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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 22:15

D'un côté, il y a Tom et Ellie, les petits bourgeois du lycée, à l'avenir tout tracé, grâce à la fortune et au réseau de leurs parents. De l'autre, il y a Karyn et Mikey, qui vivent dans une cité minable avec leur mère alcoolique et n'ont aucune perspective d'avenir, si ce n'est la rue et la misère.

Leurs mondes n'étaient pas destinés à se rencontrer. Mais le jour où Karyn accuse Tom de l'avoir violée au cours d'une soirée un peu trop arrosée, c'est leur vie à tous les quatre qui vole en éclats. 

Mikey, employé à la plonge dans un pub de la ville, n'a plus qu'une idée en tête : venger sa petite sœur, sans attendre que Tom soit condamné par la justice. De toute façon, Tom affirme que Karyn était consentante, et en l'absence de preuves concluantes, sa parole aura sûrement plus de poids que celle d'une gamine paumée et désargentée. 

Alors un soir, Mikey s'incruste à une soirée chez Tom, espérant en apprendre plus sur lui et trouver le moment opportun pour se venger. Un peu par hasard, il y fait la connaissance d'Ellie, sans comprendre tout de suite qu'elle est la sœur de son pire ennemi. Timide, bûcheuse, obsédée par sa réussite scolaire, tout le contraire de Mikey. Pourtant, ces deux-là vont s'enticher l'un de l'autre. 

Et bien sûr, arrivera le moment où chacun découvrira la véritable identité de l'autre, et devra affronter un cruel dilemme : protéger sa famille coûte que coûte, ou laisser parler son cœur ?

 

Avouez-le, vous l'avez vue venir à des kilomètres, cette histoire d'amour impossible entre la pauvre petite fille riche et le rebelle au grand cœur. Impossible de s'y tromper : la couverture, le titre, le résumé... Tout est fait pour nous servir une énième variation de Roméo et Juliette, ambiance ghetto contre beaux quartiers, violeurs contre violés.

ToiContreMoi.jpegAu début, on a vraiment envie de s'intéresser à ces adolescents, à leurs problèmes, on aimerait se laisser embarquer dans leur histoire d'amour naissante, dans leurs dilemmes cornéliens, dans leurs liaisons dangereuses... Sauf que le charme n'opère pas, car les personnages sont creux, stéréotypés à l'extrême (la mère alcoolique qui passe ses journées à dormir, le frère courage qui s'occupe de tout et refuse de renoncer à son rêve malgré son échec scolaire, la bonne élève qui s'entiche du caïd, les parents obsédés par leur réputation et l'honneur de leur famille, le bon pote débrouillard...).

Jenny Downham choisit un sujet délicat, le viol des adolescentes, mais ne nous épargne aucun des poncifs attendus : d'un côté la victime prostrée, emmurée dans son silence, souillée, salie, de l'autre les remarques acerbes et  sur sa tenue légère, son maquillage outrancier, son attitude provocante... Et en concluant volontairement son roman avant le verdict final, elle montre que finalement, on se fiche un peu, et elle la première, de savoir si Karyn a réellement été violée ou non. Non, ce qui importe, c'est visiblement l'histoire d'amour entre les deux héros.

Bref, l'auteur cède à la facilité, tant pour la construction de son intrigue que pour le caractère de ses personnages ou l'originalité de ses dialogues. Tout dans ce roman semble fade, insipide, même les sentiments des héros auxquels on ne parvient pas à croire une seconde. La bluette entre Mikey et Ellie n'a aucun intérêt, et même leurs scrupules à manipuler l'autre sonnent faux, sans parler du ridicule de certaines scènes, comme celle où la jeune fille s'offre sur un plateau d'argent à Mikey, rejouant à peu de choses près le viol présumé de la sœur de l'un par le frère de l'autre... Mais l'auteur, trop absorbée par la description de cette étreinte-romantique-sur-peau-de-bête-au-coin-du-feu (véridique) ne semble même pas avoir remarqué ce parallèle, qui aurait pourtant pu être intéressant à soulever, ce qui démontre, si cela était encore nécessaire, l'extraordinaire vacuité de son ouvrage.

Un roman parfaitement dispensable, donc, à réserver à un public amateur des intrigues pauvres et des dialogues plats, mais qui pourra toutefois servir à caler un meuble, si besoin.     1 étoile

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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 14:50

Depuis plusieurs semaines, un mystérieux psychopathe s'est mis à sévir à Berlin. Ses victimes sont retrouvées vivantes et ne présentent aucune blessure externe, mais elles sont complètement apathiques, dans un état pratiquement végétatif, comme si on leur avait enlevé toute possibilité de communiquer et d'interagir avec le monde extérieur. Dans leur main, les enquêteurs découvrent à chaque fois un bout de papier portant une inscription énigmatique, et les victimes se multiplient sans que rien ne semble pouvoir arrêter celui que la presse a désormais surnommé le Briseur d'âmes...

En cette veille de Noël, Caspar, un jeune homme amnésique, se retrouve interné dans une clinique psychiatrique sur les hauteurs de la capitale allemande. Assailli de souvenirs, persuadé que sa fille est en danger et l'attend quelque part à l'extérieur, il envisage de prendre la poudre d'escampette, mais une tempête de neige contrarie ses plans, et le voilà enfermé dans l'établissement avec une poignée de patients et le personnel de l'établissement.

