses dents... Mais depuis qu'un nouveau voisin s'est installé dans l'immeuble, Julie est passée dans le registre supérieur, concernant les trucs stupides. Pourquoi cette soudaine curiosité ? Parce que le voisin en question, comme elle a pu le découvrir sur sa boîte aux lettres, s'appelle Riccardo Patatras. Ça ne s'invente pas. Poussée par une brusque envie d'en apprendre plus sur cet homme au nom improbable, la voilà qui tente d'espionner son courrier... jusqu'au moment où, après avoir laissé tomber sa lampe de poche dans la boîte aux lettres en question, elle se retrouve avec la main coincée dedans, pile à l'instant où il rentre chez lui. Tout homme normalement constitué aurait d'emblée pris ses distances avec cette voisine envahissante et monomaniaque, mais Ric, en plus d'avoir un nom rigolo, est vachement sympa, et pas rancunier : il l'aide à se libérer, quitte à sacrifier sa porte de boîte aux lettres, et au lieu de prendre ses jambes à son cou, le voilà qui papote avec une Julie plus écarlate que jamais. Mais cette histoire de main coincée n'est qu'un début pour Julie qui, pour en apprendre plus sur ce voisin, va se conduire de façon toujours plus délirante...

 

Difficile de résister à cette couverture un brin déjantée, avec ce pauvre chat qui a l'air si contrarié de porter son bonnet (péruvien ou de Père Noël, selon l'édition). Et même si le rapport avec l'intrigue est assez lointain, elle a le mérite de vousdemainjarrete.jpg amener à lire la 4e de couverture,  originale et entraînante. Toutefois, l'enthousiasme initial retombe assez rapidement : même si le début du roman est plutôt sympathique, avec cette héroïne à mi-chemin entre Bridget Jones et Amélie Poulain, le rythme s'enlise assez vite, et l'on assiste dans la deuxième partie du roman à un défilé de situations convenues ou de dialogues poussifs. Certes, l'humour de l'auteur, ainsi que son étonnante capacité à se glisser dans la peau de son héroïne, sauvent l'ensemble, mais les personnages sont trop caricaturaux et forcés pour qu'on s'attache véritablement à eux, ce qui est tout de même un peu gênant dans ce type de roman. En réalité, c'est tout l'univers que décrit ce livre qui fait penser à un décor de carton-pâte, comme dans un soap opera, avec cette ville de province anonyme où tout le monde semble se connaître, où la boulangère et l'épicier se chamaillent sans oser s'avouer leur amour, où les voisins se connaissent tous, où la banquière peut se reconvertir du jour au lendemain en vendeuse de pains au chocolat... Tout cela manque sérieusement de réalisme et de subtilité, et même s'il s'agit peut-être d'un parti pris visant à faire de ce roman un remède anti-crise, on a finalement l'impression assez désagréable d'avoir ingurgité un dessert un peu écœurant. Un livre un peu lassant à la longue, en somme, malgré une écriture plaisante, vive et enlevée, mais plombé par un dénouement vraiment trop facile et insipide. D'ailleurs, peut-être la meilleure partie du livre se trouve-t-elle à la fin, avec l'émouvante postface de l'auteur, pour une fois écrite avec finesse et pudeur.   2,5 étoiles

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 19:28

Angleterre, 1943. La famille Carver décide de fuir Londres et les bombardements pour se réfugier dans un paisible village de bord de mer. Ils emménagent dans une somptueuse villa, auparavant occupée par un couple déchiré par la mort prématurée de leur fils unique, Jacob. Mais dès leur arrivée dans leur nouvelle maison, les Carver sont confrontés à d’étranges phénomènes, notamment les enfants, Alicia, Max et Irene : les horloges semblent fonctionner à l'envers, des portes claquent sans raison, de mystérieuses voix se mettent à résonner dans les murs... Dans la cave de la maison, le père de famille retrouve de vieux films, apparemment tournés par Jacob peu avant sa mort, et qui semblent réveiller dans la demeure des ombres inquiétantes. Aidés de Roland, un jeune garçon du coin vivant avec son grand-père dans le phare du village, Max et Alicia décident d'enquêter sur les circonstances étranges de la mort de Jacob. Ils sont loin d’imaginer réveiller la terrible malédiction dont Roland est l’enjeu, et qui les conduira d’un sinistre cimetière à une mystérieuse épave de cargo échouée dans une crique, en passant par un jardin peuplé de statues plus vraies que nature. Et pour sauver leur ami, Max et Alicia vont devoir accepter d’affronter sur son propre terrain l’effrayant Prince de la Brume…

