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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 11:37
L'histoire vraie de Jorge Semprun, ancien étudiant à Henri IV, lauréat du concours général de philosophie, déporté à Buchenwald lors de la 2nde Guerre Mondiale, et libéré par les troupes de Patton le 11 avril 1945. C'est là qu'il découvre la triste réalité que ceux qui n'ont pas connu les camps ne peuvent pas comprendre : là-bas, on peut vivre sa mort. Rescapé de ce camp de concentration, il pensera durant un temps qu'on peut exorciser la mort par l'écriture. Mais écrire son histoire le renvoie à la mort. Il s'agit alors pour lui de dépasser ce cercle vicieux. Peut-être grâce à une femme. Ou à un parapluie. Semprun ne signe pas là une simple autobiographie, si tant est qu'on puisse qualifier ainsi les récits des rescapés des camps de la mort. Il nous livre une véritable oeuvre d'art, un tourbillon de souvenirs, de scènes et d'histoires, où l'on n'oublie jamais que Weimar, la célèbre ville de Goethe, n'est qu'à quelques lieues de Buchenwald.

La grande originalité de ce roman est qu'il ne s'attarde pas tant sur l'horreur des camps que sur la difficulté (l'impossibilité ?) de vivre lorsqu'on en est rescapé. Le titre même tente de traduire cet amer constat : l'écriture ou la vie, faut-il le comprendre comme un choix à faire entre les deux (et alors l'écriture deviendrait synonyme de mort), ou considérer que la vie est un équivalent de l'écriture, dans la mesure où écrire l'indicible et l'horreur des camps permet peu à peu de reprendre vie ? Jorge Semprun se considère, pendant ces 400 pages, comme un revenant, qui n'est précisément pas tout à fait "revenu" des camps, où il a laissé sa jeunesse, ses illusions, ses souvenirs. Un récit bouleversant, à l'écriture épurée et sensible, où toute l'horreur transparaît dans la sobriété et la retenue. Non pas un énième livre sur la Shoah, mais un véritable témoignage, plein de pudeur, aussi touchant et marquant que celui de Primo Levi. Tout simplement magnifique.
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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 22:00
Et si, un jour, on arrivait à combiner la science, l'esthétique, la littérature et la musique ? Si l'on pouvait créer une nouvelle alchimie à partir d'un verset de la Bible, d'une phrase de Beethoven, d'une loi astronomique ou physique, pour en déduire de nouvelles notions qui elles-mêmes pourraient servir à élaborer d'autres opérations intellectuelles ? Cet art extraordinaire, c'est le jeu des perles de verre, jeu dont vous attendrez vainement une explication, ou tout du moins une définition, pendant près de 700 pages. Mais l'intérêt n'est pas dans le jeu lui-même, il réside dans le héros du roman, Joseph Valet, un jeune homme qui apprend peu à peu à manier cet étrange jeu, à se familiariser avec de nouvelles sciences, de nouveaux arts, au gré de ses rencontres et de ses formations, jusqu'à l'ascension suprême, jusqu'au poste de Magister Ludi, maître du jeu... Et après ? ...


A la fois récit d'anticipation, roman d'éducation, utopie  pessimiste, ce roman est l'une des constructions littéraires les plus abouties et les plus savantes de tout le XXe siècle. Le style est magnifique, parfois un peu trop lyrique, mais la fin à elle seule justifie la lecture entière du roman. L'intrigue, qui semble relativement classique, se complexifie à partir de la moitié du livre, et de toute façon la construction de l'oeuvre est tellement spectaculaire qu'elle mérite le détour. Ce roman rappellera à certains Siddharta, du même auteur, mais cette fois Hermann Hesse lie formation culturelle et spirituelle dans cette utopie du Jeu des perles de verre. On ne s'ennuie pas un instant, même si certains pourraient le trouver un peu long. En tout cas, pour ma part, j'ai adoré !
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21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 22:13
Une chronique d'un genre un peu particulier : Rambaud s'est mis en tête de commenter, au jour le jour, les premiers mois du règne, pardon, du mandat de notre bien aimé Souverain. Le style est vif, brillant, piquant, les faits toujours exacts, le ton mordant et toujours irrévérencieux. Un pamphlet que n'aurait pas dédaigné ce cher La Bruyère, s'il eût été parmi nous. Rambaud renouvelle à merveille le genre de la satire, et même pour des lecteurs épuisés par le sarkozysme comme par l'anti-sarkozysme, la lecture de cet opuscule se révèle délicieuse. A noter que la suite est également disponible à la vente, toujours aussi drôle et bien écrite. Un régal !