La tempête fait rage au-dehors et l'établissement se retrouve bientôt coupé du monde et dans l'incapacité de communiquer avec l'extérieur. Au même moment, des événements tragiques agitent la clinique, et Caspar comprend que le Briseur d'âmes est parmi eux. Désormais, Caspar ne peut plus faire confiance à personne... et encore moins à lui-même.

 

En quelques thrillers, Sebastian Fitzek s'est imposé comme le nouveau nom du polar allemand. À chaque nouvel opus, il se classe en tête des ventes. Avec Le Briseur d'âmes, le voilà qui mêle huis clos et thriller scientifique, avec une plongée au cœur de l'hypnose et de l'amnésie. 916mwmqbJ5L._SL1500_.jpg

Si l'auteur sait toujours aussi bien ménager le suspense en fournissant de nombreux rebondissements, comme à son habitude, il n'empêche que ce roman ne convainc pas autant que les précédents ouvrages de Fitzek : l'intrigue, même si elle est en quelque sorte dédoublée entre passé et présent, est assez faible, et les personnages sont à peine esquissés, là où l'auteur nous avait habitués à des caractères bien trempés et dotés d'une grande profondeur psychologique.

L'ouvrage pèche surtout par sa longueur : il est bien difficile de nos jours d'écrire un thriller en moins de 400 pages, et c'est sans doute cette brièveté (pour des raisons de délais éditoriaux, peut-être ?) qui nuit le plus à la lecture de ce roman.

Comble de malchance ou de médiocrité pour un livre si court, l'intrigue est bien longue à se mettre en place, et le lecteur met beaucoup du temps à s'attacher un tant soit peu au héros ou aux autres personnages, qui sont complètement transparents d'un bout à l'autre du livre et ne semblent servir que de faire-valoir.

Pourtant, l'idée était intéressante, et la lutte du héros pour recouvrer la mémoire est plutôt bien construite, mais le lien avec la présence du Briseur d'âmes dans la clinique n'est expliqué qu'à la toute fin du roman, dans un dénouement tiré par les cheveux où le coupable se trouve obligé de raconter par le menu tout ce qui l'a conduit à commettre ses crimes, au cas où le lecteur aurait eu du mal à suivre... Pour la vraisemblance, on repassera.

Ajoutons que ce thriller, très inspiré des films d'horreur, et en particulier des slashers, est incroyablement confus, avec des dialogues qui ne servent à rien si ce n'est à noircir de la page, et des rebondissements invraisemblables : on aura rarement vu un groupe de personnes enfermées avec un tueur subir autant d'avaries et de malheurs.

Le Briseur d'âmes se laisse finalement lire sans trop d'efforts, mais reste bien en-dessous des précédents ouvrages de Sebastian Fitzek, peut-être un peu vite considéré comme un maître du thriller à l'allemande. Espérons que ce ne soit qu'un incident de parcours, et que l'auteur retrouvera vite l'inspiration et la voie de l'originalité. 2,5 étoiles

 

Découvrez aussi, du même auteur,  Thérapie  et   Tu ne te souviendras pas

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10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 19:24

Lisbonne, 1500. Le monde est en train de basculer : après la découverte des Amériques par Christophe Colomb et l'ouverture de la route des Indes par Vasco de Gama, le Portugal a décidé d'étendre sans tarder son empire commercial. Le roi Manuel ordonne donc le départ d'une nouvelle armada en direction des Indes. La flotte, composée de treize nefs et placée sous le commandement du renommé Pedro Álvares Cabral, prend la mer en direction du cap de Bonne-Espérance.

À bord d'un des navires se trouve le jeune João Faras, médecin du roi et cartographe, chargé d'apporter des améliorations au Padrão Real, la carte du monde secrète établie pour Manuel Ier. Le voilà donc sur le point de dessiner les contours de continents encore jamais foulés par les Portugais, mais son statut privilégié à bord lui attire l'hostilité et les moqueries des matelots, ainsi que le mépris du pilote, avec qui il se trouve sans cesse en conflit.

Après avoir fortuitement découvert les côtes du Brésil (que Cabral baptise Vera Cruz), l'armada met le cap sur l'Afrique. Mais au large du cap de Bonne-Espérance, les marins sont surpris par une terrible tempête, qui sépare du reste de la flotte la nef sur laquelle se trouve João. Désormais livré à lui-même, l'équipage est en plus décimé par le scorbut, la faim et la soif, à tel point que certains envisagent de céder au cannibalisme. Impossible à présent de rejoindre les Indes, mais les côtes africaines ne semblent guère hospitalières...

João, écartelé entre son désir de participer aux plus grandes découvertes de son temps et son envie de retrouver sa famille, aussi effrayé que fasciné par les tribus indigènes rencontrées lors de leurs escales, mais également tiraillé entre judaïsme et catholicisme, puisqu'il est un nouveau converti, n'imagine pas encore toutes les aventures et les épreuves qui l'attendent encore, non seulement sur mer, mais aussi et surtout sur terre... 

 

Vous en avez assez de la grisaille parisienne ? Embarquement immédiat pour des terres inconnues, au siècle des Grandes Découvertes. Bien sûr, il faudra vous armer de patience (eh oui, il faut plusieurs semaines pour atteindre les Indes en contournant l'Afrique, surtout si on fait une petite escale au Brésil au passage...), de courage (pour affronter les tempêtes, les maladies, la faim, l'ennui, les caprices du pilotes mais aussi les attaques des sauvages, au cas où les marins auraient l'idée saugrenue de débarquer pour se dérouiller un peu les jambes), et d'une bonne dose de foi (en vous-même, en vos instruments - loin d'être précis et fiables à cette époque -, en la solidité de votre rafiot, en l'humanité, en Dieu aussi, ça peut toujours servir en cas de vilaine tempête).