 

Avec ce premier volet d’une trilogie adressée aux jeunes lecteurs, Carlos Ruiz Zafón nous entraîne déjà dans l’univers prince-brume-copie-1.jpgétrange qui fera son succès planétaire :mystère, magie, onirisme et fantastique sont omniprésents dans ce court pastiche de roman gothique qui se lit d’une seule traite . Même si les personnages sont assez peu développés, brossés à grands traits, ils demeurent attachants et le lecteur s’identifie rapidement à eux. L’intrigue est au reste bien menée du début à la fin, avec une bonne maîtrise narrative et un suspense croissant à mesure qu’on approche du dénouement, et si le style est encore hésitant, il n’en demeure pas moins agréable et entraînant. Bien sûr, il s’agit d’une œuvre de jeunesse, mais elle annonce à merveille les chefs-d’œuvre postérieurs de l’auteur espagnol, et aura sans doute le mérite d'attirer à lui un public qui pourrait être rebuté par la taille de ses ouvrages les plus célèbres. Zafón, dans sa préface, dit avoir essayé d’écrire le roman qu’il aurait voulu lire dans sa jeunesse, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a réussi son pari : cet ouvrage séduira certainement adolescents et jeunes adultes, qui replongeront avec délices dans l’atmosphère de la Bibliothèque Verte et de ses enquêtes aussi mystérieuses que passionnantes. Rythmé, original et palpitant jusqu’à l’affrontement final entre les héros et le terrible Prince de la Brume, ce roman vous fera sans doute frissonner… de plaisir. 3,5 étoiles

 

A découvrir également : Marina, de Carlos Ruiz Zafón

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 21:08

"Nââândé" est une expression typiquement japonaise, mélange de consternation et de surprise, que nos amis anglophones rendraient par un "What the f*ck ?" bien senti, là où nous nous contentons d'un "C'est pas vrai ? / C'est pas possible !". Cette expression, c'est celle qui revient le plus dans la bouche des Japonais lorsqu'ils découvrent Paris. Car pour eux qui ont idéalisé toute leur vie notre capitale, avec sa Tour Eiffel, ses cafés à chaque coin de rue, ses Champs Elysées et sa butte Montmartre, découvrir la réalité d'une ville sale, où les gens sont pressés et mal aimables constitue un tel choc que, chaque année, plusieurs dizaines d'entre eux finissent dans un service spécialisé de l'hôpital Sainte-Anne. Eriko Nakamura, présentatrice vedette au Japon, est mariée depuis une dizaine d'années avec un Français, ce qui ne l'empêche pas de s'offusquer régulièrement de l'archaïsme de nos toilettes (sans musique d'ambiance, sans douchette, sans diffuseur de parfum intégré, rendez-vous compte !), de notre manque de civisme ou de la rudesse de nos manières. Néanmoins, s'il y a bien une chose qu'elle nous envie, c'est notre métro : alors que pour des millions de Franciliens, il constitue une abomination, vétuste, mal entretenu, bondé et mal adapté au rythme des usagers, la jeune japonaise le trouve exceptionnel, parce qu'une femme peut y voyager sans devoir repousser en permanence les mains baladeuses de ses compagnons de transport. C'est sûr que, vu comme ça... Dans ce petit livre fourmillant d'anecdotes, Eriko Nakamura s'amuse de nos travers et met en lumière le gouffre culturel qui sépare Parisiens et Japonais.

 