Un extrait (proposé par Amazon.fr), pour vous permettre de mieux juger du style de P. Rambaud :
« Même parvenu, Notre Précieux Souverain ne trouva point la paix en lui-même, tant il restait secoué en continu par des nervosités. Qui l’a vu fixe et arrêté ? Il ne bougeait que par ressorts. Si vous le retardiez dans sa course, vous démontiez la machine. Il marchait des épaules avec une façon personnelle de se dévisser le cou, remuant par courtes saccades comme s’il était engoncé dans un costume que lui taillait pourtant à sa mesure un artiste italien de renom. (…) Quand il parlait en public, plusieurs fois dans une même journée, il se rengorgeait ainsi qu’un pigeon et se livrait à de curieuses contorsions pour animer ses dires… »
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21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 21:57

Nick, un jeune américain en quête de sensations fortes, décide d'entamer un road trip dans le bush australien, à la poursuite de grands espaces et de liberté... Un kangourou qui se jette contre son pare-chocs, et voilà le rêve qui va rapidement tourner au cauchemar, surtout lorsque le héros (malgré lui) va rencontrer la mystérieuse Angie. Après une idylle trop belle pour être vraie, Nick découvre avec horreur que le mariage ne fait pas nécessairement le bonheur... Surtout quand il se retrouve au milieu de nulle part, dans un village entièrement coupé du monde et peuplé de dégénérés dignes d'un remake de Délivrance. Désormais, Nick n'aura qu'une seule obsession : comprendre ce qu'il fait là et quitter cet enfer. Mais ce n'est pas si évident que cela, sans voiture, sans route et sous la surveillance vigilante de toute la communauté, bien décidée à le retenir...

Un roman noir délicieusement inquiétant, très bien construit, bien écrit, drôle, original... Impossible de le lâcher, et on voudrait presque qu'il soit plus long. Le thème des violences conjugales est ici complètement revisité, avec un homme martyrisé par son épouse (et sa belle-famille, qui n'est pas en reste !), victime d'un véritable harcèlement  psychologique et d'une surconsommation forcée de steaks de kangourou (agréablement rebaptisés "steaks de 'rou"). Le dépaysement est garanti, et le suspense digne des grands survivals américains qui ont fait les beaux jours de Wes Craven, pour ne citer que lui. Une véritable descente aux Enfers à partir de ce qui devait être une libération, un affranchissement du mal-être inhérent à l'homme. Ce roman m'a vraiment donné envie de découvrir Douglas Kennedy. En un mot, à dévorer sans modération !

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21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 20:14
New Jersey, été 1985. Paul Copeland est animateur d'un camp de vacances situé près d'une forêt. Une nuit, il abandonne son poste quelques minutes pour rejoindre sa petite amie. Quatre jeunes en profitent pour s'éclipser, dont sa propre soeur. Personne ne les reverra vivants, et l'on ne retrouvera que deux corps. Le meurtre sera finalement attribué à un serial killer qui sévissait dans la région à la même époque. Vingt ans plus tard, Paul est devenu procureur. Alors qu'il plaide dans une affaire de viol, on lui demande d'identifier un corps : il reconnaît l'un des disparus... Mais pourquoi ses parents persistent-ils à nier son identité ? Et s'il était en vie pendant tout ce temps, se pourrait-il que la soeur de Paul le soit aussi ? Paul, bien décidé à faire la lumière sur ce drame qui n'a jamais cessé de le hanter, va devoir replonger dans les souvenirs de cette terrible nuit où tout a basculé...