EgareLisbonne.jpgPlus sérieusement, voici un roman historique original et très bien documenté, comme l'atteste l'annexe en fin de volume. Le travail des éditions Gaïa est également remarquable en ce qui concerne la confection du livre, avec le splendide Padrão Real reproduit en 2e et 3e de couverture. L'auteur parvient sans peine à nous entraîner dans son histoire grâce à sa plume légère et à son style délicieusement suranné, parfaitement adapté à la parlure un peu précieuse de ce cartographe-médecin malgré lui qui fait face avec effroi au manque de raffinement de ses camarades de navigation. 

Habilement construit en triptyque, ce roman vous emmène de ce périlleux voyage maritime (dont bien peu reviendront, et pas tout à fait aussi insouciants qu'à leur départ) à l'épidémie de peste qui ravagea Lisbonne et conduisit au massacre des juifs de la capitale (leur implication dans la propagation de l'épidémie ne faisant manifestement aucun doute pour les Lisboètes), en passant par une aventure rocambolesque au cours de laquelle le héros se voit chargé de dérober le Padrão Real, presque aussi bien gardé que les bijoux de la couronne.

Si les personnages secondaires manquent un peu d'épaisseur et d'originalité (l'esclave rusé, le marin bourru, le patron de taverne louche, le soldat débauché...), le héros se révèle assez attachant, bien qu'il puisse aussi se montrer fort agaçant par moments en raison de ses atermoiements et de ses jérémiades répétées. L'intrigue, quant à elle, est plutôt bien construite et rythmée. Enfin, l'auteur a judicieusement intégré à son ouvrage certains éléments qui ont davantage de résonance à notre époque, par exemple le stress post-traumatique dont semble souffrir le héros, et que, bien évidemment, personne au XVIe siècle ne semble comprendre, la tolérance envers l'adultère, mieux accepté de la part des hommes que de celle des femmes, ou encore la description édifiante du pogrom des juifs, éternelles victimes de l'obscurantisme et de la haine de l'autre.

En somme, un très bon roman historique sur une époque quelque peu délaissée, qui mêle habilement récit de voyage, roman d'espionnage et critique de la société. De quoi sérieusement dépayser les lecteurs, tout en leur donnant à réfléchir sur leur propre époque, ce qui est finalement le signe d'un roman intelligent.   3,5 étoiles

Ouvrage reçu dans le cadre de l'opération "Masse Critique". Merci à Babelio et aux éditions Gaïa.

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26 février 2014 3 26 /02 /février /2014 18:43

Le jour, Patrick Bateman est l'incarnation parfaite du golden boy new-yorkais : bronzage parfait, sourire carnassier, costumes hors de prix... Avec son immense appartement luxueusement meublé, ses réservations dans les restaurants les plus selects de la ville et ses soirées dans des discothèques branchées, à siroter des cocktails entre deux rails de coke, Patrick mène une vie de plaisirs et de raffinement, comme tout bon yuppie qui se respecte.

Si seulement ce satané pressing chinois était fichu de nettoyer correctement les taches de sang sur ses draps... Car la nuit, Bateman laisse libre cours à ses pulsions les plus malsaines : il viole, tue, torture. Animaux, sans-abris, enfants, prostituées... Nul n'échappe à sa cruauté et à son imagination sans limites. Et le pire, c'est que ces actes de barbarie et de torture à l'état pur ne l'amusent qu'un instant.

Érigeant la superficialité en principe de vie, Bateman aime tout ce qui est rare, beau et cher, à commencer par sa propre personne. Des vêtements à la coupe de cheveux en passant par les meubles et les cartes de visite, il veut le meilleur, sinon rien. Capable d'estimer d'un seul coup d'œil le coût total de votre tenue, Bateman est aussi un expert  réputé auprès de ses collègues et amis, qu'il méprise tout autant qu'il jalouse.

Assailli par des pulsions destructrices de plus en plus violentes, et qui s'invitent à la moindre contrariété, le golden boy prend de plus en plus de risques : au détour d'une conversation, il glisse une allusion à ses passions morbides, révèle sa passion pour les serial killers, menace de mort ceux qu'il croise... Bateman sombre peu à peu dans une folie sanguinaire, et rien ne semble pouvoir l'arrêter, surtout pas ses amis, tellement centrés sur eux-mêmes qu'ils ne remarquent rien...

 

Incontestable best-seller depuis sa parution, œuvre phare de la littérature américaine contemporaine, American Psycho est sans conteste un roman qui fascine autant qu'il dégoûte, notamment en raison de la personnalité très antipathique de son héros et de la violence des scènes qui y sont décrites.

Le lecteur déjà connaisseur de Bret Easton Ellis et de son goût pour la provocation n'en attendait pas moins : roman sulfureux, objet de scandale mais aussi véritable OVNI littéraire, American Psycho ne laisse définitivement pas americanpsycho.jpgindifférent.

Au départ, l'auteur semble nous resservir son traditionnel cocktail alcool-coke-sexe-glande devant MTV, et on se dit "Oh non, pitié, pas 600 pages dans ce style-là." De fait, les deux cents premières pages sont assez insipides. Bateman est particulièrement peu attachant, et l'énumération détaillée et répétitive des vêtements qu'il porte, des (nombreuses !) crèmes et lotions qu'il utilise quotidiennement, ou encore de son mobilier, façon George Perec dans Les Choses, devient assez vite lassante, voire franchement pénible. Sans parler des longs monologues du héros sur des chanteurs has-been, Phil Collins et Whitney Houston en tête, dont il commente minutieusement la discographie...

