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24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 11:44
Un jour, le docteur Shiomi, spécialiste de la psychanalyse, voit débarquer dans son cabinet une jeune femme d'une grande beauté, Reiko, qui se plaint de ne "plus entendre la musique". A travers cette métaphore, elle cherchait en fait à évoquer la frigidité qui la touche et dont elle se sent en quelque sorte coupable, notamment vis-à-vis de Ryûichi, son compagnon. Le docteur Shiomi nous conte dans ce livre son histoire et nous entraîne, avec un plaisir non dissimulé, dans les méandres de l'esprit de cette femme, qui joint la mythomanie à l'hystérie. Avec Reiko, Shiomi ne sait jamais ce qu'il doit croire : ces histoires qu'elle raconte sur son enfance, ses traumatismes, ses rêves, son obsession des ciseaux et des symboles phalliques qu'elle semble multiplier à dessein, sont-ils la vérité, ou Reiko les a-t-elle inventés pour mieux brouiller les pistes, consciemment ou non ? D'autant que sa capacité à s'auto-analyser, preuve d'une vive intelligence, ne fait que compliquer la tâche du docteur Shiomi, qui doit démêler le vrai du faux, sans se laisser mener par le bout du nez par cette patiente peu ordinaire... 

Un roman construit comme un jeu de dupes, dans une perspective en trompe-l'oeil, sur un ton de suspense digne d'un roman policier, mais également empli  d'une certaine ironie qui dénote l'aversion, voire le mépris que Mishima avait pour la psychan
la-musique.jpgalyse, si éloignée de la culture japonaise qu'il revendiquait et admirait plus que tout. Le personnage de Reiko est véritablement fascinant, et plus "l'enquête" menée par le psychanalyste progresse, plus le lecteur se sent perdu, et en même temps très proche de cette jeune femme rongée par sa névrose. Mishima a également soigné les personnages secondaires, notamment Akemi et Ryûichi, les compagnons respectifs du médecin et de Reiko, évitant à leur relation de prendre un tour ambigu et tellement attendu dans ce genre de romans. On peut également remarquer que ce récit est extrêmement documenté, fondé bien entendu sur le travail de Freud et le célèbre -mais contestable- complexe d'Electre dont semble souffrir Reiko, mais reste parfaitement accessible à des non-initiés. Le style de Mishima se fait volontiers parodique, abandonnant pour un temps toute la force et la poésie qu'il a pu avoir ailleurs, dans cette histoire où tout ce que l'on tient pour acquis peut s'effondrer sous le coup d'une révélation inopinée ou d'un rebondissement soudain. Néanmoins, ce roman en déroutera plus d'un, et même si c'est, je crois, l'effet recherché par l'auteur lui-même, il pourrait décourager certains lecteurs qui seraient peu réceptifs à ce genre d'écriture. Enfin, ce n'est pas le roman par lequel je conseillerais de découvrir Mishima, car il est trop complexe et trop confus pour frapper autant l'esprit que Le tumulte des flots ou Une soif d'amour, préférables pour une première incursion dans l'univers du maître de la littérature japonaise.

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Published by Elizabeth Bennet - dans Critique littéraire
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