Un thriller haletant, malgré une intrigue qui ressemble beaucoup aux précédentes (notamment le célèbre Ne le dis à personne) et un style parfois détestable (allez, on va dire que c'est la traduction qui fait ça !). Ce n'est pas le polar du siècle, loin de là, les thèmes abordés sont plus que consensuels (la famille, l'amour, le traumatisme du passé qui contamine le présent...), mais la fin est assez surprenante. En somme, un bon polar à lire sur la plage, ou dans le train... Ah, une dernière chose, on se serait bien passés de connaître les goûts musicaux de l'auteur... D'une part, on s'en tamponne, d'autre part, ça fait un peu G. Perec période Les choses
passé à la moulinette du bon vieux rock'n roll américain.
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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 11:45
Dans ce roman dont Oscar Wilde n'est pas l'auteur, mais le protagoniste, on découvre un dandy facétieux, cultivé et à l'humour plus que surprenant : le voici qui propose à ses amis, au lendemain de la première triomphale de l'Eventail de Lady Windermere un drôle de jeu... Le jeu de la mort. Chacun inscrit sur un bout de papier le nom d'une victime, et les participants doivent deviner qui veut tuer qui. Mais quand les victimes désignées se mettent à mourir dans l'ordre exact où leurs noms ont été révélés, le jeu prend un tour inattendu. Assisté de son ami et confident Robert Sherard, et par le célèbre Arthur Conan Doyle, Wilde mène l'enquête à la manière d'un véritable Sherlock Holmes. Mais il doit agir vite, d'autant que son nom et celui de sa femme figurent sur la liste funèbre...
Un roman très agréable à lire, écrit par un spécialiste de Wilde. Le style est léger, prenant, amusant et emmène les lecteurs dans le Londres du XIXe siècle, à la poursuite d'un étrange meurtrier. L'intrigue est très bien construite et joue sur les codes du genre policier. On pourrait éventuellement regretter que les personnages de Constance Lloyd et Conan Doyle ne soient pas assez développés, mais c'est une critique bien maigre !
En un mot comme en cent, un excellent roman qui vous fera sans doute passer une nuit blanche !
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 14:39
L'ancien otage d'un régime de terreur imaginaire revit les heures les plus sombres de sa captivité. Durant sa détention au sein d'une mystérieuse "villa", il a partagé sa cellule avec un étrange prisonnier soumis aux pires séances de torture. De cet homme, il ne connaît que le matricule, 53, et les quelques souvenirs, fidèlement reproduits ou reconstruits a posteriori, que celui-ci lui livrait, comme pour échapper au silence, à la folie et à la mort. Dans la pénombre de cette minuscule prison, la connivence se fait compassion, sympathie, amitié parfois. Une conversation unilatérale qui constitue un témoignage déroutant, tout en jouant sur plusieurs niveaux d'identité et de temporalité.

Un roman glaçant, bouleversant, au style sublime, même si certaines pages se révèlent difficiles et déroutantes à la lecture. Ce livre ne vous laissera vraiment pas indifférent. Un cauchemar éveillé, écrit tout en finesse et en subtilité.




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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 14:09
Bonjour à tous,


Que vous soyez arrivé là par hasard ou non, ne bougez plus, vous avez trouvé ! Ici, on parle essentiellement littérature, mais aussi, pourquoi pas, cinéma, musique ou peinture... Ars legendi, l'art de lire... Tout est dit. Au programme : de nombreuses critiques de livres divers et variés (de la littérature antique à la plus récente, du roman à l'essai en passant par la poésie, le théâtre, le manga ou la littérature jeunesse...). J'espère vous transmettre ma passion de la lecture à travers ce modeste blog. Au plaisir de vous lire (évidemment !)

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