Et dire qu'à la lecture de la quatrième de couverture, on s'attendait à des meurtres, de la barbarie, bref, de l'action ! Mais Bret Easton Ellis est un malin, et il sait parfaitement où il veut emmener son lecteur. Dès le premier meurtre, gratuit, froid, abject, tout bascule. Le héros prend une épaisseur inattendue, et dans la galerie de personnages secondaires, futiles et interchangeables au possible, certains s'étoffent en accédant au statut peu enviable de victime potentielle, voire de victime tout court.

Bien sûr, le sadisme des scènes de meurtre et les descriptions presque pornographiques d'actes sexuels assortis de tortures et de mutilations diverses risquent de faire frémir ou de rebuter plus d'un lecteur, à juste titre d'ailleurs. Il y a largement de quoi être mal à l'aise devant cette provocation, mais celle-ci, à force de surenchère, devient paradoxalement plus supportable au fur et à mesure que Bateman s'enfonce dans sa folie, et donc dans des fantasmes de moins en moins réalistes.

Ajoutons que, contrairement à ses précédents opus, l'auteur semble enfin avoir quelque chose de constructif à dire, ou plutôt à faire lire, puisqu'il se garde bien, selon son habitude, d'émettre un jugement clair sur ses personnages ; mais ce roman constitue bien une satire, assez flamboyante même, du monde de la finance, des élites, des nouveaux riches, et de leur problème principal, l'ennui. Et pour une fois, le style à la fois délibérément minimaliste, monotone, et en même temps très bavard par moments, s'adapte bien au contenu de l'ouvrage et à la personnalité fluctuante du héros, qui oscille de plus en plus entre monde réel et hallucination.

En bref, American Psycho, dans la droite lignée des écrits de Sade, a sans aucun doute constitué une charnière dans la création littéraire de ces vingt dernières années, par son côté atypique, dérangeant et provocateur (malheureusement beaucoup imité depuis par ces affreux gratte-papiers de Beigbeder, Houellebecq ou Despentes). Et même si l'on peut lui reprocher d'être trop long à démarrer et de se terminer en queue de poisson, nul doute que ce roman vous marquera pour longtemps.          3,5 étoiles

 

Découvrir aussi Moins que zéro, de Bret Easton Ellis

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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 23:16

Quelle belle journée pour mourir ! C'est du moins ce que le héros de cet ouvrage aurait pu penser, s'il n'avait pas été concerné d'aussi près par la chose.

Le voilà en effet qui s'écroule devant l'esplanade du Centre Pompidou à Paris, par une belle journée de printemps. Oui, mais le problème, c'est que c'est la première fois que ça lui arrive, et qu'il ne sait pas très bien comment s'y prendre. Faut-il avoir l'air inspiré pour prononcer ses derniers mots, la jouer tragédie grecque ou encore la faire sobre, tout en retenue et en simplicité ? Car il a du public, le bougre : tous ces badauds qui croient d'abord à un spectacle de rue, avant de comprendre le caractère à la fois rebutant et fascinant de cette mort qui se déroule juste sous leurs yeux.

Tandis qu'il agonise sur le sol, une véritable bataille se joue dans la tête de notre héros, qui n'a pas vraiment envie de passer l'arme à gauche. En tout cas, pas maintenant, pas comme ça.

Et voilà qu'en plus, des souvenirs lui reviennent, de ses conquêtes féminines, de ses proches, des imbéciles de toute sorte qu'il a pu croiser au cours de son existence... Mince alors, il faudrait quand même qu'il se concentre un peu, ce serait bête de rater sa propre mort !

 

Avec son titre un peu énigmatique et sa quatrième de couverture alléchante, ce roman semblait tout à fait prometteur. Les cinquante premières pages également : on y découvre un narrateur, digne héritier de Desproges et de Frédéric Dard, qui PrendreFin.jpgnous dissèque avec malice et talent un bon paquet d'expressions toutes faites en rapport avec la mort. C'est amusant, impertinent, original. On sourit de ce personnage un peu dépassé par la situation, pas encore mort mais déjà plus tout à fait vivant, mais qui s'accroche tout de même à la vie comme un forcené.

Et puis, passé ces cinquante pages, le récit tourne à l'exercice de style vain et narcissique. Le narrateur, un brin misogyne et condescendant, nous raconte alors, avec un plaisir presque obscène et un luxe de détails dont on aurait pu se passer, toute sa vie amoureuse, de ses entrevues avec des prostituées à ses relations assez ternes avec de belles plantes légèrement décérébrées...

De page en page, le lecteur sent l'ennui, voire l'agacement, pointer le bout de son nez , lorsque le héros se perd dans des digressions interminables, des considérations parfaitement accessoires ou encore lorsqu'il enfile les citations et les références élitistes dans le seul but d'étaler son "immense" culture.

Jean-Pierre Enjalbert, auteur parfaitement inconnu au bataillon, et qui aurait peut-être dû le rester, se paye tout de même le luxe de nous servir un roman de deux cents pages sur du vide total, puisqu'il faut bien l'admettre, il ne se passe rien : le narrateur se promène, s'effondre, et se met à divaguer. Point final (qui tarde à venir, en plus, un comble pour un ouvrage aussi court !).