Et le prix du livre enfonçant le plus grand nombre de portes ouvertes en un minimum de pages est attribué à... Nââândé !? ! Bienvenue dans un ouvrage qui enfile les clichés à longueur de chapitre, qui se contente de réflexions superficielles sans aucune trace d'une analyse un tant soit peu poussée, qui amalgame allègrement Parisiens et Français (car c'est biennaaande connu, pour les Japonais, la France se limite à Paris, plus précisément à deux ou trois arrondissements qu'ils visitent au pas de course et en troupeau de vingt, appareils photos à la main et visières vissées sur la tête - à cliché, cliché et demi)... Une collection d'anecdotes au mieux inintéressantes, au pire agaçantes, entrecoupées de l'horripilant "Nââândé ?!" qui revient comme un leitmotiv tout au long de l'ouvrage. Évidemment, le livre se cherche une filiation avec les Lettres persanes, mais là où Montesquieu avait du génie et une réflexion à proposer, Eriko Nakamura se contente d'enchaîner les banalités sans faire preuve d'aucun second degré, et loin d'œuvrer pour la compréhension mutuelle des deux peuples, elle les renvoie finalement dos à dos : les Parisiens sont sans doute grossiers, arrogants et égoïstes, mais les Japonais sont coincés, maniaques et perdent un temps fou en politesses excessives. Sans parler de leur aversion pour notre papier hygiénique (digression développée sur plusieurs pages, il s'agit manifestement d'un sujet capital...), trop rêche pour leur auguste séant habitué à la douchette automatique des toilettes nippones, bien plus perfectionnées que les nôtres (la recherche japonaise se porte comme un charme, merci pour elle). Ajoutons que l'auteur, issue d'une famille aristocratique, semble mener le même train de vie en France (à titre d'exemple, pour aller boire un verre, elle se rend tout naturellement au Café de Flore...), à tel point qu'elle trouve pittoresques les personnes qui font la manche dans le métro, c'est tout dire. Léger, frivole, sans aucun effort stylistique, atterrant et même pas drôle, c'est beaucoup pour un livre aussi court.  0,5 étoiles

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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 20:51

Lorsqu'il reçoit une confirmation de réservation pour un hôtel de Chamonix, Eric Lannester, commandant de la police criminelle de Paris spécialisé en profilage, croit à une erreur : il n'a aucune intention de partir en vacances, et encore moins à la montagne, d'autant que cela l'obligerait à s'éloigner de sa psy, de son chat, Walesa, qui est en fait une chatte, et surtout de sa petite amie, Léo. Mais il n'est nullement question de vacances : Lannester est envoyé pour enquêter. En quelques mois, plusieurs jeunes filles ont disparu dans les environs de Chamonix. Toutes souffraient d’anorexie mentale et étaient soignées dans une prestigieuse clinique spécialisée dans les troubles alimentaires. L’enquête menée par la gendarmerie n’ayant rien donné, les familles des victimes, désemparées, réclament l’intervention du commandant Lannester. Le voici donc dépêché sur les lieux avec son équipe de criminologie analytique, chargée de reprendre toute l’enquête pour établir un profil. Mais comment faire, lorsqu'il n'y a pas de corps, pas de scènes de crimes et donc, potentiellement, pas de meurtre ?

 

D'emblée, ce roman attire par son titre en forme de petite annonce, titre mystérieux qui ne révélera son double sens qu'à la toute fin, avec une jolie trouvaille. L'écriture est tout de suite vive et agréable, avec une pointe d'humour désabusé qui colle cherche_jf.jpgbien au personnage de Lannester, récurrent sous la plume de Françoise Guérin. L'intrigue est originale et s'intéresse à un sujet difficile à traiter sans tomber dans l'excès : les troubles alimentaires à l'adolescence. Néanmoins, et c'est un reproche qu'on pourrait adresser au roman dans son ensemble, ce thème est traité de façon un peu trop psychologisante (ce qui est logique, puisque l'auteur est psy) et par conséquent crée des digressions et des longueurs superflues, que l'on retrouve dans les conversations entre le héros et sa psy, parfaitement inutiles et ennuyeuses. A titre d'exemple, les jeunes disparues souffrent toutes d'anorexie mentale, qui équivaut à ce que le grand public appelle simplement l'anorexie, mais l'explication du terme médical intervient très tard dans le roman. Par ailleurs, le choix d'un polar à l'ancienne est plutôt agréable et audacieux, au moment où les auteurs les plus en vue rivalisent dans le glauque, le macabre et le sordide. Et même si le profilage, qui est censé être la spécialité du héros, reste finalement peu exploité, l'ensemble est assez rafraîchissant et le travail des enquêteurs, gendarmes et policiers, est bien rendu, avec une recherche d'authenticité manifeste. Cependant, le principal défaut du roman est son manque de rythme : force est de constater qu'il ne se passe rien durant les deux premiers tiers du roman, tandis que le dénouement est quasiment bâclé et laisse le lecteur sur sa faim. Un déséquilibre qui désavantage donc énormément ce polar de facture classique, bien construit et aux personnages complexes et fouillés, mais trop long et assez dérangeant vers la fin, ce qui risque de rebuter les lecteurs les plus sensibles.  3 étoiles

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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