Alors à la limite, la brièveté de ce roman est plutôt un soulagement, puisqu'elle nous permet de passer rapidement à autre chose. Dommage, donc, car il y avait matière à faire de ce roman un petit bijou d'écriture et d'humour absurde, et à la place, nous n'avons qu'une pénible, désolante et fastidieuse démonstration de masturbation intellectuelle.         1 étoile

 

Ouvrage reçu dans le cadre de l'opération "Masse Critique" menée par Babelio et les éditions Belfond.

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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 20:46

Depuis vingt-cinq ans qu'il examine des cadavres sous toutes les coutures, on peut dire que Michel Sapanet a vu la mort de près, et qu'il la connaît mieux que personne. Expert médecin légiste au CHU de Poitiers, il côtoie quotidiennement les défunts, de ceux dont les histoires étonnantes ou sordides remplissent les colonnes "faits divers" des journaux.

Loin de l'image aseptisée renvoyée par les films et les séries, Sapanet nous montre une médecine légale où les corps sont décomposés, putréfiés, démembrés, carbonisés. Car des morts qui nécessitent une autopsie, il y en a chaque jour. Pendus, tués par balle, poignardés, égorgés, écorchés, brûlés vifs, écrasés par des voitures... Les occasions ne manquent pas. Et tous ces corps doivent, un jour ou l'autre, livrer leurs secrets.

C'est tout ce travail d'investigation minutieuse que décrit Michel Sapanet dans ses chroniques : la recherche laborieuse de la pièce manquante du puzzle, celle qui permettra de faire toute la lumière sur l'enquête et éventuellement d'apaiser les familles des victimes en leur apportant des réponses.

Des meurtres répugnants aux suicides déguisés, en passant par les accidents de chasse et les infanticides, plongez au cœur d'une discipline aussi étrange que fascinante. Et surtout... retenez votre souffle.

 

Si pour vous, la médecine légale se résume à Kay Scarpetta, Temperance Brennan et aux autres légistes de fiction, la lecture de ces chroniques vous surprendra sans aucun doute.

Loin des autopsies bien propres et des jolis cadavres des séries télévisées, le quotidien de Michel Sapasapanet.jpgnet ressemble aux neuf cercles de l'Enfer : cadavres putréfiés, grouillant d'insectes ou encore pendus avec leur propres tripes... Les occasions de défaillir sont nombreuses. Ce médecin au cœur bien accroché côtoie chaque jour l'horreur et la barbarie, et sa profession un peu particulière exige sang-froid et capacité à prendre du recul.

C'est donc avec une sacrée dose d'humour noir, humour qu'il pratique au quotidien pour garder la tête froide, que Michel Sapanet nous raconte quelques anecdotes tirées de ses longues années d'exercice de la médecine légale, en n'hésitant pas à se lancer dans les calembours les plus douteux et les plaisanteries les plus scabreuses.

Mais l'écriture du légiste, flamboyante et audacieuse, fine et pleine d'esprit, sait aussi se faire plus sombre par moments, lorsqu'il s'agit d'évoquer certaines situations délicates, comme l'autopsie d'un bébé ou l'examen d'une jeune femme vraisemblablement battue par son mari. Dans ces chapitres, à la tonalité plus sérieuse, Michel Sapanet nous raconte, avec une pudeur émouvante, sa détermination à rendre honneur et dignité à ces victimes, mais sans tomber une seule fois dans le racoleur ou la fausse compassion.

Avec en outre un excellent sens de l'observation et du détail (ce qui est bien utile, nous sommes d'accord, pour exercer la médecine légale), Michel Sapanet plonge son lecteur dans des situations tour à tour insolites ou répugnantes, sans pour autant jamais le mettre mal à l'aise.

En somme, voici un ouvrage passionnant, tantôt amusant, tantôt émouvant, qui nous fait découvrir, avec humour et élégance, l'univers fascinant de cette étrange spécialité qu'est la médecine légale. Gageons qu'après la lecture de cet ouvrage, vous ne regarderez plus jamais Les Experts de la même façon qu'avant.    4 étoiles

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 16:11

Isabel Connelly, écrivain à succès, mène une vie paisible en compagnie de Marcus, son époux depuis cinq ans. Comme dans tous les couples, il y a bien sûr des hauts et des bas, notamment cette liaison d'il y a deux ans, qu'Isabel a découverte au hasard d'un SMS lu à la va vite sur le portable de son mari. Mais depuis, de l'eau a coulé sous les ponts. Jusqu'au jour où Marcus disparaît sans crier gare...

D'abord inquiète, puis en colère, Isabel part à la recherche de son époux. Mais au moment où elle pénètre dans les locaux de la société dirigée par Marcus, un gang de faux agents du FBI débarque et met à sac les bureaux, abattant au passage trois employés de l'entreprise. Malgré les recherches entreprises par la police, Marcus reste introuvable, et Isabel craint pour la vie de son mari. 

Lorsque celui-ci, contre toute attente, lui envoie un SMS lui demandant de l'oublier, Isabel n'en croit pas ses yeux. Et plus l'enquête progresse, plus elle comprend que l'homme qu'elle a épousé n'est pas celui qu'il prétend être. Désormais, elle n'a plus qu'une idée en tête : retrouver Marcus, quitte à mettre sa propre vie en danger, pour obtenir des réponses à toutes les questions qu'elle se pose. Mais à trop vouloir faire cavalier seul, elle en oublie de voir que son attitude étrange la fait davantage passer pour une suspecte que pour une victime...

 

Et si vous découvriez, du jour au lendemain, que l'homme qui partage votre vie depuis cinq ans n'est pas celui que vous croyez ? C'est sur ce postulat éculé que se fonde ce thriller de Lisa Unger, visiblement aussi fan de disparitions que sa collègue Lisa Gardner.

LisaUnger.jpgLà encore, pas de meurtres en série, mais une unique disparition qui va occasionner une enquête un peu poussive, avec rebondissements attendus et autres révélations capillotractées. Certes, les personnages principaux sont plutôt attachants (à part le fameux Marcus, dont on découvre au fil des chapitres la perversité ; pas de doute, celui-là, c'est un vrai méchant), mais ils sont également franchement stéréotypés : l'épouse irréprochable dont la vie bascule et qui est prête à tout pour retrouver son mari, le flic meurtri par son divorce récent, la mère de famille qui aurait tout pour être heureuse mais entretient une liaison adultère... Pour un peu, on pourrait accuser l'auteur d'avoir épluché un magazine de psychologie et d'avoir voulu recaser dans son roman tous les traumatismes et névroses possibles.

L'intrigue est, quant à elle, assez bien construite, même si l'ensemble comporte de nombreuses longueurs, en particulier dans la première moitié du roman. L'idée de confier l'essentiel de l'enquête à la victime, et non pas à des inspecteurs chevronnés, est plutôt intéressante, mais l'héroïne se montre souvent agaçante par son attitude inconsciente et sa fâcheuse tendance à l'auto-congratulation.

Néanmoins, l'auteur semble ne pas avoir réussi à trancher entre narration à la première et à la troisième personne, et a donc décidé de mélanger les deux au petit bonheur la chance : la majeure partie de l'histoire est ainsi racontée par l'héroïne, tandis que certains passages, pour une raison étrange, sont narrés par le détective en charge de l'enquête, les deux ayant l'amabilité d'échanger de temps à autre des informations, histoire de rattraper au vol le lecteur qui se serait égaré dans ce gloubiboulga narratologique.

Le style, comme bien souvent dans ce genre littéraire, est d'une pauvreté affligeante, avec des descriptions réduites au minimum et qui enfilent les clichés comme d'autres enfilent les perles : le croissant est délicieux, le costume est hors de prix, le froid est glacial...

Malgré toutes ces critiques, l'ensemble se laisse lire sans déplaisir, mais ne constitue certainement pas un page-turner efficace, dans la mesure où le lecteur a bien du mal à se passionner pour cette intrigue qui semble finalement un peu vieillotte. Quant au dénouement, il est tellement tiré par les cheveux et bourré d'incohérences qu'il en devient grand-guignolesque. 

En bref, un thriller sans grand intérêt, bâti sur une intrigue manquant d'originalité et des personnages caricaturaux, et qui sera oublié sitôt la dernière page refermée. Décidément, le polar américain n'est pas au mieux de sa forme, en ce moment...   2,5 étoiles

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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 21:45

1895. La carrière littéraire et mondaine d'Oscar Wilde est au plus bas : son existence scandaleuse fait la une des journaux, et le procès qui lui est intenté pour dépravation des mœurs défraie la chronique.

Condamné à deux ans d'emprisonnement, Wilde est aussitôt incarcéré et assujetti aux travaux forcés. Mais faire tourner la roue d'un moulin ou trier de l'étouppe douze heures par jour constituent des tâches bien trop pénibles pour sa faible constitution et ses manières délicates.

Soumis à l'isolement absolu, selon les règles de l'époque qui stipulaient que les détenus ne communiquent jamais entre eux, l'esprit mondain de l'écrivain s'étiole.

Révolté par la dureté de sa condition, méprisé par les gardiens qu'il tente désespérément de se concilier, Wilde est en sus transféré au pénitencier de Reading, l'un des plus durs du pays. Malgré le règlement, il parvient à échanger quelques mots avec les détenus des cellules voisines, notamment le dénommé Sebastian Atitis Snake, empoisonneur dont le nom étrange et plein de promesses fascine Wilde, et A.A. Luck, un eunuque d'origine indienne et qui semble savoir bien des choses concernant la vie d'Oscar Wilde. Un peu trop, même...

 

Depuis maintenant plusieurs années, Gyles Brandreth publie régulièrement les aventures d'un Oscar Wilde peu conventionnel, féru de mystères et d'enquêtes impossibles.

Fidèlement assisté de ses amis Robert Sherard et Arthur Conan Doyle (à qui il aurait inspiré le personnage de Sherlockreading.jpg Holmes), Wilde résout aisément les intrigues les plus alambiquées, tout en accumulant, en bon dandy qu'il est, traits d'esprits et autres aphorismes, suscitant l'admiration sans bornes de ses deux acolytes.

Néanmoins, avec le dernier titre publié, on avait pu ressentir comme une certaine lassitude, devant une intrigue tirée par les cheveux et un Oscar Wilde atteignant les limites de son personnage de dandy excentrique.

Avec ce nouvel opus, Brandreth prend un tournant radicalement différent : l'histoire se passe cinq ans à peine avant la mort du dramaturge, sa carrière est brisée, son nom souillé, sa femme réfugiée en Italie pour éviter la disgrâce causée par les mœurs un peu trop libres de son époux. Loin des dîners mondains et des restaurants gastronomiques, c'est désormais dans une cellule obscure, étroite et crasseuse qu'évolue Wilde, qui dépérit à vue d'œil.

On aurait pu croire que cette tonalité beaucoup plus sombre relancerait l'intérêt des lecteurs, mais ce sixième roman se révèle finalement assez insipide : Wilde n'est plus que l'ombre de lui-même, l'enquête (car il y en aura bien une) est assez secondaire, le dénouement complètement invraisemblable et le rythme est loin d'être soutenu, tandis que les personnages secondaires, malgré leur caractère plutôt fouillé, font pâle figure comparés aux précédents compagnons de Wilde, qui jouaient parfaitement leur rôle de faire-valoir en offrant à leur extravagant ami la possibilité de déployer son esprit dans toute sa splendeur.

Rédigé en outre dans un style assez plat, ce roman laisse le lecteur assez indifférent, devant un Wilde geignard qui devient de plus en plus antipathique et terne. Espérons tout de même qu'il ne s'agisse pas d'une manière pour l'auteur de tirer sa révérence, car elle serait bien disgrâcieuse, médiocre et décevante.   1.5 étoile

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 13:42

Rarement une affaire aura paru aussi évidente : à force d'être battue par son mari violent et alcoolique, Tessa Leoni, agent de police à Boston, a fini par craquer et l'a abattu de trois balles dans la poitrine. Le visage tuméfié et encore sous le choc, la policière reste pourtant étrangement silencieuse sur les circonstances de cette ultime altercation. Et surtout, où diable est passée sa fille, la petite Sophie, âgée de 6 ans ? A-t-elle été enlevée, comme le prétend Tessa, ou la réalité est-elle bien plus inquétante que cela ?

Pour D.D. Warren, enquêtrice aguerrie, la thèse de la légitime défense ne tient pas, et celle de l'enlèvement, encore moins. Pour son entourage, Tessa Leoni était une mère, une épouse et une policière modèle. Discrète, aimante, quoiqu'un peu solitaire, elle suscitait la sympathie de tous. Pourtant, D.D. Warren refuse de croire à cette image de la femme parfaite, complètement dévouée à son enfant et à son mari. 

Convaincue que Tessa Leoni cache quelque chose, et qu'elle n'est pas qu'une malheureuse épouse battue par son mari, elle creuse toutes les pistes possibles, fouille toutes les zones d'ombre du passé de la jeune femme. Jusqu'à découvrir une étrange affaire , survenue il y a près de quinze ans...

De son côté, Tessa ne peut rien faire pour aider la police. Elle sait que sa version des faits la rend suspecte à bien des égards, mais il lui est impossible de dire la vértié. De toute façon, personne ne la croirait, surtout pas D.D. Warren, cette enquêtrice de choc qui semble vouloir à tout prix la faire condamner...

 

De nombreux auteurs de thriller ont leur marotte : pour certains, ce sont les serial-killers, pour d'autres, les enquêtes à tonalité ésotérique, pour d'autres encore les énigmes scientifiques. Lisa Gardner, étoile montante du thriller contemporain, semble pour sa part fascinée par les disparitions, quitte à lasser son lectorat, et surtout quitte à réutiliser peu ou prou les mêmes éléments dans tous ses romans.

PreuvesdAmour.jpgUne fois de plus, l'enquête est confiée à D.D. Warren, héroïne récurrente sous la plume de Lisa Gardner, assistée de son collègue et ancien amant Bobby Dodge, qui tenait notamment la vedette dans Sauver sa peau. Faisant habilement alterner la narration entre le point de vue des inspecteurs et celui de Tessa Leoni, victime et coupable idéale, l'auteur prend un malin plaisir à ne pas nous dévoiler la vue d'ensemble dès le départ, nous laissant tâtonner aux côtés de la police.

Malheureusement, malgré les nombreux rebondissements imaginés par l'auteur, l'enquête manque de rythme et n'entraîne guère le lecteur, qui peine en sus à s'attacher aux personnages : D.D. Warren et Tessa Leoni sont aussi arrogantes et agaçantes l'une que l'autre, et le sympathique Bobby Dodge est bien trop effacé pour retenir l'attention dans cet ouvrage. Quant aux personnages secondaires, ils sont quasiment inexistants et ne présentent que bien peu de profondeur, à l'exception peut-être de Brian, le mari de Tessa, dont la personnalité complexe est plutôt bien exploitée.

Le style est en outre peu travaillé, et de nombreuses longueurs ralentissent encore la progression de l'action, tandis que l'enquête se complexifie au point de devenir complètement tirée par les cheveux et hautement improbable, décevant les dernières attentes d'un lecteur plus que perplexe : tout ça pour ça ? 

C'est à croire que Lisa Gardner, à force de vouloir publier un roman par an, a perdu tout ce qui faisait la qualité de son écriture pour s'enfermer dans un schéma plus confortable, à l'instar de tant d'autres auteurs de polars avant elle (Harlan Coben, Patricia Cornwell, Mary Higgins Clark...). Et c'est bien dommage, car elle passe du même coup du statut "d'auteur à suivre" à celui, nettement moins enviable, "d'auteur qui réécrit toujours le même livre".  2 étoiles

Ouvrage reçu dans le cadre de l'opération "Masse Critique", menée par Babelio et les éditions Albin Michel.

Découvrir aussi le nettement plus réussi :  Sauver sa peau, de Lisa Gardner


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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 21:15

A louer : charmante isba sur les rives du lac Baïkal, Sibérie. Prix défiant toute concurrence, voisinage très discret, confort spartiate mais dépaysement garanti.

Sylvain Tesson est un écrivain déjà célèbre pour ses nombreux récits de voyage. Un jour, lassé de l'agitation parisienne et de l'égocentrisme de tous ces bobos nombrilistes et agaçants, il décide de se retirer, seul, dans une cabane rudimentaire, perdue au fin fond de la Russie. Là, se dit-il, est la vraie vie, la vraie sagesse intérieure. Le vrai défi, aussi : survivre seul dans cette contrée hostile, à plusieurs heures de marche de la première habitation, pratiquement sans contact avec le monde extérieur, constitue un sacré challenge.

L'écrivain a néanmoins pris les devants : armé d'un solide stock de provisions, d'une conséquente réserve de vodka et d'une malle de livres pleine à craquer, le voilà paré pour affronter la solitude. Et les tâches ne manquent pas, pour occuper notre homme, lassé de la société de consommation : puiser de l'eau, fendre du bois, nettoyer la cabane, pêcher son repas... Le voilà qui retrouve de vraies valeurs, de celles que notre société, avide de gadgets, de facilité et de technologie nous ont fait oublier : le travail, l'effort, la générosité, le partage...

Au fil des semaines et des mois, Sylvain Tesson semble se retrouver : à force de passer des matinées à contempler les mésanges qui se posent sur le bord de sa fenêtre, il a appris à savourer l'instant, à percevoir la beauté intrinsèque d'un rayon de soleil posé sur une table en bois, à observer la splendeur de la nature qui s'éveille lorsque revient le printemps.

Émaillé de réflexions tirées de la lecture des grands auteurs, ou d'aphorismes ciselés, ce livre, à mi-chemin entre l'essai et le témoignage, nous montre aussi que la tentation érémitique, profondément solitaire et égoïste, n'a qu'un temps : pour qu'elle garde sa portée et sa valeur, il faut bien, au terme des six mois impartis, revenir à la civilisation, ne serait-ce que pour avoir le plaisir de s'en retrancher une fois encore, dans quelques mois ou quelques années...

 

Qui, parmi nous, n'a jamais évoqué, un jour ou l'autre, l'idée de partir s'installer au bout du monde, loin de toute civilisation, loin du bruit et de la fureur des grandes villes, pour vivre en ermite avec le minimum de confort, afin de retrouver la "vraie" vie ?

Combien d'entre nous seraient réellement prêts à sauter le pas, si l'occasion s'en présentait ? ForetsSiberie.jpg

Sylvain Tesson, lui, s'était promis de vivre en ermite dans la forêt avant ses quarante ans. Le voilà qui tient parole en venant s'installer dans une minuscule cabane au fond des bois, près du lac Baïkal. Bien entendu, les conditions climatiques sont extrêmement rudes et le confort sommaire, mais l'écrivain s'en moque : il a de la lecture, des vivres en quantité, et des litres de vodka, qu'il s'envoie généreusement du matin au soir et du soir au matin.

Bon, en fait de solitude, force est de constater que Sylvain Tesson n'est finalement pas plus ermite que vous et moi : entre les voisins qui passent à l'improviste, les touristes qui débarquent et les nouveaux riches venus s'installer dans la région, sa cabane ne désemplit pas, et lorsque ce n'est pas lui qui reçoit, il n'hésite pas à marcher des heures durant sur la glace du lac pour rendre visite à l'un ou l'autre de ses amis. Comme isolement, on a vu mieux.

De plus, à force d'hésiter entre le simple témoignage autobiographique façon retour à la nature, et essai sur la vacuité d'une existence asservie au consumérisme et au souci du paraître, l'ouvrage tourne en rond et lasse son lecteur : le journal de bord compilant les tâches quotidiennes de l'auteur devient vite répétitif, tandis que les réflexions philosophiques de l'auteur tournent à la leçon de morale condescendante. C'est tellement facile de fustiger la société de consommation et tous ces moutons qui hésitent, au supermarché, entre 15 sortes de ketchup, quand on a les moyens de se retirer du monde pendant six mois et de vivre des revenus de ses précédents ouvrages...

Alors certes, Tesson a le verbe haut et manie habilement la plume, mais son côté donneur de leçons le rend particulièrement antipathique : le voilà qui s'auto-proclame modèle à suivre, tant pour la pureté de ses motivations que pour le choix de son mode de vie. Et tant pis si le lecteur, en quête d'évasion et de rêve, n'avait pas demandé à recevoir cette édifiante parole toute boursouflée d'orgueil et de suffisance.

C'est d'ailleurs bien dommage, car l'écriture de Sylvain Tesson sait parfois être fine et agréable à lire : elle excelle par exemple à retranscrire les mille fulgurances d'un rayon de soleil sur une plaque de glace à la dérive, et croque tout aussi subtilement l'instant où la mésange frigorifiée étend ses ailes humides de rosée sur le rebord de la fenêtre. Des instants de grâce habilement retranscrits, hélas trop peu nombreux, et entrecoupés de réflexions convenues sur le bien-fondé d'un retour à la nature.

Finalement, si l'auteur se prenait un peu moins au sérieux, s'il laissait un peu de côté son ego pour nous laisser profiter du silence, de la tranquillité et de la beauté d'une nature sauvage, indomptée voire féroce, nous aurions enfin un récit digne de ce nom. En attendant, la prochaine fois que môsieur Tesson souhaitera partir bouder dans son coin, lassé du monde moderne et de la technologie, il aura l'amabilité et la décence de ne pas en faire un livre.   2 étoiles

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